Roland-Garros 2022 : Rafael Nadal est-il en train de préparer ses adieux ?

TENNIS L'Espagnol, qui s'apprête à affronter Zverev en demi-finale de Roland-Garros ce vendredi, a beaucoup parlé de sa blessure au pied cette semaine

Nicolas Camus
Rafael Nadal après sa victoire contre Novak Djokovic en quart de finale de Roland-Garros, le 31 mai 2022.
Rafael Nadal après sa victoire contre Novak Djokovic en quart de finale de Roland-Garros, le 31 mai 2022. — Alfonso Jimenez/Shutterstock/SIPA
  • Rafael Nadal est opposé à Alexander Zverev ce vendredi en demi-finale de Roland-Garros.
  • L'Espagnol, véritable légende vivante à Paris du haut de ses 13 titres, a évoqué à plusieurs reprises cette semaine le mal qui le ronge au pied depuis des années, laissant planer l'idée qu'il s'agit peut-être de sa dernière apparition Porte d'Auteuil.
  • Un scenario auquel son oncle Toni et ses fans ne veulent pas croire.

A Roland-Garros,

Depuis quelques jours, il flotte un truc pas net dans l’air à Roland-Garros. On ne s’en était pas rendu compte tout de suite, habitués qu’on est à entendre Rafael Nadal parler de ses souffrances physiques, de ce pied qui l’enquiquine depuis tant d’années, de ce corps qu’il pousse sans cesse au-delà de ses limites pour continuer à offrir des chefs-d’œuvre comme mardi face à Novak Djokovic.

Mais cette fois, c’est comme s’il y avait autre chose. Comme si l’Espagnol était en train de préparer ses adieux au tournoi qui l’a fait roi. Voire au tennis tout court ?

La lassitude gagne du terrain

Ça a commencé en fin de semaine dernière, après son étouffante victoire en cinq sets face à Auger-Aliassime en 8e de finale. Sans que personne ne le lance vraiment sur le sujet, Nadal s’est interrogé à voix haute. « Pour être franc, chaque match que je joue ici est peut-être mon dernier à Roland-Garros, voire de ma carrière. Qui sait ? » En pleine négociation - déjà - pour ne pas avoir à jouer en soirée contre Djokovic dans le choc qui l’attend, la thèse du coup de bluff est envisageable.

Mais après avoir terrassé le numéro 1 mondial en atteignant pendant plus de quatre heures un niveau qu’il n’espérait plus, l’homme aux 13 titres à Roland a remis ça :

« J’ai ce que j’ai au pied. Si nous n’arrivons pas à trouver une amélioration, ça va devenir très difficile pour moi. Je vais continuer à me battre pour trouver des solutions. Pour l’instant, nous n’en avons pas. »

Ce fameux pied gauche, touché par le syndrome de Müller-Weiss (une nécrose de l’os naviculaire, situé sur le coup de pied, qui n’est pas vascularisé convenablement) et qui lui pourrit la vie depuis qu’il a 19 ans. Car le mal a irrigué. Pour pouvoir continuer à jouer, Nadal a dû faire fabriquer des semelles spéciales, qui ont rudoyé ses genoux et entraîné des tendinites. Forcément, la lassitude gagne du terrain. « Je joue pour être heureux, mais la douleur vous enlève votre bonheur, disait-il il y a trois semaines à Rome, après avoir terminé son match contre Shapovalov en déambulateur. Il y a beaucoup de jours où je suis malheureux. »

Toni veut croire que non

On dirait bien que le Majorquin, qui fête ses 36 ans ce vendredi, se laisse aller à une certaine mélancolie. Nos confrères espagnols craignent le pire, et dans l’urgence, ont appelé l'oncle Toni. « Le dernier Roland-Garros de Rafa ? Je veux croire que non, a répondu le mentor de toujours à la Cadena Ser, jeudi. Je n’aime pas les adieux, je n’imagine pas mon neveu dire au revoir au tennis. » Comme tout le monde, en fait. Ulysse et Yannick, deux potes de 21 et 23 ans classés 15/2, ont grandi avec lui. Croisés dans les allées qui jouxtent le Chatrier, ils ne veulent pas croire à la fin de leur idole.

