Roland-Garros 2022 : Toni Nadal peut-il gagner avec un autre joueur que Rafa ?

TENNIS L’oncle de Rafael Nadal conseille désormais Félix Auger-Aliassime, opposé dimanche en huitième de finale à son ancien protégé, avec qui il a remporté 16 Grands Chelem de 2005 à 2018.

Julien Laloye
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Tony Nadal lors de l'édition 2017 du tournoi de Roland-Garros.
Tony Nadal lors de l'édition 2017 du tournoi de Roland-Garros. — Ella Ling/Shutterstock/SIPA

A Roland-Garros,

C’est la question qui taraude les suiveurs du tournoi et au-delà. Où donc va se fourrer Toni Nadal pour regarder le 8e de finale entre Rafael Nadal et Félix Auger-Aliassime ? On s’explique. L’oncle de Rafa, son entraîneur historique jusqu’en 2018, a repris du service après trois ans de pause auprès du (très) grand espoir canadien. Evidemment, « Oncle Toni » a prévenu. Impossible de s’asseoir dans le box de Félix, on ne fait pas ça à la famille.

L’air bonhomme, comme toujours, le spécimen le plus bronzé du 16e arrondissement a tapé la blague aux journalistes à l’issue de l’entraînement sur un court n°13 bondé samedi matin. Bondé et curieux de savoir si Toni, coach à temps partiel de FAA, allait lui distiller quelques conseils pendant la séance. Rien de rien, promis, juré, craché, a répondu Toni Nadal, suivi comme son ombre par Amazon et Netflix, qui prépare un docu sur la saison de tennis comme elle le fait avec la F1. Par contre, il assure sans rire qu’il cherche une place pour dimanche. « Sinon, ce sera devant la télévision ». Mouais, on ne se fait pas trop de soucis pour cette histoire de tickets.

Vous vous doutez que Rafa et Félix n’ont pas échappé à une rafale de relances sur l’éléphant au milieu du salon. Le maître des lieux, un peu bougon depuis une semaine, a expédié le sujet l’air blasé. « J’aurais zéro problèmes avec le fait que Toni aille dans son box. Je connais les sentiments que nous avons l’un pour l’autre, je sais qu’il veut le meilleur pour moi et je n’imagine pas qu’il ait envie que je perde ». Le Canadien s’est étendu un peu plus, mais c’était surtout pour doucher nos fantasmes : « Je ne vais rien demander à Toni, je veux dire on parle de Nadal, on le connaît assez bien quand même. S’il y avait un secret pour le battre, il n’aurait pas gagné 13 fois ici ».

Toutefois, Auger-Aliassime a donné plus de profondeur à sa pensée en anglais : « Il faut se rappeler aussi, parce que je sais que cette question ressort souvent, pour moi, la carrière de Rafa, ce qu’il a fait avec Toni, c’est bien plus grand que le match de demain. Tout ce qu’il a fait avant transcende le match de demain. Sa carrière, tout le reste, mon Dieu, cela dépasse largement ce match ».

C’est qu’au fond, la trace de Toni Nadal est difficile à cerner. Faut-il uniquement retenir l’entraîneur-génie le plus titré de l’histoire (16 Grands Chelems), celui qui a tiré la quintessence d’un champion qu’il a commencé à former à trois ans, ou le type à l’allure débonnaire aux conseils rudimentaires, dont on se demande parfois s’il n’a pas juste eu un immense coup de bol en tombant sur l’un des plus grands champions de l’histoire du sport sans faire exprès ?

Peut-être d’ailleurs, faut-il y voir une raison du retour « d’Oncle Toni » dans l’arène. Prouver qu’il n’était pas le passager clandestin dans le destin commun des Nadal, ce papy un peu ronchon qui tombe trop facilement dans le piège éternel du "c’était-mieux-avant" dans ses chroniques pour le journal El Pais, comme la dernière​ pour rendre hommage à Jo-Wilfried Tsonga : « Sa fin de carrière, avec d’autres me fait dire qu’on ne verra plus un certain style de tennis moins précis, moins, parfait, et moins complet que le style actuel, mais qui était capable d’émouvoir davantage les fans de ce sport »

Dans le JDD, avant le tournoi, le directeur du tournoi de Majorque, qui dit rarement non à une conférence en entreprise sur les secrets d’un coaching gagnant, se plaignait un sourdine qu’aucun joueur du circuit n’ose l’approcher pour lui demander un conseil. Sauf FAA, qui est venu passer une semaine dans la Rafa Nadal Academy au printemps dernier. La Rafa academy, ou l’œuvre de sa vie. Toni y applique avec les grands champions de demain la méthode qui a fait de son neveu la légende de Roland et plus encore.

« Nous appliquons des systèmes d’entraînement qui vont dans cette direction, en les combinant avec les attitudes qui ont donné tellement de succès à Rafa, le long de sa carrière professionnelle, comme c’est le cas de : la mobilité, le caractère vainqueur, l’intensité de l’entraînement et dans le match, la mentalité compétitive et la concentration », explique le site internet. Les premiers résultats en tout cas, sont enjôleurs : Casper Ruud, dont le père, ancien top 15, a été « séduit par la perspective de travailler avec la vision de Toni », a atteint la 8e place mondiale à 23 ans, après 3 ans à faire ses gammes à Majorque. Jaume Munar est un peu plus loin (87e), mais ceux qui l’ont vu pousser Schwartzman dans ses retranchements en début de semaine savent les qualités de combattant de l’asticot.


Pour ce qui est du rôle précis de Toni Nadal dans leur progression, joker. Dans la série que lui consacrait Amazon l’an passé, le directeur de l’académie semblait passer beaucoup de temps sur les terrains avec les ados en formation, leur prodiguant des conseils de bon sens, la plupart du temps. « Toni a une vision technique et tactique très pragmatique, son truc c’est de simplifier et d’éclairer, soufflait son ami et ancien joueur Jordi Arrese dans la presse espagnole en 2018. Le tennis est un sport compliqué et lui fait en sorte qu’il paraisse facile. Peut-être qu’il apporte moins de solutions techniques que d’autres, mais dans le domaine psychologique, c’est un phénomène ».

Pourtant, quand il a intégré l’équipe d’Auger-Aliassime, c’est d’abord le jeu de jambes faiblard du Canadien qu’il a pointé du doigt : « On a beaucoup travaillé sur mes mouvements sur le terrain, l’intensité de mon jeu de jambes, mon déplacement sur le court… Je suis plus précis sur ma manière de jouer, avec tout le travail réalisé. J’ai des frappes puissantes naturellement, mais le défi à surmonter, depuis que je suis jeune, c’est de contrôler cette puissance, de la canaliser. Avec Toni, on a été en mesure de travailler sur mes appuis, et de faire en sorte que mon jeu soit plus précis, plus robuste ».

Plutôt imperceptible à l’œil nu, mais drôlement concluant sur le papier. Depuis l’arrivée du sorcier ibérique dans son équipe, FAA est allé minimum jusqu’en quarts de finale en Grand Chelem. Ce serait tout de même un sacré exploit de continuer la série à Roland, avec Toni caché dans un coin pour ne pas assister au drame.