Tournoi de Bercy : « J’avais préparé ma tenue pour le dernier set », on vous raconte la remontada de dingue d’Hugo Gaston

TENNIS – Le Français a réussi un performance assez exceptionnelle face à Carlos Alcaraz en 8e de finale du Mastrs 1000 parisien

Julien Laloye
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Hugo Gaston dans ses oeuvres face à Alcaraz à Bercy.
Hugo Gaston dans ses oeuvres face à Alcaraz à Bercy. — Christophe ARCHAMBAULT / AFP

A Bercy tard dans la nuit,

Il y a des journées comme ça où notre vieille complicité avec le sport ne déçoit jamais, franchement. Dix heures à se cogner des matchs interminables, des doubles déplacés sur le Central pour rassasier une foule privée du Monfils-Djokovic attendu, la clim de Bercy à filer un rhum à un mammouth enterré dans le Permafrost, tout ça dans l’espoir de partager un moment de folie derrière Hugo Gaston, la dernière coqueluche du tennis français qui avait déjà fait exploser les sutures de notre petit cœur fragile lors du Roland du confinement.

C’est peu de dire qu’on a été servi, et avec nous 12.652 supporters franchouillards juste comme il faut pour aider Alcaraz à se faire sauter le caisson tout seul à 5-0 pour lui dans le deuxième set (6-4, 7-5 au final).

20 points gagnés sur 21 pour finir

Un court-circuit dans l’armoire à fusibles comme on en a rarement vu de nos yeux (un peu fatigués à une heure du matin). Un point gagné sur les 21 derniers points disputés, et un gamin au bord des larmes au dernier changement de côté, dans une ambiance je vous dis pas. L’Espagnol de 18 ans a beau rouler des muscles comme sous le cuir d’un dos de taureau, armé d’une puissance animale qui en fera un très grand joueur dans les années à venir, il a dégoupillé comme un enfant face à Hugo les bons tuyaux, qui en rigole encore.


« Franchement, j’avais déjà préparé ma tenue pour le troisième set mais j’ai entendu quelques « remontadas » des tribunes je me suis dit pourquoi pas. C’est sûr qu’il y a un scénario assez étonnant, on va dire. Je me suis relâché à 5-0. À partir de ce moment, lui, il a commencé à se relâcher aussi. Il a commencé à faire pas mal d’erreurs, parce que je l’ai fait déjouer avec des balles hautes, des balles basses, des balles rapides, pas rapides. Il a commencé un peu à s’embrouiller, à s’exciter peut-être, je ne sais pas… »

« Il a commencé un peu à s’embrouiller »

Oh si, tu sais, mon cochon. La façon dont le jeune toulousain a rebranché d’un coup le cerveau après avoir pris trois-quatre jeux de vacances à Punta Cana, tel un Santoro de la grande époque face à Safin, quel panard, même si Alcaraz nous a fait un peu de peine quand il s’est mis à insulter des mamans en castillan, le regard désespéré vers Juan Carlos Ferrero (son coach), alors qu’il envoyait praline sur praline dans la Seine. Marc Barbier, qui entraîne Gaston depuis qu’il ne met plus de bavoirs, avait averti son poulain :

« Je pensais que ce scénario pouvait se produire dans la dernière manche. Finalement petit à petit, en prenant un jeu, puis deux, il y a cru. Alcaraz s’est affolé un peu, il ne faut pas oublier qu’il a que 18 ans, c’est ce que je disais à Hugo avant le match. C’est un super joueur, mais il a 18 ans et les faiblesses d’un jeune homme de son âge ».

Une certaine classe aussi, puisque la déception du moment n’empêchait pas Alcaraz de féliciter chaudement son adversaire dans le vestiaire et lui souhaiter bonne chance pour la suite. Au même instant, tout le clan du désormais 67e joueur mondial se congratule, autour de la maman, de la petite amie, du grand frère, et des potes de Blagnac, plus bruyants qu’un régiment russe en permission. On ne peut pas s’empêcher de chambrer au passage Isabelle Inchauspé, la préparatrice mentale de Gaston, sur l’air de « bon en fait vous lui servez à rien c’est déjà un monstre dans la tête ». Elle sourit avec nous.

« Le trou dans le deuxième set ? Il a un moment de relâchement plus ou moins conscient, mais il sait les gérer, les laisser passer, jusqu’à ce qu’il sente qu’il peut repartir, ça, c’est sa grande force ». Parfois très demandeur de débriefings réguliers pendant les tournois, Gaston n’a presque rien eu à clarifier avec elle depuis son arrivée à Paris, en qualifications.

Un rapport fusionnel avec le public

« Il n’a besoin de rien, il sait faire. Il est dedans, il est content de jouer, il y a beaucoup moins d’apport à lui faire sur ce tournoi que dans d’autres où il faut batailler un peu plus. Le seul conseil que je lui ai donné avant ce match ? Profiter du moment, parce qu’on savait que le public serait là. C’est un garçon qui est très ancré, il s’enflamme pas, il vient pas rechercher le public forcément, même s’il l’a aidé aujourd’hui. Il vient avant tout rechercher des sensations, bien jouer au tennis ».

On avait découvert sa nymphomanie d’amorties à Roland-Garros contre Wawrinka et Thiem, on s’est régalés de sa couverture de terrain phénoménale et de sa défense de peshmerga face au jeune prodige espagnol. Un point qui nous a soulevés les poils plus que d’autres ? Quatre ou cinq smashs d’Alcaraz remis par la pile duracell Gaston, jusqu’à l’orgasme collectif sur le dernier smash raté par l’Ibère, avant même son effondrement final.


« Un jeu marrant à regarder », selon Medvedev

Medvedev, adversaire du Français ce vendredi en quarts de finale, s’amusait autant que nous du spectacle : « J’ai commencé à regarder le match avant de venir vous voir conférence de presse, on était à 4-4, Hugo a un bon niveau, marrant à regarder ». Un peu moins à jouer, on l’a compris, même si on ne fera pas l’erreur de mettre ce bon Daniil, numéro 2 mondial de son état, dans le même panier qu’Alcaraz, encore un bébé à ce niveau.

D’ailleurs le Russe, un temps embêté de son côté par Korda avant de sortir la tapette à mouches, ne se faisait pas plus de mouron que ça à l’idée de retrouver Gaston en quarts : « Je pense que pour Hugo ça ne va pas être facile parce qu’ils vont finir tard, on va voir comment c’est après quelques heures contre moi » On sera 12.000 pour voir aussi, les babines toutes excitées par le show de la veille. Sortez les drapeaux tricolores et votre plus belle Marseillaise, rendez-vous à 19h30.