« Ça fait un moment qu’il dit qu’il ne sait pas de quoi son avenir sera fait, qu’il parle toujours du moment présent, pour moi c’est la même chose cette année, avance le premier. Je ne le vois pas s’arrêter maintenant. Il dit que c’est de plus en plus dur, mais quand on voit le match qu’il est encore capable de faire contre Djokovic… Le gars est phénoménal. »

Le Central Rafael-Nadal ?

« Je le vois mal partir comme ça et dire "bon bah c’était mon dernier Roland", embraye son ami. Au pire, il reviendra l’année prochaine faire ses adieux. » Et ce serait quoi, alors, une cérémonie digne du plus grand joueur que le Grand Chelem parisien ait connu ? « C’était beau ce qu’ils avaient fait pour sa 10e victoire, avec le podium personnalisé. Il faut un truc qui reste, estime Ulysse. Ils ont déjà mis une statue. Pourquoi pas un court à son nom ! Renommer le Chatrier en court Rafael Nadal, ça ne me paraîtrait pas dingue. »

Le 10e sacre à Roland de Rafa, le 11 juin 2017.
Le 10e sacre à Roland de Rafa, le 11 juin 2017. - Lionel BONAVENTURE / AFP

On n’en est pas encore là. Déjà, il faut voir comment Nadal va s’accommoder de la baston à venir en demi-finale contre Alexandre Zverev, ultra-solide pour sortir Carlos Alcaraz au tour précédent. Est-il capable de repartir pour quatre heures, ou plus ? Grâce à la présence de son médecin personnel, a priori oui. Le dénommé Angel Ruiz Cotorro, directeur médical de la Fédération espagnole et ange gardien du numéro 5 mondial, lui a garanti que le traitement administré pendant la quinzaine lui permettra de tenir jusqu’au bout, rapporte le quotidien Marca.

Des questions pour l’avenir

Lequel, exactement ? « Je vous expliquerai quand le tournoi sera fini », a éludé le joueur à la toute fin de sa conférence de presse, mardi. Il n’y a de toute façon pas 40 options. « Il doit forcément faire des infiltrations », pose le docteur Elkaim, chirurgien orthopédiste. Pas de corticoïdes, car c’est interdit en cours de compétition, mais d’anesthésiques. On se doute que Rafael Nadal jongle avec ces traitements depuis des lustres. Avec des conséquences évidentes dans l’avenir. « Les infiltrations fragilisent l’os, ce n’est jamais bon d’en faire trop, reprend le spécialiste. L’os risque de se fragmenter, voire de s’expulser du pied. »

La solution pour l’Espagnol sera peut-être de pratiquer dans quelques années une arthrodèse, une intervention chirurgicale visant à stopper la dégénérescence de l’os grâce à une greffe. Un acte qui paraît impressionnant dit comme ça, mais qui permet retrouver une vie normale ensuite, même si la mobilité du pied en prend un coup. En tout cas, « ce problème ne met pas sa santé en danger pour la suite », assure le docteur Elkaim.

Rafael Nadal songe-t-il à tout cela lorsqu’il s’épanche sur ses doutes ? Jeudi, il a précisé sa pensée à la télévision publique espagnole. « A aucun moment je n’ai eu l’intention de préparer à des adieux, a-t-il fait savoir à la TVE. Je décris juste les choses comme elles sont. » Douloureuses. Insurmontables, même, pour le commun des mortels. Mais avec lui, il ne faut jurer de rien. Pour l’instant, il a prévu de jouer jusqu’à dimanche. Sa saison s’arrêtera peut-être (sûrement) là. Mais, il « l’espère », pas sa carrière.