JO : Pourquoi ça chauffe au pentathlon moderne après la suppression de l'équitation

JEUX OLYMPIQUES La décision de supprimer l’épreuve d’équitation du pentathlon moderne a été officialisée le week-end dernier

Antoine Huot de Saint Albin
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Elodie Clouvel lors des JO de Tokyo, cet été.
Elodie Clouvel lors des JO de Tokyo, cet été. — Andrew Medichini/AP/SIPA
  • La Fédération internationale de pentathlon moderne a décidé de la suppression de l’équitation après les JO 2024.
  • Un « choc » pour énormément d’athlètes.
  • Reste désormais à trouver la discipline qui remplacera l’équitation.

Son nom revient plus vite que celui de Charles de Gaulle lors d’un débat chez Les Républicains. En ce moment, dans le  pentathlon moderne, l’esprit de Pierre de Coubertin, fondateur de ce merveilleux sport, est partout. La raison : la suppression de l’équitation, après 2024, du programme de la discipline olympique. Une décision entérinée lors du congrès de la Fédération internationale (IUPM) le week-end dernier.

Tout ça à cause de Saint-Boy. Qui ? Mais si, Saint-Boy, ce bel Hongre gris, monté par l’Allemande Annika Schleu qui refusait de sauter le moindre obstacle aux JO de Tokyo, cet été, alors que la cavalière aspirait à la médaille d’or. « C’est une réflexion qui a pris forme ces cinq dernières années, avec la création d’une commission d’innovation en 2016, affirme Joël Bouzou, président de la Fédération française et vice-président de l’IUPM. Ce qui s’est passé à Tokyo n’est pas le déclencheur. »

« On était obligé de changer d’épreuve »

Alors, qu’est ce qui a bien pu provoquer cette décision ? « On n’a jamais réglé le problème de l’accès, de l’équité de l’épreuve, par rapport au tirage au sort des chevaux, reprend Bouzou. Et puis, on a la question du coût de pratique. » « On peut changer comme on veut les règles de l’équitation, on ne rentrera jamais dans les clous du Comité international olympique, ajoute Valentin Belaud, 11e à Tokyo, dont l’avis est partagé par Elodie Clouvel, 6e au Japon. Donc, on était obligé de changer d’épreuve. »

On a bien tenté de joindre Annika Schleu, mais la pauvre devait encore maudire sur dix générations Saint Boy, et tout ce qui a trait de près ou de loin à un cheval. Dans le petit monde du pentathlon moderne, cette décision de l’IUPM a tout de même été un « choc », assure Valentin Prades, 7e à Tokyo, « parce que c’est quelque chose d’historique, que c’était une des qualités que voulait le baron Pierre de Coubertin [encore lui] ». D’autant que la manière de l’annoncer n’a rien arrangé.

Des Fédérations se plaignent

« La Fédération internationale est restée silencieuse entre la fin des JO et début novembre, relate Benny Elmann-Larsen, président de la Fédération danoise. On a été mis au courant un peu avant le communiqué par des fuites qui venaient du Guardian. C’est la première fois qu’on entendait parler de la suppression de l’équitation. Ils font passer leur décision par Force Majeure (une sorte de 49.3 du pentathlon moderne). »

Le Danois est chiffon. Surtout qu’il estime, avec ses collègues suédois et finlandais, qui ont envoyé deux lettres à l’IUPM que 20 Minutes a pu consulter, que le Congrès s’est déroulé de manière « grotesque » : « pas de débat possible », « un système de vote invalide », « des votes venant de pays non reconnus pour faire gonfler la majorité », et des petits problèmes de règlement en sus…

Réplique cinglante de Joël Bouzou, qui réfute les accusations et voit derrière cela un moyen de rebondir sur la suppression de l’équitation :

« Ces Fédérations, ce sont les premières à contester, mais elles organisent très peu de compétitions internationales et très peu avec de l’équitation. Depuis des années et des années, il n’y a pas eu de Coupe du monde dans ce genre de pays. Et quand on voit la masse d’athlètes, certains en ont tellement peu qu’ils feraient mieux de se taire. » Pas très valeurs Pierre de Coubertin, tout ça.

