Marseille : Comment préparer au mieux le Défi de Monte-Cristo, emblématique de la nage en eau libre ?

HORS-TERRAIN La 24e édition du Défi de Monte-Cristo rassemble, de vendredi à dimanche, 5.000 nageurs de 50 nationalités différentes, pour des courses en eau libre dans la rade de Marseille

Adrien Max
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Le Défi de Monte-Cristo a lieu chaque année autour du château d’If.
Le Défi de Monte-Cristo a lieu chaque année autour du château d’If. — Christophe SIMON / AFP
  • Chaque jeudi, dans sa rubrique « hors-terrain », 20 Minutes explore de nouveaux espaces d’expression du sport, inattendus, insolites, astucieux ou en plein essor.
  • Cette semaine, nous nous consacrons à la nage en eau libre à l’occasion du Défi de Monte-Cristo, de vendredi à dimanche dans la rade de Marseille, qui rassemblera 5.000 participants de 50 nationalités différentes.
  • Alexandre Henneteau (19 ans), membre de l’équipe de France de natation, Jean-Claude Paul (85 ans), habitué du défi, et Alix Cornu, novice qui fêtera ses 27 ans le jour de la course, racontent à 20 Minutes leur préparation.

Rien ne semble lier Alexandre (19 ans), Alix (27 ans) et Jean-Claude (85 ans). Ils se jetteront pourtant tous les trois à l’eau samedi dans le cadre du 24e Défi de Monte-Cristo, une course de nage en eau libre, dans la Méditerranée à Marseille, à laquelle participeront 5.000 nageurs de 50 nationalités différentes. Ce qui en fait « le premier événement européen de natation en mer », selon les organisateurs. Avec des parcours de 1 à 6 km, avec ou sans palmes, autour du château d’If, d’où s’était évadé Edmond Dantès dans Le Comte de Monte-Cristo d’Alexandre Dumas, qui a inspiré la création de cette épreuve.

Jean-Claude Paul y a déjà participé « une bonne douzaine de fois », ce qui fait de lui le plus expérimenté des trois. Après une soixantaine d’années de plongée et une intervention cardiaque, il a voulu « se remuer un peu plus ». C’est ainsi qu’il s’est mis à la natation. « J’étais dans l’eau, et je suis resté dans l’eau en allant vers la natation avec accessoires, explique l’octogénaire. C’est une excellente discipline pour les personnes âgées. On est en apesanteur, ce qui permet de conserver la santé de nos articulations, tout en faisant du sport. »

Jean-Claude Paul au défi de Monte Cristo.
Jean-Claude Paul au défi de Monte Cristo. - Jean-Claude Paul

« Une ambiance terrible, celle des grandes compétitions »

Depuis, il nage au minimum deux heures, deux fois par semaine dans la piscine de Saint-Germain-en-Laye (Yvelines), où il est président d’un club. Sauf qu’après 4 km à nager dans la piscine, « on connaît les carreaux par cœur ». Alors il s’est aussi orienté vers la nage en eau libre. « Je reviens des championnats de France de nage avec palme à Sanguinet (Landes), où j’ai fini vice-champion de France de ma catégorie », confie celui vise désormais plus le plaisir que la compétition.

Il s’élancera donc samedi matin pour les 5 km avec palmes à Marseille, lors du Défi de Monte-Cristo. « J’en avais entendu parler il y a une quinzaine d’années, on y est allé avec le club et on a trouvé ça très sympa, dans une superbe ville avec des gens sympathiques, le soleil et la mer », se remémore Jean-Claude Paul.

Depuis, il y retourne tous les ans avec son club, pour fêter la fin de saison en apothéose. « Il y a une ambiance terrible, celle des grandes compétitions. Il y a des champions, des gens complètement amateurs et des vieux comme moi. Mon défi est de terminer la course », confie celui qui mise sur une préparation minutieuse, des compétitions en amont et des entraînements hebdomadaires. « Car ce défi, vous ne pouvez pas vous y attaquer sans entraînements. »

« Je ne m’entraîne quasiment pas »

Mais ne le dites surtout pas à Alix Cornu, qui fêtera ses 27 ans le jour de sa première participation au 5 km avec palmes de cette édition du Défi de Monte-Cristo. Il y a encore deux ans, cette infirmière ne faisait même pas de sport. Mais un voyage humanitaire et le quotidien d’un service Covid-19 l’ont métamorphosée. « Je me suis dit que la vie était trop courte et qu’il fallait en profiter. Un jour, en rentrant chez moi, j’ai regardé une story de Laury Thilleman qui était au half Marathon des Sables. Je n’ai trouvé personne avec qui le faire donc j’y suis partie seule, et sans préparation », relate-t-elle.

