JO 2021 – Basket : L'énorme match de Batum et le trou d'air à +14 racontés par les Bleus

JEUX OLYMPIQUES L'équipe de France s'est fait peur dans son quart de finale, alors que tout semblait sous contrôle en fin de troisième quart-temps

Nicolas Camus
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Fournier, Gobert et Batum en grande discussion lors du quart de finale entre la France et l'Italie aux JO 2021.
Fournier, Gobert et Batum en grande discussion lors du quart de finale entre la France et l'Italie aux JO 2021. — PIERRE EMMANUEL DELETREE /SIPA
  • L'équipe de France de basket jouera les demi-finales des JO grâce à sa victoire contre l'Italie ce mardi.
  • Les Bleus se sont fait peur, tout de même, alors qu'ils menaient de 14 points en fin de troisième quart-temps.
  • Rattrapés par leurs adversaires, ils n'ont pas paniqué et ont repris le contrôle, sous l'impulsion notamment d'un grand Nicolas Batum.

De notre envoyé spécial à Tokyo,

Enfin. Enfin une demi-finale olympique pour l’équipe de France de basket, qui courait désespérément après depuis vingt et un ans, et la fameuse finale contre les USA à Sydney. Elle y sera grâce à sa victoire contre l’Italie (84-75), ce mardi. Ça a été plus compliqué que ça aurait dû, mais l’essentiel est là, alors que lors des deux dernières éditions, la route s’était arrêtée en quarts. A chaque fois contre l’Espagne.

Nicolas Batum ​ en était, et il ne voulait pas revivre ça. « Je ne pouvais pas perdre ce match, lance le capitaine. Le seul truc qui me manque avec cette équipe, c’est une médaille olympique. La façon dont on avait perdu, et surtout dont j’avais joué lors de ces deux quarts… Non, je devais faire quelque chose de différent. »

Exceptionnel Nico Batum

Il ne s’est pas raté. Batum était au four, au moulin et même à la plonge, tant qu’à faire. Quatorze rebonds au final, des contres majestueux, une activité de tous les instants et même un peu plus de points que d’habitude… « Je n’ai rien fait d’exceptionnel, c’était juste moi, mais en version plus plus », sourit-il, content d’avoir passé sans encombres cette journée chargée, avec l’annonce de sa nouvelle signature chez les Clippers. « J’étais nerveux, mais quand même plus pour le match », reconnaît-il.

« Monstrueux » selon Rudy Gobert – « encore une fois, il a comblé les trous qu’il fallait » –, « incroyable » pour Evan Fournier, Batum a notamment montré la voie quand ça a commencé à tanguer sévère dans le quatrième quart-temps. « Heureusement qu’on a eu ce Nicolas-là ce soir », souffle Vincent Collet, qui sait que ça n’est passé loin. Ses joueurs ont connu un énorme trou d’air de près de cinq minutes (de 64-51 à une grosse minute de la fin du troisième quart à 66-66 à 5’50 de la sirène), qui aurait pu transformer ce match en vrai traumatisme.

« On se pressait trop, je ne sais pas pourquoi parce qu’en plus ce n’est pas la caractéristique de notre équipe, s’interroge Fournier. Je pense à Nando [De Colo] qui perd jamais la balle et qui en a lâché plusieurs, moi aussi. Forcément, dans un match à élimination directe, l’intensité et la tension sont plus palpables, mais c’est notre rôle de savoir gérer ces moments. »

Surtout qu’en face, les Italiens n’ont rien fait d’incroyable non plus. Il y a bien Fontecchio qui a mis deux ou trois paniers primés quasiment à l’aveugle devant les grands bras de Rudy Gobert, mais sinon, ce sont les Bleus qui ont offert les munitions sur un plateau. « Il y a des erreurs individuelles de concentration, mais pas que pendant cette période. Dès le début du match, c’est ce qui nous empêche de prendre le large, rappelle le sélectionneur. Et puis il y a des fautes qui occasionnent des lancers qu’on ne doit pas faire. Mais on ne s’est pas affolés, on a fait les efforts pour faire les stops qui donnent le match. »

Le « panier de folie » de Luwawu Cabarrot

« Il y avait quelques fantômes du passé, c’était pas facile, dit Batum. On a su reprendre les choses en main, Tim [Luwawu Cabarrot] met un panier de folie en coin alors que s’il le loupe, ils peuvent reprendre l’avantage derrière. Grâce à lui, on a tout de suite repris l’ascendant, et on a pu contrôler la fin de match. » A défaut d’être particulièrement fiers de cette petite frayeur, les Bleus veulent retenir le petit gap collectif qu’ils sentent avoir passé.

« Il n’y a pas le temps de pleurer de toute façon, t’as l’opportunité d’aller chercher une demi-finale olympique, tu fonces. Ce match a montré qu’on avait une certaine maturité d’équipe maintenant, estime Rudy Gobert. On était menés de 8 points à un moment, on a gardé la tête froide et on a élevé notre niveau. Pareil quand c’est eux qui sont revenus. On savait les petites choses qu’on leur avait données, les rebonds offensifs, les pertes de balles. Il fallait se concentrer là-dessus. »

Voilà, donc, venir une demi-finale des Jeux olympiques, face à la Slovénie du mutant Luka Doncic. Mais il n’est pas encore l’heure de parler du phénomène. Pour l’instant, il convient juste de savourer. Comme Nicolas Batum, Vincent Collet mesure parfaitement la valeur de ce qui attend son équipe jeudi.

« Ça va être le match d’une carrière pour moi, annonce-t-il. Les JO, c’est la plus belle compétition pour nous, ce qui n’est pas forcément le cas de tous les sports co. Moi j’ai 58 ans, un des premiers matchs que j’ai vus quand j’étais gamin c’est la finale de 1972, quand Alexandre Belov [avec l’URSS] met le panier pour battre les Etats-Unis à Munich. Depuis je rêve d’aller en finale des Jeux. » Encore une marche, messieurs.