A Massy, des irréductibles font revivre l'époque des guerriers gaulois

HORS-TERRAIN L’association Bebros a lancé une section sportive consacrée au combat épée-bouclier de nos ancêtres les Gaulois. A Massy (Essonne) dimanche, elle organise le premier évènement moderne de sports antiques

Guillaume Novello
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Le Senocatoi, l'art de se battre comme un Gaulois — 20 Minutes
  • Chaque jeudi, dans sa rubrique « hors-terrain », 20 Minutes explore de nouveaux espaces d’expression du sport, inattendus, insolites, astucieux ou en plein essor.
  • Dimanche 10 juillet se tient à Massy, dans l’Essonne, « le premier évènement moderne de sports antiques », organisé par l’association Bebros, spécialisée dans la reconstitution historique de la Gaule pré-romaine.
  • Parmi les disciplines présentées, il y aura le Senocatoi, un sport de combat épée-bouclier, créé par Ariane et Philippe Egert, couple fondateur de Bebros.

Ariane et Philippe Egert sont un peu les Mr. et Mrs. Weasley, les parents de Ron dans Harry Potter, de Massy ( Essonne). Un peu foutraques, mais éminemment complices et sympathiques. Sauf que leurs placards ne sont pas garnis de baguettes magiques et de balais mais d’épées et de boucliers. Et pas n’importe quelles épées, des épées gauloises d’avant Jules César. Comme une invasion de légions romaines est peu probable, ce matériel antique sert à ce couple pour la reconstitution historique et les combats sportifs.

Mais avant d’aller plus loin, remontons au début de l’histoire, quand Ariane et Philippe Egert « sont tombés dans le chaudron », comme ils disent. « On a eu le coup de foudre tous les deux pour cette période il y a presque huit ans, raconte Ariane. C’était au parc archéologique de Samara (près d’Amiens), où il y avait un événement gaulois. » Depuis, le couple a fondé une association culturelle et de reconstitution historique, Bebros. « Bebros est le nom gaulois de la rivière Bièvre qui traverse Massy, c’est pour l’ancrage local, dévoile Philippe. D’ailleurs Bebros signifie castor en gaulois et ça a donné beaver en anglais. » Mais Philippe n’est pas branché qu’étymologie. Il est aussi passionné par les sports de combat, avec 20 ans d’escrime et des connaissances en karaté.

Des boucliers à la chaîne

« Dans mon club d’escrime, ils avaient ouvert une section médiévale et j’ai décidé de tester », raconte-t-il. Sauf que l’aspect bourrin, les multiples ecchymoses et le coût de l’équipement (« environ 1.500 euros ») rebutent notre combattant. Mais n’étant pas homme à se laisser abattre, Philippe décide de lancer, il y a cinq ans, son propre sport de combat historique, le Senocatoi, combat ancien en gaulois, qui devient la section sportive de Bebros. Ce qui n’aurait pu être qu’une blague prend de l’épaisseur au fil du temps et aujourd’hui, une quinzaine de personnes s’entraînent de manière hebdomadaire, épée et bouclier dans les mains.

« Ce sont des oppositions sportives construites et qui se déroulent en sécurité », précise Ariane, qui sait évidemment manier l’épée gauloise. Pour les règles et les techniques, Philippe s’est entraîné auprès de l’association de reconstitution Branno Teuta, spécialisée sur la Gaule du IIIe siècle avant Jésus-Christ. « C’est un sport en constante évolution, précise-t-il. Ça s’apprend avec les autres, en faisant des rencontres avec d’autres clubs. » Notamment avec des clubs de gladiatures situés à Arles (Bouches-du-Rhône) ou Saintes (Charente-Maritime).

Philippe et Ariane, avant de s'affronter en terrain découvert.
Philippe et Ariane, avant de s'affronter en terrain découvert. - G. Novello

Pas moins de 27 boucliers fabriqués

Pour l’équipement, « on fait des recherches sur les boucliers et épées, indique Ariane. Nous nous basons sur des découvertes archéologiques, comme une épée trouvée près de Rungis. » « On essaie de faire des reconstitutions les plus fidèles possibles », embraye Philippe qui désigne un bouclier aux teintes rouges : « La protection autour est faite de boyaux de porc et il est peint avec des ocres du Roussillon ».

« Et c’est moi qui fabrique les peintures », précise Ariane. En sept ans, le couple a fabriqué 27 boucliers dont certains ont été vendus aux adeptes du Senocatoi. Mais pour les adeptes du DIY, il existe un tuto pour fabriquer son propre bouclier. Pour la pratique sportive, les combattants s’équipent en outre d’un casque d’escrime et d’un plastron. « Pour l’épée, nous utilisons un simulateur en plastique, détaille Ariane. Ce n’est pas du tout dangereux, il y a juste quelques bleus de temps en temps. » En représentation, en revanche, ce sont des épées en métal et des casques gaulois.

« Dream bigger »

Mais, à l’instar du PSG, Ariane et Philippe Egert rêvent plus grand et il y a un an, la section sportive de Bebros a intégré la Fédération française de pentathlon moderne (FFPM), qui a récemment ouvert une option sports historiques. Et comme dans l’optique des JO de 2024, la FFPM souhaite gonfler ses effectifs, l’occasion a fait le larron. Surtout que « le CIO a l’ambition d’allier sport et culture, donc notre intégration semblait naturelle », ajoute Ariane. Et dans le même temps, Philippe est en train de passer le brevet fédéral pour être animateur sportif estampillé FFPM.

Fort de cette affiliation, Bebros organise dimanche à Massy* « le premier évènement moderne de sports antiques ». Au programme, Senocatoi – « avec les règles que nous avons écrites et validées par la Fédé » –, une épreuve de gladiature en équipe et de l’athlétisme grec (pentabond et course en arme). « Nous avons une petite vingtaine d’inscrits venant de toute la France pour la journée, précise Ariane. On espère des inscriptions de dernière minute. » Comme c’est un petit milieu, la plupart des combattants se connaissent déjà. Et c’est par exemple Brice Lopez, figure reconnue des reconstitutions de combats de gladiateurs, qui arbitrera ces derniers. D’ailleurs, les arbitres du Senocatoi ont reçu samedi une formation spécifique afin qu’ils puissent reconnaître et sanctionner « les gestes dangereux et inamicaux ». Histoire de ne pas gâcher la fête.

* Rencontre de sports antiques, à partir de 10 heures dimanche 10 juillet, au gymnase Villaine de Massy. Entrée libre.