Alix Cornu va fêter ses 27 ans lors de sa première participation au Défi Monte-Cristo.
Alix Cornu va fêter ses 27 ans lors de sa première participation au Défi Monte-Cristo. - Alix

Pas de sport depuis douze ans, une dernière cigarette la veille de la course et la voilà partie pour sa première aventure sportive. « Au final, j’ai réussi à faire 100 km en trois jours en complète autonomie alimentaire », confie Alix. Un déclic qui la pousse à s’inscrire au semi-marathon de Paris, puis au marathon de Rotterdam. « Je ne m’entraîne quasiment pas. Personne ne me croit, mais mes potes le savent. Je vais parfois courir mais je n’arrive jamais à faire plus de 10 km parce qu’après une heure de course, j’ai assez pensé à ma vie et ma seule envie est de rentrer chez moi. Mais aller au bout de mes limites m’éclate. Songer à ceux qui me disent «Tu vas te flinguer, tu n’y arriveras pas» m’aide également à me dépasser », explique celle qui fonctionne au mental et à la volonté.

« J’ai peur de me faire écraser »

Sa préparation pour le Défi de Monte-Cristo, pour lequel elle s’est inscrite sur le 5 km avec palmes avec une amie rencontrée sur le Marathon des Sables, est dans la même veine que pour ses derniers challenges. « Je suis infirmière en Belgique, je fais sept nuits d’affilée et du libéral sur mon temps libre. Donc je n’ai pas beaucoup de temps pour me préparer. J’ai fait deux entraînements par semaine pendant un mois », confie-t-elle.

Petit soulagement, Alix aura le droit à un tuba : « Mon gros problème, c’est la respiration car je sors quand même de douze ans de tabac. » Sa plus grande peur se situe surtout au départ de la course : « Je crois en ma capacité à finir ce défi, mais j’ai peur de me faire écraser par les autres concurrents au départ. »

Répétition pour les pros

Alexandre Henneteau, engagé sur la même distance, ne devrait pas l’écraser, mais plutôt la dépasser puisqu’il vise la victoire finale, alors qu'il a fini deuxième l’an passé en 58’50 sur le 5 km avec palmes. Ce membre de l’équipe de France de nage avec palmes est champion du monde du relais mixte 4x1.000m, après avoir été « dégoûté » d’une dizaine d’années passées en natation classique. « Mon oncle Clément Becq était aussi passé de la natation classique à la natation avec palmes et ça avait bien marché pour lui, avec des records du monde et un titre de champion d’Europe. Quand j’en ai eu marre de la natation, j’ai commencé à faire des entraînements avec palmes. J’ai bien enchaîné et j’ai eu la possibilité d’entrer au pôle France d’Aix », explique-t-il.

Alexandre Henneteau, membre de l'équipe de France de nage avec palmes.
Alexandre Henneteau, membre de l'équipe de France de nage avec palmes. - Alexandre

Cette course, à laquelle il participera pour la quatrième fois, est pour lui une bonne répétition générale avant les compétitions de l’été, en plus « du décor, et de l'histoire de la course avec cette évasion du prisonnier ». « Le Défi de Monte-Cristo est bien situé, deux mois avant les Mondiaux. C’est une bonne étape de préparation, et une course vachement belle avec une organisation au top. On est ravi d’y retourner chaque année », confie le jeune champion.

« Faire bouger les choses »

Au-delà de cette préparation, Alexandre Henneteau et l’équipe de France de natation en eau libre viennent aussi et surtout faire connaître leur discipline. Elle a récemment perdu le statut de haut niveau, à cause du manque de licenciés et de niveau général en France. « Le Défi essaie de faire bouger les choses en amenant certains grands noms comme Axel Reymond ou Coralie Balmy. L’organisation et le village sont super, les gens viennent échanger avec nous et s’intéressent vraiment à notre sport », explique Alexandre Henneteau.

Il a lui même dispensé des masterclass en amont de la compétition. « Ça permet aux gens de s’entraîner les uns avec les autres parce que beaucoup de nageurs se préparent seuls. On leur donne des conseils, notre expertise, et ça les intéresse parce qu’ils ne sont pas habitués », apprécie-t-il. Parce qu’au-delà de la compétition, le Défi de Monte-Cristo est surtout un lieu d’échanges et de rencontres idéal autour de la nage en eau libre, et du sport plus généralement. Le tout, dans un cadre somptueux nous replongeant dans l’œuvre culte d’Alexandre Dumas.