France - Belgique : « A la mi-temps, Didier nous a dit d'aller les chercher »... Comment les Bleus ont renversé le match

LIGUE DES NATIONS Menés à la pause, les Bleus ont su se transcender pour aller chercher la victoire

William Pereira
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Theo Hernandez a marqué le but vainqueur
Theo Hernandez a marqué le but vainqueur — Insidefoto/Sipa USA/SIPA

De notre envoyé spécial à Turin,

21h30, heure approximative, en tribune presse du Juventus Stadium. L’arbitre allemand de France-Belgique renvoie les deux équipes au vestiaire. Assommés par des buts de Carrasco et Lukaku, les Bleus sont logiquement menés 2-0. Un confrère, inquiet, descend nous voir : il a réservé une chambre d’hôtel à Milan pour le week-end, alors que la petite finale se joue également à Turin. La question n’est alors plus de savoir si la France va perdre mais sur quel score. « Ça sent le bouillon, là, non ? »

Pour être tout à fait honnête, ça sentait effectivement mauvais. La manière dont les Belges ont terminé la première période, à nous traverser comme du beurre grâce à son trio infernal pendant que le nôtre bayait aux corneilles, ne laissait présager rien de bon. Didier Deschamps​ a dit vrai en conférence de presse post-victoire. « A part moi, peu de gens pensaient que l’on pouvait renverser ce match. » Et c’est tout ce qui comptait.

Deschamps y a cru

Tout part de la foi du sélectionneur français. Quand nous commencions à écrire le compte rendu de la défaite et anticipions une crise majeure pour DD sur le banc de l’équipe de France, ce dernier ne pensait qu’aux mots qui réanimeraient ses joueurs à la mi-temps. Pas besoin d’être une petite souris pour savoir ce qu’il s’est dit à la pause, Antoine Griezmann s’est chargé de servir un extrait de la causerie aux collègues de TF1. « A la mi-temps, Didier nous a dit qu’il fallait aller les chercher, que si on mettait un but ça allait changer le match, et c’est ce qui s’est passé. »

Pour chipoter, on se rappellera que la magie n’a pas tout de suite opéré. Pogba bazarde un ballon perdu plein axe par De Bruyne en frappant à dix mètres du but de Courtois alors qu’il y a mieux à faire, Lukaku s’offre une occasion cadrée une minute plus tard. Bref, on était repartis pour un tour de manège. Et puis les trois de devant en ont eu marre. « Il y a eu cette réaction, cet orgueil, analyse Deschamps, à commencer par nos trois joueurs offensifs qui ont harcelé constamment l’adversaire et renversé la situation. » D’un coup, la ligne défensive monte de 20-30 mètres. Les Belges, confortablement installés dans leur fauteuil en première mi-temps, commencent à rendre le ballon un peu trop facilement. Hugo Lloris, de passage en zone mixte :

« On a été capables de gêner l’adversaire par le mouvement, par les efforts. On a su créer des espaces, avec la vitesse de Kylian, la justesse de Karim et Antoine… C’est aussi une réussite du système, de l’énergie et l’animation qu’on y met. »

De talent, aussi. Le but du 2-1 est la somme de deux actions individuelles de grande classe. La première, de Kylian Mbappé pour se débarrasser de son vis-à-vis et servir Benzema. La seconde, de KB19, pour résister à la défense tout en cherchant à se retourner pour ajuster Courtois en déséquilibre.

La Belgique « trop émotive »

A ce moment du match, la Belgique n’a pas encore tout à fait sombré. On se souvient d’avoir applaudi l’intelligence de De Bruyne quand celui-ci décidait de poser le jeu pour casser le rythme que tentaient d’imposer les Français. Mais les Diables Rouges ont fini par tomber dans le piège et se laisser aller à l’irrationnel en répondant à la vitesse par la vitesse. Les espaces s’ouvrent, la lucidité se perd. Tielemans tire dans le pied de Griezmann dans la surface, VAR, penalty, but. Roberto Martinez le sait, son équipe s’est fait manger le cerveau. « En seconde période, on a peut-être été trop émotifs, on a peut-être pensé trop vite à la finale au lieu de se concentrer sur les actions. On aurait pu éviter certains problèmes, on aurait dû revenir en seconde comme on avait joué en première période. »

N’oublions pas, dans l’écriture de l’histoire, de rappeler que le match a tout de même failli rebasculer plusieurs fois en faveur des numéros 1 mondiaux. Ça se joue à un bout de gant de Lloris sur la mine de De Bruyne à la 70e et un demi-cheveu sur le but refusé à Lukaku dix minutes plus tard. « C’était un match ouvert à l’image d’un combat de boxe qui aurait pu basculer d’un côté comme de l’autre », reconnaît d’ailleurs le capitaine français. Pour gagner, il fallait un peu de réussite, mais surtout plus de caractère que l’adversaire. La Belgique est sans doute encore trop tendre, mais on ne l’aurait pas remarqué si les Bleus ne s’étaient pas racheté un mental de compétition en cours de route, comme en témoigne la conclusion d’Antoine Griezmann : « On est là pour remontrer qu’on a les épaules pour gagner contre n’importe quelle équipe. » Contre l’Espagne, dimanche, ça serait déjà un bon début.