Belgique - France : « On n'a pas eu la défaite honorable »... Le seum, itinéraire d'une rivalité hors-terrain

LIGUE DES NATIONS Voilà trois ans que les déclarations de Thibaut Courtois après la demie de Coupe du monde gagnée par la France ont déclenché la guerre du Seum

William Pereira
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Le plus inquiétant? On était totalement sobre au moment de faire ce montage
Le plus inquiétant? On était totalement sobre au moment de faire ce montage — 20 Minutes Productions

De notre envoyé spécial sur Tatooine,

Trois années se sont écoulées depuis la demi-finale de Coupe du monde perdue par la Belgique contre l’équipe de France, mais rien n’a vraiment changé à quelques heures de la revanche entre les deux sélections en Ligue des nations. De l’amertume du discours de Thibaut Courtois en bord terrain à celle de la bière jetée pour freiner en vain Julian Alaphilippe dans sa quête d’un second titre mondial, le seum a su se réinventer. Ce qui fait dire à l’humoriste belge Alex Vizorek qu’il n’y a pas un mais « plusieurs seums et que les deux sont corrélés ».

Précisons que sous ses airs sérieux de devoir d’étudiant en L2 de socio, le ton est celui de la légèreté, sauf peut-être pour ce qui touche au manque de respect des supporters flamands à l’égard du coureur français. Fan de vélo comme l’indique sa PP Whatsapp, Alex Teklak, ancien défenseur belge reconverti consultant pour la RTBF ne cache pas sa déception. « Normalement le public du vélo est respectueux de l’effort de l’athlète, quel qu’il soit. Que tu charries gentiment, ça fait partie du jeu… Mais tu ne jettes pas une bière à la figure d’Alaphilippe ! Donc je me suis posé la question : n’y a-t-il pas un rapport avec ce qu’il s’est passé lors de la dernière confrontation au foot avec la France ? »

Seum begining, à l’origine du mal

L’hostilité du public flamand a doublement de quoi surprendre. D’une, parce qu’on a connu moins Belge que Julian, qui pose du parquet chez Quick-Step depuis aussi longtemps que le grand public le connaît, et de deux, c’est dans l’intitulé, parce que les fans en bord de route étaient flamands. Et que par définition, le Flamand est normalement peu ou prou indifférent à ce qu’il se passe chez nous. « Pour nous les francophones, le rival c’est plutôt la France, mais pour les Flamands c’est les pays-Bas, théorise Vizorek. Mais bon, je pense qu’il y a aussi chez les Flamands un peu cette idée de l’arrogance qui revient quand on évoque la France. »

Difficile de plaider non-coupable, surtout quand on décide de faire du drapeau belge le symbole du seum, et ce, quand bien même avec l’excuse tout à fait puérile du « c’est pas nous qu’avons commencé ». En ce sens, Didier Deschamps a raison de pointer du doigt « des excès des deux côtés, car on est dans les interprétations de propos à chaud […] qui ont pris certainement trop d’importance. » Il n’empêche que : C’EST PAS NOUS QU’AVONS COMMENCÉ. Si Thibaut Courtois s’était gardé d’insinuer que les Bleus avaient défendu à 35 mètres de leurs cages pendant tout le Mondial en Russie, on n’en serait pas là. Ce n’est quand même pas un hasard si le gardien du Real a fini par reconnaître ses torts​. Alex Teklak :

« Cette rivalité est née en grande partie à cause de nous. Pourquoi ? Parce qu’on a râlé. On n’a pas eu la défaite honorable et le fair-play qu’il fallait quand on a perdu en demies. Alors ouais, la France a été pragmatique pour nous battre. Et alors ? Ils font ce qu’ils veulent pour gagner un match. Les Belges, on aurait gagné comme ça, on aurait été les plus heureux du monde ! On n’en aurait rien eu à foutre de la manière. Vous avez été champions du monde, c’est juste ce qui compte. »

Rivalité et preuve de reconnaissance

Ajoutons à notre ligne défensive composée à 100 % de mauvaise foi que les Belges, notamment à la faveur d’une certaine porosité médiatique entre nos amis wallons et la France, ne se sont pas rués sur l’extincteur pour stopper l’incendie. La légende dit même que le Royaume aurait ri du malheur de nos footballeurs à l’Euro.

« Cet été nous a un peu fait du bien dans le sens où les Français ont été éliminés un peu avant nous et que donc ils peuvent plus trop la ramener, se marre l’humoriste. Évidemment c’est les Suisses qui ont réalisé notre rêve », de quoi ajouter une part de tragédie supplémentaire à une histoire dont l’épilogue aura forcément pour scène le théâtre des premières querelles, c’est à dire « en demies ou en finale au Qatar, et pas, ajoute Vizorek, la vanne lapidaire, jeudi au terme d’un match avec on ne sait pas quoi à la clé parce que tout le monde s’en fout de cette Ligue des Nations​. »

Peut-être même qu’au fond, il serait préférable pour tout le monde de voir le seum subsister. C’est la théorie d’Alex Teklak, lequel préfère mille fois la rivalité transfrontalière à l’indifférence, et voit dans ce traitement de défaveur une forme de reconnaissance. « C’est positif, parce que ça prouve que la Belgique a beaucoup progressé. Quelque part, c’est flatteur. Avant, on ne pouvait même pas avoir cette rivalité puisqu’on était nuls. On avait des mauvaises équipes nationales, des mauvaises équipes de jeunes. Aujourd’hui, on peut être fier du travail accompli et le fait d’entretenir cette rivalité montre qu’on peut aujourd’hui rentrer dans la cour des grands. »

Le consultant peut compter sur son homonyme et trublion de compatriote pour perpétuer le seum : ce dernier a prévu de regarder le match avec des Français. « Je vais faire comme d’habitude. Je vais arriver avec beaucoup de certitudes et faire le mariole en disant qu’on a le même niveau que la France et qu’on peut tout à fait les battre. Puis, si ça se passe mal, je vais repartir la queue entre les jambes comme ce sombre mois de juillet 2018. » L’histoire est prête à recommencer.