Roland-Garros : « Il a les bonnes valeurs au bon endroit »... Promis, Hugo Gaston n’a pas pris le boulard depuis l’an dernier

TENNIS Le jeune français, révélation de la dernière édition, continue de construire son jeu sur le circuit secondaire malgré les attentes

Julien Laloye
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Hugo Gaston sera opposé à Richard Gasquet au premier tour de l'édition 2021.
Hugo Gaston sera opposé à Richard Gasquet au premier tour de l'édition 2021. — SAIDI CHRISTOPHE/SIPA
  • Hugo Gaston avait fait sensation l’an dernier en poussant Thiem au cinquième set en huitième de finale.
  • Le Toulousain travaille avec une préparatrice mentale pour digérer cette explosion médiatique.
  • Il affrontera Richard Gasquet au premier tour dans un match aux airs de passation de flambeau.

A Roland-Garros

C’est une collaboration que Marc Barbier, son entraîneur de toute la vie, a longtemps voulu cacher aux suiveurs les plus attentifs de l’explosion d’Hugo Gaston. La dernière coqueluche du tennis français – Souvenez-vous cette première semaine incroyable à l’automne, cette roue de vélo infligée à Wawrinka, puis ces 50 amorties à rendre zinzin ce pauvre Thiem – est accompagnée depuis plusieurs mois par une préparatrice mentale. Comme s’il fallait encore dissimuler ce genre d’expériences tel un secret honteux, alors que le gamin doit désormais porter sur lui tous les espoirs de relève de nos glorieux mousquetaires.

Sous l’œil des caméras d’Intérieur Sport

Isabelle Inchauspé, une sommité du métier qui a travaillé avec Estanguet ou Mauresmo, apparaît brièvement dans le documentaire d’Intérieur Sport, consacré au jeune toulousain. Un exemple comme un autre des attentes suscitées par le 141e mondial depuis l’édition 2020. Des centaines de demandes d’interviews  et plusieurs passages télés, jusqu’à la remise du trophée de la meilleure chanteuse aux NRJ Music Awards fin décembre. A chaque fois, avec l’accord de Barbier, qui prévenait pourtant après Thiem : « On a un objectif, on a un chemin, on va garder notre cap. On imagine qu’il va y avoir beaucoup d’agitation, ça va pas mal remuer autour d’Hugo, mais on va essayer de le vivre le plus tranquillement possible. Les attentes, on ne peut pas les contrôler, les entraînements, si. »

A première vue, le gamin continue de s’y coller, malgré un relatif surplace au classement (167e après Roland, 141e aujourd’hui) et deux victoires sur le circuit principal, à Montpellier et à Miami. « Sa notoriété a changé, mais lui, pas du tout, promet Inchauspé. Il continue sa progression comme il l’avait imaginé, il n’a pas changé sa façon de penser parce qu’il a gagné trois matchs à Roland. Il a une vie familiale très posée, les parents ont fait un boulot d’équilibre émotionnel remarquable. Il a un cerveau qui tourne bien et les valeurs au bon endroit. » Voilà presque un an et demi qu’elle débriefe régulièrement la carrière de Gaston à Toulouse quand leurs emplois du temps le permettent, puis au téléphone le reste du temps.

« Les commentaires ne lui glissent pas dessus »

Elle a vécu le tourbillon de l’automne en direct. Des coups de fils brefs mais réguliers, pour « raconter l’instant présent ». « Cela bascule petit à petit, mais Hugo est difficile à aller chercher. Contrairement à ce qu’il peut dégager, les commentaires, les compliments, les critiques, ne lui glissent pas dessus. Il est très sensible et il fait déjà un gros tri dans sa tête de ce qu’il doit garder ou pas. » Si l’intéressé promet dans une récente interview à La Dépêche du Midi « qu’il ne se soucie pas trop de l’attente » et qu’il sait que « son parcours de l’an passé ne lui offre aucune garantie », l’air du type sûr de son fait et de sa réussite à venir, les six mois qui viennent de s’écouler n’ont pas offert de progression linéaire.

A plusieurs reprises, dans le docu de Canal, Gaston donne le sentiment de vouloir envoyer balader Barbier et ses leçons de vie pourtant primordiales. Après les qualifs pour l’Australie, pour commencer, où le gaucher passe au travers contre un adversaire abordable. « Ce qui s’est passé est un mystère pour moi. Pour atteindre les objectifs qu’on s’est fixés, on ne peut pas se permettre de fonctionner comme ça. » Regard noir de Gaston, qui ne pipe pas mot, avant de fondre en pleurs dans ses bras lors d’une défaite au challenger de Quimper.

Puis surtout début avril, lors d’un stage sur terre en Espagne, où le garçon, cherche la bagarre comme un enfant qui teste les limites de ses parents. Barbier garde alors un calme royal : « Je n’arrive pas à rentrer en contact avec lui, ça ne sert à rien. » Une semaine plus tard, Gaston fait presque tout péter à Rome, où il atteint sa première finale de challenger.

La carotte Nadal au deuxième tour

Commentaire amusé d’Isabelle Inchauspé : « Hugo, je le connais depuis qu’il est tout petit. Il marche beaucoup par étapes. On a commencé à travailler ensemble quand il commençait à entrer sur le circuit principal, l’objectif maintenant, c’est l’acquisition d’une maturité de haut niveau ». Les deux ont prévu de s’appeler une dernière fois avant le match face à Richard Gasquet, que beaucoup aimeraient voir comme un passage de témoin. Ritchie envoie toujours du bois en revers quand il n’a mal nulle part, comme en ce moment, mais a-t-il vraiment envie de se prendre une soixante-neuvième rouste contre Rafa au deuxième tour, en cas de qualif ? Cela reste à voir.

Gaston, lui ne dirait pas non, même s’il a parfaitement joué le rôle du petit dernier admiratif des accomplissements de son aîné : « Richard a fait beaucoup de choses pour le tennis français, c’est une chance de le rencontrer ». C’en serait une autre, quand même, de jouer au moins une fois le meilleur joueur de l’histoire de la terre battue dans son salon avant que Nadal ne raccroche pour retourner pêcher aux Bélares. « Déjà, Richard, un joueur français de référence, c’est un super tirage, confie Inchauspé. Mais c’est sûr que Rafa, il peut apprendre plus d’un match comme ça qu’en dix tournois d’affilée ». Même si l’on n’osera même pas imaginer la possibilité d’un coup de tonnerre comme à l’automne, cette fois.