Des lettres d’athlètes à l’IUPM

Les athlètes ont également manifesté leurs réticences. Une lettre envoyée par les médaillés olympiques demandait la démission du président de l’IUPM, Klaus Schormann, à cause de la manière dont la décision a été prise, sans consultation des sportives et sportifs. Une deuxième missive a également été envoyée à l’IUPM pour réclamer l’annulation de la suppression de l’équitation.

Valentin Belaud et Elodie Clouvel.
Valentin Belaud et Elodie Clouvel. - Tamas Kovacs/AP/SIPA

« Je n’ai signé que le premier courrier, car le deuxième n’apportait pas de plus value et que la décision avait été prise, raconte Belaud. Et puis, la manière n’a pas été idéale, c’était via la discussion WhatsApp, et sur un groupe à 800 athlètes, il y a forcément des décalages. Elodie [Clouvel] est dessus alors qu’elle n’était pas signataire. Il y a aussi des athlètes qui ont préféré ne rien dire, de peur de possibles conséquences sur leur carrière. »

Quelle discipline pour succéder à l’équitation ?

Nos trois pentathlètes français ont fini par comprendre la décision de changer de discipline. « L’équitation, c’est un frein au développement de notre sport, reprend Belaud. Moi, j’ai envie que notre sport grandisse. Le plus important, c’est que le pentathlon reste olympique. Si, demain, il ne l’est plus, j’arrêterai. » Alors, avant de prendre sa retraite sans avoir complété tous ses trimestres, tout ce beau monde cherche LA solution remplacer l’équitation. Le choix définitif sera entériné lors du Congrès de l’IUPM l’année prochaine. Petite liste des possibilités.

Le vélo ? « Ça ne sera pas ça », soutient Schormann. Emballez, c’est pesé. L’escalade, avec une difficulté croissante ? « On n’est pas des grimpeurs, soutient Valentin Prades. Ça changerait radicalement le physique des athlètes. Dans les conditions posées par l’IUPM, c’est déjà un sport olympique. On serait directement comparé à des purs grimpeurs, et ça ne serait pas à notre bénéfice. » La course de drones (oui, oui, vous avez bien lu) ? « Aujourd’hui, ça nous paraît complètement fou, mais ça serait logique en 2050 », relève Valentin Belaud.

Autre possibilité, le ski de fond : « Ça nous permettrait d’être le seul sport aux Jeux d’été et aux Jeux d’hiver, développe Belaud. Sachant qu’à la base, on était rattachés à la fédération internationale de biathlon, donc on renouerait avec l’histoire. » Ou bien une course d’obstacles, mélangeant le steeple et le Mud Day : une idée de Valentin Prades, qui l’a soumise à l’héritière de Pierre de Coubertin (on y revient) lundi et qui la proposera à l’IUPM. « On remplacerait le franchissement d’obstacles par un cheval, par le franchissement par un humain. Je pense que ça s’inscrit dans la continuité de ce que voulait le baron, on ne change pas l’ADN des athlètes et, surtout, ça répond à toutes les demandes notifiées par l’IUPM. »

Encore du cheval à Paris

Oui, car la Fédération internationale a fait sa petite liste de critères. Quatorze au total, pour que ça colle bien aux demandes du CIO : « Le choix qu’on fera correspond à ce qu’on veut voir dans l’athlète complet, parfait au niveau de son profil intellectuel, moral, mental, physique, détaille Joël Bouzou. Les pentathlètes ne sont pas assez nombreux alors qu’ils ont tout pour être des super modèles dans la société. »

Valentin Prades lors des derniers Jeux de Tokyo.
Valentin Prades lors des derniers Jeux de Tokyo. - Garry Bowden/Shutterstock/SIPA

En attendant la nouvelle discipline mystère pour les JO de 2028, il faut quand même se préparer pour les Jeux 2024, où l’équitation sera encore de la partie. Le format sera un peu adapté, avec des obstacles moins haut et moins nombreux. « A Paris, ça sera le dernier champion olympique de cette formule-là, conclut Valentin Belaud. Ce serait une belle histoire de clôturer l’épreuve d’équitation à Paris, où j’ai démarré avec la Garde Républicaine. » Et rendre hommage, par la même occasion, à Pierre de Coubertin. Obligatoirement.