Roland-Garros : « Quelque chose de fou », Gaston sort un exploit monumental face à Wawrinka

TENNIS Le jeune espoir tricolore de 20 ans s’est qualifié pour les 8es de finale en éliminant l’ancien vainqueur du tournoi en cinq manches (2-6, 6-3, 6-3, 4-6, 6-0)

Julien Laloye

— 

Hugo Gaston, le 2 octobre 2020 à Roland-Garros.
Hugo Gaston, le 2 octobre 2020 à Roland-Garros. — Alessandra Tarantino/AP/SIPA

A Roland-Garros,

Allez on tient notre nouveau Yannick Noah, question suivante. Hugo Gaston, from Toulouse, dix Grands Chelems dans les poches d’ici 2030. Non, évidemment, mais ce que ça fait du bien d’avoir un futur, nom de diou. Tout le Lenglen était d’accord avec nous au passage. « Hugo reste avec nous », « Hugo président », les gens avaient envie de faire un feu de joie avec leur masque et de se contaminer dans une partie fine à ciel ouvert, mais les brigades sanitaires de la FFT rôdaient.

Une roue de vélo pour finir

Le 239e mondial a soulevé la terre de Roland contre Wawrinka, ancien vainqueur des lieux. Le Suisse pensait sans doute se les friser tranquillou avant d’aller se faire un facetime avec Kev Adams, devenu un grand pote depuis que les deux produisent un film ensemble. L’humoriste, présent en tribunes, était le seul traître à la patrie vendredi, et le public l’a gentiment chambré à la fin, conquis par le caractère de Gaston et la variété de son arbre à musique.

« Très honnêtement l’idée première dans le match, c’était de profiter de tous les instants et de voir un peu ce qui se passait, témoigne Marc Barbier, un entraîneur aux anges. On avait mis en place un plan de jeu, qui était d’éviter la confrontation brutale et directe avec le jeu de Stan. On voulait varier les effets, varier les zones, varier les rythmes. Le début a été un peu timide, puis il s’y est mis et a pu mettre en place son jeu, et puis il s’est passé ce qu’il s’est passé ».

Une tempête, une tornade, un big bang, sous la lumière déclinante de l’automne indien. Gaston a commencé à faire de la moulinette à partir du 2e set, sous des conditions exécrables, et on a senti rapidement que le Suisse bouillait de la cafetière devant tant d’insolence. On a parfois pensé aux Santoro-Safin de la grande époque, même si Fabulous Fab n’était pas gaucher. Barbier : « Hugo son jeu c’est de rentrer dans la tête des adversaires, qui au final font des erreurs parce qu’ils se posent trop de questions sur la façon doit ils doivent jouer. La créativité, c’est son identité de jeu, il a toujours été comme ça. Mais il faut que cette créativité soit au service de la performance. On n’a pas de note artistique en tennis. Contre Stan, ça a été le cas ».

« L’idée de départ, c’était juste de profiter de l’instant »

Et que dire de ce feu d’artifice, un cinquième set « incroyable » (Barbier) qui a vu un multiple vainqueur de Grand Chelem littéralement se disloquer sur le court, avalé 6-0 comme on gobe un œuf mayo au déjeuner. « On savait que physiquement il était prêt, maintenant on ne savait pas si émotionnellement il pouvait tenir, et là il nous a prouvé que ça tenait très fort. Il va y avoir beaucoup d’agitation autour de lui mais on va faire en sorte de gérer au mieux tout ça et puis de préparer le prochain match tranquillement ».

Après un tournoi catastrophique  comme jamais pour le tennis masculin français, il est tentant de voir Gaston plus beau qu’il ne l’est, ce que s’est empressé de nous rappeler Wawrinka, moins enthousiaste que les plumitifs après l’exploit : « Je n’ai pas été surpris par son niveau, je l’avais vu sur les tours précédents, on sait qu’il est talentueux, et comme il est jeune, il va chercher les points. Il a un jeu différent, bien sûr, mais je crois qu’on est tous un peu différents. Il fait beaucoup de choses, il bouge bien mais ce n’est pas le seul comme ça ».

Et maintenant, Thiem

Ce n’est pas le seul, mais des gamins d’1m73 en 8e de finale de finale d’un Grand Chelem avec des coups pareils, on n’en voit pas d’autre dans le tableau des 16 meilleurs joueurs du tournoi. Le héros du soir, pour finir : « C’est quelque chose de fou pour moi. Je ne réalise pas ce qui se passe, mais à l’intérieur il y a beaucoup d’émotions. Je vais essayer de profiter un peu avec ma famille, parce que ce sont des moments inoubliables à partager ». La suite ? Dominic Thiem dimanche. Un détail.