Municipales 2020 à Paris : EELV veut retrouver la Bièvre du samedi soir

ET AU MILIEU COULE UNE RIVIERE Dans le 13e arrondissement de Paris, les écolos veulent découvrir la Bièvre, l’autre « fleuve » parisien

Guillaume Novello

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La rue Brillat-Savarin aujourd'hui et dans le cadre du projet des Verts de découvrir la Bièvre (évidemment il fait beau).
La rue Brillat-Savarin aujourd'hui et dans le cadre du projet des Verts de découvrir la Bièvre (évidemment il fait beau). — EELV
  • La liste EELV dans le 13e arrondissement de Paris, menée par Anne Souyris, propose de mettre à jour la Bièvre, affluent de la Seine aujourd’hui disparu.
  • La rivière, qui traversait les actuels 5e et 13e arrondissements a été complètement recouverte au début du XXe siècle au point de se noyer dans les égouts parisiens.
  • Si le maire actuel, Jérôme Coumet, ne veut pas jeter le bébé avec l’eau du bain, il rappelle que la proposition a déjà été étudiée et qu’elle ne présente, tout bien considéré, qu’un faible intérêt.

C’est une proposition qui fait couler beaucoup d’encre (et un peu d’eau). La liste EELV menée par Anne Souyris dans le 13e arrondissement de Paris propose de ressusciter la Bièvre, un affluent de la Seine aujourd’hui noyé dans les égouts parisiens. Cette rivière, qui prend sa source à Guyancourt dans les Yvelines, entrait à Paris près de la Porte d’Italie, traversait le 13e puis le 5e avant de se jeter dans la Seine au niveau d’Austerlitz. Utilisée par les tanneurs et les mégissiers et devenue un cloaque, la Bièvre est progressivement recouverte à partir de la fin du XIXe siècle avant de disparaître totalement en 1912, les tronçons aux portes de Paris perdureront, eux, jusqu’en 1935. Depuis, elle coule dans les égouts de la capitale.

Remettre la Bièvre au goût du jour n’est néanmoins pas une idée nouvelle. « Au début du premier mandat de Bertrand Delanoë, les écologistes étaient déjà pour et la question s’est posée au conseil de Paris », rappelle Anne Souyris, par ailleurs adjointe à la santé à la mairie de Paris. C’est d’ailleurs pour cette raison que des études ont été commandées en 2001 à l’Apur (Atelier parisien d’urbanisme) et à l’IAURIF (Institut d’aménagement et d’urbanisme de la région Ile-de-France). D’ailleurs la proposition des écolos se base très largement sur ces deux études.

Les remblais du 13e

A l’époque « l’idée est abandonnée par Delanoë parce que c’était beaucoup de travaux et qu’il n’y a pas eu la volonté politique pour le faire et parce que ça limitait la circulation », croit savoir Anne Souyris. Mais alors pourquoi le faire aujourd’hui ? « On est à un moment critique de la ville où si on ne commence pas à repenser profondément les choses et pas seulement avec des petits îlots de fraîcheurs, on n’arrivera pas à baisser la température, et ça c’est absolument essentiel », met en garde la candidate verte.

La Bièvre à Paris en 1898 (dessin).
La Bièvre à Paris en 1898 (dessin). - GOLDNER/SIPA

Celle-ci est néanmoins consciente que le 13e arrondissement a été bâti sur des remblais et qu’aujourd’hui le « niveau du sol à Paris est parfois jusqu’à 7-8 m plus élevé qu’au début du siècle », et donc que le lit de la Bièvre est situé très profondément. « Il y a des endroits où si on découvre la Bièvre, on est à 1 ou 2 mètres, comme le canal Saint-Martin, détaille Anne Souyris, et des endroits où c’est beaucoup plus important, d’où l’idée de mettre à certains endroits des puits de fraîcheur. Il y aurait des tronçons qu’on garderait couverts en réutilisant des canaux souterrains déjà existants afin de maintenir la biodiversité ». Car l’idée derrière ça est de maintenir une continuité biologique et aquatique jusqu’à la Seine, et donc éviter les systèmes hydrauliques de pompes et moteurs.

Les gorges de la Bièvre

« C’est toujours une idée qui m’a fait rêver, raconte Jérôme Coumet, actuel maire du 13e, candidat à sa réélection et soutien d’Anne Hidalgo. C’est pour ça qu’en 2001 [il était premier adjoint du maire d’alors, Serge Blisko], on avait essayé de voir dans quelle mesure on aurait pu remettre à jour la Bièvre et on s’est aperçus que ce n’était pas faisable ou alors de manière très artificielle car elle était située trop profondément. » En raison des remblais, poursuit l’édile, « si vous découvrez la Bièvre, vous aurez une espèce de faille au fond de laquelle coulera une rivière. C’est beaucoup d’argent pour un intérêt réduit, on ne va pas se balader sur les berges de la Bièvre. »

Le coût de ce projet sur 20 ans est d’ailleurs estimé à une cinquantaine de millions d’euros, selon les Verts, qui veulent attaquer dès 2020. « On veut faire une coulée verte, tout de suite piétonniser avec de la verdure du périphérique, au niveau du parc Kellermann, jusqu’à Austerlitz et avec des points d’eau dans les parcs et ensuite tout relier, ça se fera progressivement et avec les habitants. » Jérôme Coumet reste dubitatif et rappelle que dans le jardin Charles-Trenet, ouvert en 2015, sur la rue Brillat-Savarin, qui épouse l’ancien lit de la rivière, a été mis en place « un plan d’eau pour évoquer la Bièvre mais qui n’a rien à voir avec l’eau de celle-ci car c’est de l’eau que l’on récolte sur les toits environnants. » De leurs côtés, les communes d’Arcueil et Gentilly ont décidé de découvrir la Bièvre qui devrait donc couler sous peu jusqu’aux portes de la capitale. « Et Paris va devoir se positionner sur la question », espère Anne Souyris.