Roland-Garros : « Elle sait jusqu’où elle veut aller », on débriefe la victoire de Clara Burel avec son coach

TENNIS Alexia Dechaume décrypte la nouvelle perf de son élève, qualifiée pour le 3e tour après sa victoire sur Juvan

Propos recueillis par Julien Laloye

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Clara Burel s'est qualifiée pour le 3e tour de Roland-Garros.
Clara Burel s'est qualifiée pour le 3e tour de Roland-Garros. — Anne-Christine POUJOULAT / AFP

A Roland-Garros,

Clara Burel avait une revanche à prendre sur Kava Juvan, qui l’avait battue en finale des JO de la jeunesse en 2018. La Française de 19 ans a su s’arracher en fin de première manche pour faire basculer le tie-break de son côté et dérouler ensuite, sur un court 14 qui avait décidé de laisser passer le soleil pour fêter ça. Alexia Dechaume, son entraîneure, décrypte la sensation de la quinzaine côté tricolore.

Qu’avez-vous particulièrement apprécié dans cette victoire de Clara ?

Son courage pour prendre des initiatives. Elle est allée chercher son match au deuxième set en prenant des risques, mais en prenant des risques calculés. Dans le tennis féminin actuel c’est vraiment une force exceptionnelle qu’elle a de posséder tout ce répertoire de coups. Après, la difficulté toujours c’est de trouver le juste milieu entre l’intelligence de casser un peu le rythme, mais sans oublier d’être agressive aussi, parce que le haut niveau féminin c’est aussi dans l’agressivité. Aujourd’hui, il y a eu un bon équilibre.

Êtes-vous surpris par sa soudaine explosion alors qu’elle n’avait encore jamais gagné en Grand Chelem ?

Clara, on la connaît depuis un moment, on connaît son intelligence de jeu, mais ce qui a changé, c’est l’intensité. L’intensité qu’elle doit mettre sur chaque coup, au moins mentale, même si elle fait un rond, il doit y avoir une attention. Elle a beaucoup travaillé son service à la sortie du confinement, même si ça ne se voit pas encore trop en match parce qu’elle préfère jouer la sécurité. Clara elle s’est améliorée sur les appuis, elle met plus de poids dans sa balle, tout simplement. Et puis c’est Roland-Garros. On l’a vue aller au bout d’elle-même sur le premier tour, de temps en temps elle se laisse submerger, mais tout de suite elle se reprend. Le tournoi a donné une wild-card, c’est fabuleux que les organisateurs aient pu tenir cette édition, donc faut aller au bout du truc.

Au moment de la dernière édition, elle ne pouvait même pas taper la balle à cause d’une grave blessure au poignet. Comment a-t-elle surmonté ce coup dur ?

C’est vrai qu’on a tendance à oublier un petit peu cette longue période d’inactivité, où il y a des doutes qui rentrent inévitablement dans la tête. J’ai eu cette blessure aussi dans ma carrière, on ronge son frein, on est nerveuse, on ne sait pas si en effet on va reprendre, et comment. Je pense qu’ensuite quand on a la chance de se retrouver sur le terrain, on est encore plus forte.

Clara est très attendue depuis qu’elle a atteint la première place chez les juniors. Est-ce que ça a pu freiner sa progression ?

Ça fait partie du jeu, la pression il y en a toujours, ça fait partie de la carrière, il faut savoir l’apprivoiser pour s’en servir. La transition entre les juniors et le circuit pro est terrible. Il y a une différence énorme, pas tellement au niveau des coups, mais au niveau de la constance, de la régularité, de la gestion des points importants. Ça, elle est en train de l’améliorer et de le toucher petit à petit, ça n’a pas de prix. Ce matin elle s’est entraînée avec Muguruza, à côté il y avait Dimitrov, ce sont des expériences qui permettent peut-être de se propulser sur une étape suivante. Je crois que Clara sait où elle veut aller, pour ça faut tracer son chemin, prendre le temps de travailler, pas brûler les étapes et il y aura quelque chose de grand qui peut se dessiner.

Avec Hugo Gaston, c’est une nouvelle génération qui émerge pour le tennis français ?

Il faudrait lui demander mais je pense que voir Hugo gagner hier, ça l’a tirée vers le haut, Ils avaient remporté une médaille ensemble aux derniers Jeux olympiques de la jeunesse, ils se connaissent très bien. C’est génial pour le tennis français de les voir à ce niveau.