Roland-Garros : « Un peu surnaturel de se dire qu’on a des regrets », Gaston a frôlé le casse de l’année contre Thiem

TENNIS Le Français a failli réussir une remontada historique contre le 3e joueur mondial, finalement vainqueur en cinq manches (6-4, 6-4, 5-7, 3-6, 6-3)

Julien Laloye

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Hugo Gaston lors de son 2e tour à Roland-Garros, le 30 septembre 2020.
Hugo Gaston lors de son 2e tour à Roland-Garros, le 30 septembre 2020. — CHRISTOPHE SAIDI/SIPA

A Roland-Garros,

Et à deux sets partout, on a eu mal au ventre. Presque des crampes. Mais des crampes d’excitation. Quand le vertige de l’exploit qui se dessine rivalise avec la peur que la magie du moment ne débouche sur une cruelle désillusion. Gaston allait-il réussir le plus grand braquage d’un tennisman français dans l’histoire de ce sport ? On avait beau fouiller dans le grenier de notre cerveau, dépoussiéré les Tsonga-Federer ou les Gasquet-Roddick des années 2000, rien ne pouvait se comparer à ce qui se déroulait sous nos yeux. Le 239e mondial en train de faire disjoncter l’autre meilleur joueur du monde sur terre battue. Une brute de la nature, qui avait désossé des adversaires bien plus racés qu’Hugo Gaston les tours d’avant.

Un moment suspendu

Pendant deux sets, le spectacle a ressemblé à ce qu’on attendait, avec un toit fermé. Des mites en cascade de Dominic Thiem, un Français courageux et joueur, mais un résultat inéluctable. A quel moment l’histoire est devenue culte ? On ne sait plus trop. Mais d’un coup, on s’est réveillés à deux manches à une, dans un Central qui faisait plus de bruit à 1000 qu’il en a jamais fait dans sa vie. La famille Gaston avait ramené toute la jeunesse de Toulouse, ou pas loin, et leur boucan incessant a gagné toutes les tribunes, y compris les vides.

Sous nos yeux ébahis, un gamin d’1m73 faisait tourner en bourrique la machine autrichienne : 55 amorties, dont 40 qui lui ont permis de gagner le point. « Depuis toujours j’aime le petit jeu, parfois j’en fais un peu trop ou pas au bon moment, mais c’est un super important dans ma panoplie ». Il a raté les trois derniers, et ça lui a coûté le match mais comment le lui reprocher ?

« Je suis très content de mon attitude »

Deux jours après avoir tapé Wawrinka, le gamin a été capable de rivaliser avec sa version 2.0 malgré deux sets de handicap. S’est-il vu gagner, à deux manches partout, quand Thiem arrosait le Chatrier, l’impression de pas savoir ce qui était en train de lui tomber dessus ? « A aucun moment, je ne me dis ça, je ne vois pas s’il rate tant que ça. Je voulais continuer à aller chercher les points, ce que j’ai réussi à faire, même si Dominic finit par gagner le match. Je suis très content de mon attitude. Jouer contre des grands joueurs sur des grands courts, il n’y a que ça pour engranger de l’expérience ». A voir le clan de l’Autrichien bondir sur la deuxième balle de match de Thiem, la bonne après une première sauvée par un passing de mutant de Gaston, on a compris que le vainqueur de l’US Open a cru qu’il y passerait.

Thiem en oubliait même les règles Covid pour féliciter l’impudent de près au filet. « Je ne sais pas si j’ai déjà vu un joueur avec une main pareille. S’il continue à travailler, il va donner beaucoup de joie aux gens qui viendront le voir jouer ». Dans les travées du Chatrier, Thierry le patriarche, avait du mal à prendre conscience du moment : « Je ne pensais pas qu’il pourrait fait le match qu’il a fait. Il a prouvé qu’on n’avait pas besoin de mesurer deux mètres pour faire du tennis ».

« Ça va remuer un peu autour de lui »

La petite taille de Gaston lui a valu de ne pas être retenu à Paris après la fermeture de l’Insep. Mais la FFT lui a laissé Marc Barbier à disposition. Les deux hommes ont bossé comme des forcenés. « J’étais confiant sur le niveau d’Hugo, je savais qu’il pouvait produire du jeu et que la préparation avait été bonne, mais c’est un peu surnaturel de se dire qu’on a une pointe de regrets de ne pas avoir battu Thiem dans un cinquième set en 8e de finale ».

Le plus dur arrive. Ovationné par un public conquis, Gaston va crouler sous les attentes alors que personne ne le connaissait il y a quinze jours. Ne pas prendre le boulard et se remettre au turbin sans rechigner. Barbier : « On a un objectif, on a un chemin, on va garder notre cap. On imagine qu’il va y avoir beaucoup d’agitation, ça va pas mal remuer autour d’Hugo, mais on va essayer de le vivre le plus tranquillement possible. Les attentes, on ne peut pas les contrôler, les entraînements, si ». Le jeune homme semble avoir encore les pieds qui touchent le sol : « J’espère que l’an prochain je n’aurai pas besoin d’invitation pour rentrer dans le tableau final ». Cela voudrait dire qu’il n’est pas rentré dans le top 100, et qui peut y croire, après cette semaine magique ?