F1 : Fernando Alonso, le détonateur de la pause estivale

F1 Le pilote espagnol Fernando Alonso a créé un sacré chamboulement au sein des paddocks dès le premier jour de la pause estivale, en annonçant son départ chez Aston Martin

Adrien Max
Fernando Alonso va rejoindre l'écurie Aston Martin la saison prochaine.
Fernando Alonso va rejoindre l'écurie Aston Martin la saison prochaine. — Florian Schroetter/AP/SIPA
  • Le pilote d’Alpine, Fernando Alonso est à l’origine d’un chamboulement chez les pilotes de Formule 1 après l’annonce de son départ chez Aston Martin.
  • A la suite de ce départ, Alpine a annoncé qu’Oscar Piastri, leur pilote réserve, serait à leur volant l’année prochaine. Une annonce immédiatement démentie par l’intéressé, l’Australien devrait s’engager avec McLaren qui vient d’annoncer le départ de Daniel Ricciardo.
  • En choisissant Aston Martin, Fernando Alonso fait faux bond à sa " famille " Renault/Alpine, ce qui avait déjà été le cas au cours de sa longue carrière.

Fernando Alonso l’insaisissable. La pause estivale en Formule 1 a été loin d’être de tout repos pour bon nombre d’écuries et de pilotes, après l’imbroglio Oscar Piastri. Le jeune espoir australien, qui n’a jamais disputé le moindre Grand Prix en Formule 1, n’a pas hésité à désavouer publiquement l’écurie qui le couve depuis plusieurs années, Alpine. Non il ne pilotera pas pour l’écurie française la saison prochaine. Depuis, plusieurs rumeurs l’envoient chez McLaren, qui a annoncé mercredi la rupture anticipée du contrat de son pilote Daniel Ricciardo. Un chamboulement estival « jamais vu depuis les années 2000 », selon Eric Boullier, directeur du Grand Prix de France et ancien team principal de McLaren, qui a pour dénominateur commun un certain Fernando Alonso.

Dès le premier jour de cette pause estivale, au lendemain du Grand Prix de Hongrie, le taureau des Asturies a annoncé son départ surprise d’Alpine pour rejoindre Aston Martin, après la retraite du quadruple champion du monde, Sébastien Vettel. S’en est suivi le jeu des chaises musicales que l’on connaît.

« Ça m’a surpris au niveau du timing, personne ne s’attendait à voir une telle bombe éclater le premier jour des vacances. Qu’il quitte Alpine, ça m’étonne moins. A force de bosser sur Alonso, tu apprends à le déchiffrer. Quand il commence un peu à critiquer la gestion de l’écurie dans la presse, c’est qu’il va partir. C’était déjà le cas avec Ferrari », rappelle Loïc Chenevas-Paule, journaliste à la Provence et auteur de la biographie Fernando Alonso : Des Asturies à Alpine, publié en mai 2022 chez Talent Sport.

Frustration contractuelle

Jeudi, lors des traditionnelles conférences de presse des pilotes avant le Grand Prix de Spa [dimanche, 15h], Alonso, deux titres en 2005 et 2006 avec Renault et un retour en 2020 avec Alpine, ne s’est pas privé de balancer sur sa future ancienne équipe : « Je suis content de pouvoir m’exprimer pour dire que toutes les personnes qui devaient être informées l’ont été. Toute la direction d’Alpine, sauf Otmar [Szafnauer, team principal d’Alpine] qui a raison quand il dit qu’il ne savait pas, l’a été avant l’annonce. Donc Laurent [Rossi, président d’Alpine], le président Di Meo [Luca Di Meo, PDG de Renault] mais aussi mes ingénieurs, tous mes mécaniciens ». Heureusement que le double champion du monde les considère comme sa « une famille ». Sinon qu’est-ce que ce serait ?

