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Samuel Eto’o fera-t-il passer le foot africain dans une autre dimension ?

CAN 2022 : Samuel Eto’o est-il l'élu pour faire passer le foot africain dans une autre dimension ?

FOOTBALLL'ancien attaquant du Barça est devenu président de la Fédération camerounaise de football en décembre
Antoine Huot de Saint Albin

Antoine Huot de Saint Albin

L'essentiel

  • Samuel Eto’o observe de près le parcours du Cameroun, demi-finaliste de la CAN face à l’Egypte en attendant mieux.
  • L’ancien international a l’ego démesuré est désormais le président de la Fédération camerounaise, élu en décembre après une campagne de terrain remarquable.
  • En commençant par sa fédération, Samuel Eto’o pose peut-être les germes d’un pouvoir naissant dans le football africain, aujourd’hui dans l’orbite de la Fifa.

Comme un pèlerinage pour les Lions indomptables. Ce jeudi, le Cameroun dispute face à l’Egypte sa demi-finale de Coupe d’Afrique des nations au stade d’Olembé, à Yaoundé. Là, où, le 24 janvier, huit personnes avaient trouvé la mort après une bousculade aux abords du stade. Mardi, Samuel Eto’o, le nouveau président de la Fédération camerounaise de football (Fecafoot), s’était d’ailleurs rendu au chevet des victimes dans des centres hospitaliers de Yaoundé pour y exprimer sa « compassion » ainsi que celle de l’ensemble de la famille camerounaise du football.

Depuis sa prise de fonction, le 11 décembre dernier, l’ancien joueur du Barça est sur tous les fronts. Il était ainsi dans le vestiaire des Lions indomptables après la victoire face à la Gambie en quarts de finale de la CAN pour exhorter ses compatriotes, tel le capitaine qu’il était, à aller au bout. Il a aussi pris la parole pour défendre son pays, accusé de mauvaise gestion des tests de dépistage anti-Covid-19 : « Je souhaite vraiment, humblement, que mon pays soit respecté. Je n’ai jamais accepté la tricherie et je ne l’accepterai jamais. J’espère que c’est clair pour tout le monde. »

« Samuel a envie de décrocher les étoiles »

Des prises de parole sur un peu tous les sujets nous ont fait penser à cette phrase de l’ancien sélectionneur camerounais Denis Lavagne, en 2012 : « Samuel Eto'o est un très grand footballeur, mais il veut être à la fois joueur, buteur, capitaine, sélectionneur et président, voire ministre. » Qui en doutait ? « Samuel reste Samuel, c’est quelqu’un qui a toujours envie de décrocher les étoiles, mais je sais aussi qu’il a d’abord à cœur de faire évoluer le football camerounais, raconte l’ancien international Paul Alo’o Efoulou. Je pense qu’il ne brûlera pas les étapes s’il veut un jour arriver à la CAF ou la Fifa. »

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Car c’est bien de ces institutions-là que l’on parle pour le futur d’Eto’o. Une destinée continentale voire internationale pour faire changer de dimension le football africain, sous tutelle aujourd’hui de la fédération internationale. « Il a, lui aussi, ses accointances avec la Fifa et Infantino, explique Babacar Ndaw Sall, rédacteur en chef du site emedia.sn qui traite de l’actualité de toute l’Afrique. Mais le continent place beaucoup d’espoirs en lui, car c’est une personne très ambitieuse, qui sait être rebelle par moments, qui a un ego démesuré, qui peut se dresser devant Infantino. »

Infantino renvoyé dans ses 22

Il l’a déjà fait en janvier, juste avant la Coupe d’Afrique des nations. Alors que Gianni Infantino, sous pression des clubs européens qui ne voulaient pas vraiment libérer leurs meilleurs joueurs en pleine saison, militait pour un report de la compétition pour des raisons sanitaires, Eto’o avait fait tonner les canons : « L’Euro s’est joué alors que nous étions en pleine pandémie, et avec des stades pleins. Il n’y a pas eu d’incidents, et nous avons joué dans plusieurs villes en Europe. [ La Fecafoot] défendra avec la dernière énergie la tenue de cette Coupe d’Afrique des nations. »

Plus que de répondre à la Fifa, il devra aussi prendre les devants, mener le combat et unifier les voix face à une institution qui a placé ses petites graines un peu partout sur le continent, à base d’arrangements avec les Fédérations, de programmes et d’affidés installés un peu partout.

«  Le fait que ça soit Samuel Eto’o, avec son nom, pourrait faire la différence s’il fait les choses comme il se doit, annonce Abdouraman Hamadou Babba, président du club camerounais de L’Etoile filante de Garoua, qui conteste pourtant l’élection à la tête de la Fecafoot. Si Samuel arrive à rentrer dans ces habits de dirigeant sportif, alors oui, il a un avantage avec sa renommée internationale. Il pourrait ouvrir beaucoup de portes, presque toutes. »  »

« Un discours de révolutionnaire, rassembleur pour le continent africain »

« Il a besoin aujourd’hui d’avoir une démarche assez claire en termes de position, car dans tous les pays africains que j’ai visités dernièrement, le discours est le même vis-à-vis de la Fifa : il y a un sentiment d’envahissement qui ne dit pas son nom et les gens en ont marre, reprend Babacar Ndaw Sall. Il est suffisamment intelligent pour savoir que ce qui donnerait du crédit à sa démarche, c’est son discours de révolutionnaire, rassembleur pour le continent africain. »

Son élection à la tête de la Fédération camerounaise pourrait d’ailleurs être le point de départ de gros changements au sein d’autres institutions africaines. Avec, comme mot d’ordre, la gestion du football aux footballeurs. On observe ainsi la candidature de Didier Drogba pour la Fédération ivoirienne, la prise de pouvoir de l’ancien Rennais Shabani Nonda à la tête de la Fédération congolaise ou la possible candidature d’Emmanuel Adebayor à la Fédération togolaise. « Ce sont des gens avec des ego qui ne partiront pas sans laisser quelque chose de positif derrière eux, conclut Paul Alo’o Efoulou. Donc, forcément, ils auront leur mot à dire. Ça peut prendre du temps, mais c’est un bon début. » Gianni, prépare les valises, Samuel arrive.