Retour sur la page d'accueil 20 Minutes
HORS-TERRAINNon, les plongeurs de l’extrême ne sont pas des têtes brûlées

« Avant, on nous considérait comme un peu fous »… Non, les plongeurs de l’extrême ne sont pas des têtes brûlées

HORS-TERRAIN
Le plongeon extrême a bien grandi ces dernières années, au point de réussir à se faire une place pour la première fois à Paris, face à la Tour Eiffel, vendredi et samedi, à l'occasion de l'étape française des Red Bull Cliff Diving World Series
Le Roumain Constantin Popovici, ici prêt début juin pour le grand saut à Boston.
Le Roumain Constantin Popovici, ici prêt début juin pour le grand saut à Boston. - Red Bull Content Pool / Red Bull Content Pool
Quentin Ballue

Quentin Ballue

L'essentiel

  • Chaque jeudi, dans sa rubrique « hors-terrain », 20 Minutes explore de nouveaux espaces d’expression du sport, inattendus, insolites, astucieux ou en plein essor.
  • Cette semaine, nous nous consacrons au plongeon de haut-vol à l’occasion de l’étape parisienne des Red Bull Cliff Diving World Series vendredi et samedi.
  • 24 plongeurs sauteront face à la Tour Eiffel, à 21 ou 27 mètres de hauteur, sans aucune autre protection que leur maillot de bain. Un spectacle aussi impressionnant qu’envoûtant.

Déjà passées par La Rochelle, Bonifacio et Saint-Raphaël, les Red Bull Cliff Diving World Series s’installent pour la première fois à Paris. Vendredi et samedi, 24 athlètes sauteront depuis une plateforme située Port Debilly, face à la Tour Eiffel. Sous leurs pieds, 27 mètres pour les hommes, 21 pour les femmes. Deux secondes et demie de chute libre à enchaîner les figures pour séduire les juges. Mais n’allez pas leur dire qu’ils sont des têtes brûlées.

« On aime cette sensation d’adrénaline mais ce qui est jouissif, c’est de pouvoir contrôler ces dangers, de s’entraîner jusqu’au point où on les élimine. En dehors de ce sport, je ne fais pas de parachute. J’aime bien jardiner ou jouer du piano, des choses très calmes », sourit Gary Hunt, le seul Français du plateau. « Avant, on était mis dans une case, analyse Cyrille Oumedjkane, qui a plongé pendant 18 ans. On nous considérait comme un peu fous. Maintenant, on nous voit plus comme des sportifs. »

Le plongeur franco-britannique Gary Hunt, vainqueur à neuf reprises des Red Bull Cliff Diving World Series, ici en Irlande en septembre 2021.
Le plongeur franco-britannique Gary Hunt, vainqueur à neuf reprises des Red Bull Cliff Diving World Series, ici en Irlande en septembre 2021. - Red Bull Content Pool

Une entrée dans l’eau à plus de 85 km/h

Comment en arrive-t-on à se jeter dans l’eau de la hauteur d’un immeuble de neuf étages ? Le passage par la case piscine est obligatoire. C’est là que Gary Hunt (38 ans), comme tous ses collègues, a débuté le plongeon à un, trois ou dix mètres. « J’étais grondé par le prof quand je parlais avec mon pote après chaque longueur, rembobine-t-il. Quand j’ai vu les plongeurs dans la piscine d’à côté, je voyais qu’ils s’amusaient beaucoup plus que moi. J’ai donc commencé le plongeon. »

Puis émerge le désir de pousser « le corps et le mental jusqu’aux limites » en sautant plus haut. Faire plus de figures, prendre plus de vitesse, l’entrée dans l’eau se faisant à plus de 85 km/h. Sous l’œil d’hommes-grenouilles chargés de veiller à la sécurité des athlètes. « En Colombie, en 2015, avec la pression de l’entrée dans l’eau, un disque de ma colonne vertébrale est sorti dans le dos. Pendant trois jours, je ne pouvais plus marcher », se rappelle Cyrille Oumedjkane.

Même un champion du monde peut « se perdre dans les airs »

D’où l’impératif de s’élancer avec une immense concentration et de parfaitement gérer ses émotions. « À partir du moment où tu arrives au bout de la plateforme, il y a automatiquement une bulle. Tu ne fais plus attention à ce qu’il y a autour », explique Hassan Mouti, plongeur pendant dix ans, aujourd’hui directeur de compétition chez Red Bull.

