Roland-Garros : « J’ai pas envie de le gagner bordel »... Dans la tête de Moutet pendant le 2e match le plus long du tournoi

TENNIS Le Français s’est incliné 18-16 après 6h05 de jeu contre l’Italien Giustino, frôlant le record absolu des lieux

Julien Laloye

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Corentin Moutet, le 28 septembre 2020 à Roland-Garros.
Corentin Moutet, le 28 septembre 2020 à Roland-Garros. — Thomas SAMSON / AFP

A Roland-Garros,

Et le record de Santoro-Clément trembla. Enfin, frissonna. Il aura manqué 28 minutes à Moutet et Giustino pour nous offrir le match le plus long de l’histoire du tournoi. 6h05, contre 6h28 pour nos deux vétérans en 2004. Ce n’est pas faute d’avoir joué à pousse baballe aussi. Abandonné par son revers, et globalement déserté par la confiance, Moutet a trouvé le moyen de servir trois fois pour le match sans jamais conclure face au qualifié italien, avant d’éteindre la lumière sur une dernière balle floconneuse mal jugée à 18-16, sur un court numéro 14, où presque toute la jauge de Roland s’était réunie en procession. Ce n’était pas l’ambiance du siècle, mais on a eu des ovations, des encouragements, et ça ressemblait à une forme de climax pour la première semaine.

« Honnêtement, j’aurais joué volontiers une heure pour gagner le match. Il y avait tout pour que je gagne ce match, les gens sont venus m’encourager c’était cool », expliquait le Français, beau joueur en conférence de presse dix minutes à peine après ce scénario de dingues​. Sur le terrain, pourtant, le Parisien, digne successeur de Benoît Paire, a pourtant passé sa vie à commenter les points. Surtout les mauvais. Comme on était bien placés pour l’entendre dans la dernière manche, on vous en fait profiter. C’est raconté sans méchancetés. Pour ce qui nous concerne, Moutet fait partie de ces joueurs qui donnent envie de s’enfiler 5h de tennis. Même à huis clos.

« Comment tu veux pas t’énerver, tu rates des trucs comme ça depuis 4h, comment tu veux pas t’énerver ??? »

> Aux alentours de 5-5 quand on pensait encore que cette histoire ne durerait pas des plombes.

« J’ai envie de fracasser un truc bordel »

> En s’adressant à Laurent Raymond, son entraîneur, qui a tout encaissé dignement ans broncher.

« Arrête d’attaquer, ça sert à rien »

> Après une 67e faute directe en revers, son coup faible qui avait en plus décidé de prendre une RTT.

« Comment elle peut casser à ce moment-là ? Comment ? »

> Alors qu’une corde vient de casser sur un point important. Enfin, rien de définitif, vu qu’on va jouer encore une heure.

« Je comprends pas pourquoi je rate ça Laurent »

> Et c’est au tour du coup droit de se tirer dans les bois pour se faire une balade en solitaire.

« Je ne passe pas une amortie alors que c’est la seule chose que je sais faire »

> On est quelque part à 8-8, et le Français tente une amortie à un moment pas vraiment opportun. Et en plus il la rate. La double peine quoi.

« Combien de fois il me l’a faite celle-là sans déconner, combien de fois ? »

> Après que l’Italien a déposé une balle cotonneuse mi-court qui le surprend. Ça n’empêchera pas MouteT de féliciter son adversaire après-coup pour la qualité de son match, au passage.

« Ben ouais mais si je rate pas ce coup facile à 30-15, c’est là que ça se joue aussi »

> A 10-10, on sent que Giustino commence à caler physiquement mais Coco Moutet n’en profite pas. Il le fera un peu plus tard, en breakant plusieurs fois…. pour rien.

« Comment, comment, comment ? »

> Comment tu as pu perdre ce match, on se le demande aussi.

« On m’aura tout fait sur ce match, on m’aura tout fait »

> Il fallait bien que la mauvaise foi se présente au portillon. Cela dit, il n’a pas tout à fait tort sur le coup, puisque l’arbitre vient de l’escroquer en annonçant que l’amortie de son adversaire avait doublé, ce qui n’était clairement pas le cas.

« Je fais que donner, Laurent, je fais que donner, ça me pète les couilles »

> A ce stade, ça fait longtemps que le match a quitté le monde des terriens. Personne ne veut prendre le moindre risque, Moutet ne balance que des cloches en revers, et l’autre n’avance plus.

« Je veux pas gagner le match, bordel, j’ai pas envie de gagner le match »

> Pas mieux de notre côté. De mémoire, Moutet a servi pour en finir trois fois de suite entre 12-12 et 15-15. Sans jamais parvenir à gratter une balle de match.

« C’est une blague »

> Quand il se fait reprendre à 14-14. Et la blague va durer encore un peu.

« Mais il prend quoi comme boisson ??? »

> Au bord des crampes depuis plusieurs jeux, Giustino comment à reprendre du poil de la bête.

« Elle me rend zinzin, elle »

Celle-ci est pour l’arbitre, qui devait bien s’en prendre une petite. La jeune femme a fait semblant de pas comprendre et le Français s’est arrêté à temps. « Jouez messieurs ».

« Le mec c’est quoi sa potion magique sans déconner ??? »

> Sur un coup gagnant improbable de Giustino. L’Italien vient de sauver trois balles de break à 16 partout. On se dit qu’on en a vu d’autres, et que le record nous tend les bras, mais ces six heures hors du temps sont sur le point de se refermer. Dommage, c’était si bon.