A travers cette déclaration, il ne pouvait pas faire mieux pour mettre dans la sauce les trois têtes pensantes de l’écurie, avant d’en remettre une couche sur l’imbroglio Piastri : « Je me suis dit que pour Alpine, si je partais, ils pourraient proposer ce volant à un jeune pilote, comme Oscar [Piastri]. C’était du gagnant-gagnant ».

Derrière cet excès de bonne foi, c’est la durée de son contrat qui aurait coincé. Alpine lui proposait une dernière année, avant d’envisager installer le jeune Oscar Piastri. Mais Fernando Alonso répétait se voir en Formule 1 encore « deux ou trois saisons ». « Alonso est quelqu’un d’extrêmement compétitif, il s’impose une hygiène de vie énorme et il attend la même chose de la part de son équipe. Cette décision découle d’une forme de frustration », croit savoir Eric Boullier qui l’a connu lors de son retour, décevant, chez McLaren entre 2015 et 2018. Une frustration verbalisée par Fernando Alonso lui-même, en marge du Grand Prix de Belgique, à Spa, pour expliquer son départ chez Aston Martin : « Ils m’ont dit que seule compte la performance le samedi et le dimanche, et non pas l’âge inscrit sur mon passeport ».

Le projet Aston Martin

Et quand le double champion du monde est frustré, il faut s’attendre à des surprises. « C’est un trait de caractère que tu retrouves dès le départ chez Alonso. Quand il gagne son premier titre avec Renault, Ron Denis, le team principal de McLaren, l’approche déjà pour négocier son futur contrat pour 2007, alors qu’on est fin 2005. Il faut imaginer l’ambiance dans l’équipe alors qu’Alonso vient à peine d’être champion et que Renault l’a beaucoup porté. L’écurie a eu des raisons légitimes de se sentir trahi. Mais Alonso a toujours pensé d’abord à sa carrière, et on ne peut pas lui en vouloir », rappelle Loïc Chevenas-Paule. La Formule 1 est effectivement l’un des sports collectifs les plus individualistes.

Et tant pis si le double champion du monde rejoint une écurie (un peu) moins en vue qu’Alpine. Aston Martin vient de vivre deux saisons très compliquées. « Dès lors que les places sont bouchées dans les trois tops écuries, RedBull, Mercedes et Ferrari, cela importe peu. On ne base pas ses choix de carrière en fonction du classement d’une écurie. Aston Martin est en train de créer une nouvelle usine, chose assez rare, et l’écurie démontre l’ambition de ses moyens. Derrière l’écurie, ce qui a attiré Fernando Alonso, c’est le projet », abonde l’ancien patron de McLaren.

Fernando Alonso veut être au cœur du projet, ce qu’il n’était pas vraiment chez Alpine avec une proposition de contrat d’un an seulement, quand le contrat d’Esteban Ocon est verrouillé jusqu’en 2024. Chez Aston Martin, son coéquipier ne devrait pas lui faire d’ombre puisque Lance Stroll est plus connu pour être le fils du patron de l’écurie, Lawrence, que pour ses performances en piste. Son expérience de double champion du monde, et la reconstruction de l’écurie, lui permettront d’avoir rapidement de l’influence chez Aston Martin.

Caractère volcanique

Un projet dans lequel il ne se retrouvait plus chez Alpine, un an et demi après sa sortie de retraite. « Les personnes responsables de son retour en F1 chez Alpine, Alain Prost, Marcin Budkowski et Cyril Abiteboul, et qui l’ont motivé, ne sont plus là. Le grand ménage chez Alpine à l’hiver 2021 ne lui a pas plu », avance le journaliste.

Parce qu’au-delà de la performance pure -il ne remportera de toute façon pas de titre sans être dans une top team- Alonso est dans l’affect. « Pour résumer, Alonso est l’un des plus gros talents de l’histoire de la F1, il fait partie des tout meilleurs pilotes, et des plus grands champions. Mais il a aussi un caractère volcanique et il peut un peu tomber dans la caricature de lui-même », rappelle Loïc Chenevas-Paule. Son départ chez Aston Martin sera peut-être l’occasion pour lui de remettre les compteurs à zéro.