Equipe de France : Entre spleen et panne de buts, quel avenir pour Mbappé sur le front des Bleus ?

FOOTBALL Critiqué et en manque de réussite depuis l’Euro, Kylian Mbappé a envisagé la pause avec les Bleus. Mais à quoi joue donc l’attaquant français ?

William Pereira
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Paul Pogba console Kylian Mbappé après son tir au but manqué face à la Suisse, qui a précipité l'élimination de la France en 8es de finale de l'Euro, le 28 juin 2021 à Bucarest.
Paul Pogba console Kylian Mbappé après son tir au but manqué face à la Suisse, qui a précipité l'élimination de la France en 8es de finale de l'Euro, le 28 juin 2021 à Bucarest. — Eurasia Sport Images / Shutterstock / Sipa

La carrière d’un footballeur professionnel est une allégorie de la vie. D’abord les premiers pas et l’enthousiasme de la découverte. Ensuite, l’adolescence et la crise. Enfin, l’âge adulte puis le déclin. A bientôt 23 ans, Kylian Mbappé est sorti de la phase où on le trouve mignon tout plein pour découvrir celle où le public a envie de lui coller des claques. Le choc thermique est aussi désagréable qu’un penalty foiré en huitièmes de finale de l’Euro 2021. Un point noir dans la carrière du jeune homme à ranger à côté de la finale de C1 perdue contre le Bayern Munich sur l’étagère de ses (rares) désillusions.

« Les vacances m’ont aidé à passer à autre chose, dit-il dans une interview à L’Equipe publiée mardi, parce que c’est difficile de recommencer à jouer tout de suite après un événement pareil. » Avant ce break salutaire, l’idée d’une autre pause, un peu plus longue, en équipe de France, lui a même traversé l’esprit. Parce que pas assez de soutien en interne, parce que trop de critiques… « A partir du moment où j’ai ressenti que je commençais soi-disant à devenir un problème et que les gens me ressentaient comme un problème… Le plus important, c’est l’équipe de France, et si l’équipe de France est plus heureuse sans moi, c’est comme ça. »

L’amour et la moue

Le sacrifice ultime par amour. Encore un beau rôle pour l’attaquant, qui n’aurait probablement jamais joué les méchants s’il avait été acteur de cinéma. Conseil avisé d’ancien distillé par Alain Giresse, contacté par 20 Minutes : « il ne faut pas qu’il s’arrête aux critiques. Et puis, puisqu’il est question qu’il signe au Real Madrid, il ne doit pas oublier que là-bas, il ne sera soutenu que s’il est performant. Les critiques, la perpétuelle remise en question, c’est ça, le très haut niveau. Il faut donner tort aux gens sur le terrain. »

Reste à savoir comment l’idée du mal-aimé, principal sujet de sa réunion post-Euro avec Noël Le Graët, a pu germer dans l’esprit de Kylian Mbappé. De son interview à L’Equipe, on comprend qu’il a été sérieusement affecté par les nombreuses injures racistes dont il a fait l’objet sur les réseaux sociaux après la Suisse. Côté sportif, il n’aurait pas dit non à deux ou trois papouilles de ses coéquipiers dans le vestiaire après le penalty raté, ce qui va dans le sens de l’histoire.

 Dans son bouquin (Du mondial à l’Euro – Dans les coulisses des bleus champions du monde), Baptiste Desprez dépeint un joueur en constant besoin d’affection au quotidien, avec une certaine propension à la bouderie quand le staff ne fait pas attention à lui. Son entourage n’est pas en reste non plus : toujours selon le livre du journaliste du Figaro, les proches du joueur auraient tenu des audiences informelles avec certains journalistes pendant l’Euro pour justifier la compétition poussive de KM10 puisque personne ne songeait à le défendre – audiences depuis démenties par la mère de Mbappé.

Si ça peut rassurer du monde autour de Kylian, Lucas Hernandez a eu des mots doux pour son coéquipier en équipe de France, mardi, à Clairefontaine. « C’est un énorme joueur, tout le monde l’aime, et il est très respecté. C’est un jeune joueur mais c’est un des cadres, ici. On est tous avec lui, on sait qu’on a besoin de lui. Il a dit ce qu’il a dit, mais qu’il sache que c’est un joueur unique et que l’équipe de France a besoin de lui. »

Cohabiter avec Benzema-Griezmann

Cela va de soi. Voilà bien longtemps que l’on sait Kylian Mbappé indispensable, c’est même un pléonasme, à condition qu’il ne répète pas trop souvent la bouillie de football entrevue contre la Bosnie (à sa décharge, tout le monde a été nul ce soir-là) et qu’il se remette vite à marquer. Car s’il a été impliqué sur cinq des sept buts français à l’Euro, dont l’égalisation contre la Hongrie qui aura peut-être évité à la France un plus grand fiasco, le Parisien est muet en Bleu depuis le match de préparation contre le pays de Galles à 11 contre 10.

Petite cocasserie symbolique : le match suivant, contre la Bulgarie, marquera le début de la pente savonneuse avec la fameuse embrouille avec Olivier « faites-moi la passe svp je suis démarqué » Giroud. Une querelle comme tant d’autres dans un vestiaire de foot et vite oubliée selon la version officielle, qui a tout de même plus ou moins coûté sa place en Bleu au néo-Milanais.

S’il a toujours fait preuve d’un certain enthousiasme à l’idée d’évoluer au côté de Karim Benzema – « quand il est revenu, je me suis dit : ‘Chouette, ça nous fait une arme de plus’ » – Mbappé est sans doute des trois membres de l’attaque que tout le monde nous envie, celui qui a le plus de mal à s’y adapter. Non sans frustration : n’a-t-on pas trop souvent assisté, ces derniers temps, au jeu stéréotypé du Kylian qui cherche désespérément à prendre la lumière à travers l’exploit individuel ? Alain Giresse :

« Comme au PSG, il joue avec deux joueurs de grande classe, c’est une bénédiction parce qu’ils peuvent lui permettre de grandir et développer son potentiel dans un autre registre. Par les remises, en participant au jeu, en ayant cette capacité à participer au collectif. Si à ce niveau vous n’agrandissez pas votre registre, dans certaines situations, vous vous retrouvez bloqué. La percussion et la vitesse sont les meilleures armes de Kylian, mais les adversaires de l’équipe de France le savent et se positionnent très bas. Il faudrait qu’il puisse s’introduire dans le jeu, également. »

Un processus logique qui sous-tend néanmoins de s’adapter à un nouveau contexte et donc d’aller à l’encontre du principe qui semble désormais orienter sa carrière, à savoir être la pierre angulaire d’un projet, celle autour de laquelle on construit. Avec un Karim Benzema au sommet de son art et le respect dû à Antoine Griezmann, c’est pour l’heure impossible. « Je pense que Kylian est en train de se chercher », conclut le champion d'Europe 1984. La quête d’identité, typique de l’adolescent, ça.