L’accès à ce contenu a été bloqué afin de respecter votre choix de consentement

En cliquant sur« J’accepte », vous acceptez le dépôt de cookies par des services externes et aurez ainsi accès aux contenus de nos partenaires.

Plus d’informations sur la pagePolitique de gestion des cookies

Plus facile à dire qu’à faire, comme le prouvent les déboires du Mexicain Jonathan Paredes. Le champion du monde 2017 s’est « perdu dans les airs » l’an passé à Saint-Raphaël. Et s’il n’y a pas eu la moindre blessure physique sur le coup, cette frayeur le perturbe encore, au point qu’il a refusé les deux derniers plongeons à Boston début juin, confiant ressentir « un blocage mental ».

Un délai physique puis mental pour retrouver la compétition

Hassan Mouti a connu une épreuve similaire après un accident à Athènes : « Je me suis éclaté un poumon, j’ai passé deux jours à l’hôpital. Je me suis remis physiquement au bout de six mois, mais il m’a fallu six mois de plus mentalement pour me remettre à plonger correctement ». Au-delà de l’aspect mental, les plongeurs travaillent évidemment physiquement et techniquement. Dans des conditions bien moins extrêmes que la compétition. « Physiquement, on ne peut pas plonger à 27 mètres tous les jours. C’est éprouvant », glisse Hassan Mouti.

Le plongeon est donc décomposé en trois phases, travaillées tour à tour : le départ, la partie acrobatique, et l’entrée dans l’eau. Il y a quelques années, Gary Hunt s’entraînait en faisant des spectacles dans des parcs d’attractions, du haut d’une tour de 20 mètres où il pouvait plonger tous les jours. Aujourd’hui, le nonuple vainqueur des World Series se prépare essentiellement à la piscine Maurice-Thorez de Montreuil (Seine-Saint-Denis), qui bénéficie d’un plongeoir à 10 mètres. En ajoutant un peu de trampoline, de musculation et de gymnastique pour compléter le puzzle.

L’accès à ce contenu a été bloqué afin de respecter votre choix de consentement

En cliquant sur« J’accepte », vous acceptez le dépôt de cookies par des services externes et aurez ainsi accès aux contenus de nos partenaires.

Plus d’informations sur la pagePolitique de gestion des cookies

« On est à Paris, quoi ! »

Avec l’objectif de gagner à Paris, deux semaines après sa deuxième place à Boston. « J’ai un autre slip que j’ai dessiné, mais je me dis qu’en France, je mettrai le bleu-blanc-rouge », sourit-il. Un clin d’œil que devrait apprécier le public, attendu en nombre. « L’engouement est énorme. La première fois à La Rochelle, le maire de l’époque n’était pas favorable à l’épreuve. Quand il a vu que 70.000 personnes étaient là pour regarder le Cliff Diving, il a demandé qu’on revienne l’année suivante », souligne Cyrille Oumedjkane, qui officie désormais comme juge sur les World Series.


Notre dossier Hors-terrain

« Avoir la compétition à Paris, c’est la cerise sur le gâteau, embraye Hassan Mouti. On est arrivé dans une des plus grosses capitales au monde, où il y aura les Jeux olympiques dans deux ans. Ça marque le chemin parcouru. On est à Paris, quoi ! Si on fait ça à Paris, on peut faire ça à New York, partout. On est dans un autre monde, c’est vraiment la cerise sur le gâteau. » Pour ceux qui défient l’apesanteur, il n’existe aucune limite.

Les infos pratiques pour ce rendez-vous inédit à Paris

Entrée libre au niveau du Port Debilly (Paris 16e), face à la Tour Eiffel. Plongeons d’échauffement vendredi à partir de 14h15, puis tours de qualifications de 15h30 à 17h30, et entraînement des athlètes jusqu’à 18h15. Samedi, les plongeons d’échauffement auront lieu de 13h45 à 15 heures, avant les derniers tours éliminatoires jusqu’à 16 heures. Puis les finales femmes et hommes s’enchaîneront jusqu’à 17h20. Plus d’informations ici.

Sujets liés