Roland-Garros : Les tennismen français n’ont jamais été aussi ridicules depuis l’an 2000

TENNIS Seulement quatre des 18 représentants tricolores ont réussi à se qualifier pour le 2e tour chez les garçons, pire performance depuis l’édition 2000

Julien Laloye

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Richard Gasquet, le 29 septembre 2020 à Roland-Garros.
Richard Gasquet, le 29 septembre 2020 à Roland-Garros. — Anne-Christine POUJOULAT / AFP
  • Quatre rescapés tricolores au deuxième tour sur 18 engagés côté masculin, c’est le pire bilan depuis l’édition 2000.
  • Gasquet, Simon, Humbert ou Halys ont pris la porte mardi, même si certains ont fourni une belle résistance.
  • Benoit Paire semble être le seul capable de rallier le troisième tour, et encore... si on est un peu optimistes.

A Roland-Garros,

Le bonheur, ou plutôt son illusion, aura duré une petite demi-heure. Une demi-heure à se faire croire qu’on avait dix ans de moins comme Richard Gasquet, en lévitation face à Bautista-Agut sur le Simonne-Mathieu en soirée. Des claquasses de revers, des amortis à se damner, et même des services gagnants. Ça a duré ce que ça a duré, jusqu’à 5-2, premier set, en gros. Ensuite, il a fallu arrêter de se laisser bercer par des contes de nourrice.

Non, Richard cœur de Lion  n’allait pas sauver la patrie et ses petits, malgré la présence discrète en tribunes de Bernard Giudicelli. Le président de la FFT sait compter comme nous. En plaçant seulement quatre représentants au deuxième tour (Bonzi, Paire, Herbert, Gaston), l’armée tricolore côté masculin nous offre sa pire défaite depuis l’édition 2000. Laquelle était déjà la pire de l’ère Open, pour vous donner une idée.

Une saignée sans précédent ou presque

Cette année-là, 13 joueurs sur 17 (76,5 %) avaient pris la porte après un seul match. Les quatre rescapés du massacre s’appelaient alors Fabrice Santoro, Arnaud Clément, Cédric Pioline et Sébastien Grosjean. Depuis ? Depuis il y avait toujours eu au moins six joueurs français qualifiés pour le second tour. Il y eut même une pointe à 12 en 2012, glorieuse époque où la France de François Hollande envoyait quatre gars en huitième les doigts dans la fosse nasale. En 2020, on ramasse les corps par dizaine dès le premier mardi. Heureusement que les enfants ne viennent pas cette année pour le premier mercredi de la quinzaine, ils en pleureraient les pauvres.

  • Gasquet ? Un bon set et puis le coup de la panne physique contre la machine Bautista-Agut
  • Simon ? Une bonne résistance contre Shapovalov, pour une défaite honorable au final (6-2, 7-5, 5-7, 6-2)
  • Halys ? Un marathon qui aurait mérité un meilleur sort contre Giron
  • Barrère ? Pas grand-chose à faire contre un Dimitrov des bons jours
  • Mayot ? Un peu tendre malgré un bon départ contre un spécialiste espagnol

Humbert a déçu plus que les autres mardi

La véritable douche froide du jour, finalement, est venue d’Ugo Humbert, notre seul compatriote à avoir montré une forme à peu près décente avant le tournoi. Eh ben, le clone tennistique de Guy Forget, qui avouait dans une interview le jour même se sentir de mieux en mieux sur terre, a été mangé par le sens du jeu de Polmans, bien meilleur que sa casquette saharienne décalée ne le laissait supposer. Le jeune homme n’était pas abattu pour autant après coup.

« Sur ma tournée, sur les trois tournois sur terre battue, il n’y a pas tout à jeter, il y a des points positifs. Je me suis senti progresser. Aujourd’hui, avec les conditions et ce style de joueur, vraiment, cela m’a ouvert les yeux sur ce que je devais travailler. C’est vraiment le point positif. Ce qui m’a manqué, c’est prendre plus tôt, penser à mon jeu, à ce que je dois faire ».

On n’allait pas non plus lui demander de justifier à lui tout seul la débandade tricolore, alors que le gamin est d’abord fait pour les surfaces rapides et qu’il nous donne quelques raisons d’espérer pour le futur. Qui blâmer, finalement, à part le temps qui passe ? L’absence de public a joué, bien sûr, mais à la marge. Même Corentin Moutet, malheureux perdant d’un marathon de plus de six heures lundi, reconnaissait que l’ambiance avait « été plutôt cool et qu’il avait tout pour gagner ce match ». L’absence des absents, aussi, vous me direz. Un Tsonga et un Pouille en pleine bourre auraient donné une autre allure au tournoi des Français. Mais ça fait un bail qu’on ne les a pas vu en pleine bourre, de toute façon.

Benoît Paire ou les enfers ?

Nous reste donc, si on veut bien s’intéresser aux adversaires des quatre survivants (Sinner, Zverev…), un maigre espoir de voir un Français au troisième tour. Un espoir qui se nomme… Roulements de tambours… Benoît Paire.

Oui, le même Benoit Paire qui a dû passer 15 jours enfermé dans sa chambre d’hôtel depuis la fin août pour ne pas finir dans la prison de Rikers Island. Le 25e joueur mondial a bien conscience de la précarité de son état physique, mais sans sa conférence de presse de l’autre jour, il a laissé poindre une petite ambition, tout de même.

« J’ai un tennis assez particulier même si tout le monde pense que je suis nul parce que j’ai perdu contre des mecs et que j’ai abandonné au bout d’un set et demi parce que j’étais fatigué et parce que je n’étais pas bien. Tu sais, je suis quand même un joueur qui, il faut faire attention. Tout le monde me met un peu à la trappe comme si j’avais déjà perdu, mais je n’ai pas perdu. J’ai un tableau où je joue Coria, un joueur que je peux battre. Après j’ai vu David qui avait perdu, c’est ma partie de tableau. On ne sait jamais avec quelques matchs, avec un peu de confiance cela peut très vite revenir. Les sensations sont plutôt correctes sur le court. Déjà je vais faire ce Roland. Pourquoi pas faire quelque chose de bien ».

Dans la barque de Dante du moment, un quelque chose de bien se résumerait sans doute à voir un Français encore accrédité en simple jeudi. N’allez pas non plus croire que c’est la nouba chez les filles. Mais chaque papier déprimant en son temps.