JO Tokyo 2021: Comment les délégations et les volontaires arrivent quand même à mettre l’ambiance sur les compétitions

JEUX OLYMPIQUES Malgré le huis clos, l’organisation laisse une certaine latitude dans l’accès aux compétitions afin que les athlètes soient encouragés sur les sites

Julien Laloye et Nicolas Camus
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La délégation chinoise sait se transformer en kop bruyant à la natation.
La délégation chinoise sait se transformer en kop bruyant à la natation. — Sergei Bobylev/TASS/Sipa USA/SIPA
  • La plupart des épreuves des JO 2021 se disputent sans la présence de public.
  • L’organisation laisse pourtant les délégations venir en nombre soutenir les athlètes.
  • Même les volontaires se joignent parfois à la fête, notamment au judo.

De nos envoyés spéciaux à Tokyo,

Deux heures de taxi à éventrer au couteau suisse la forêt de la province d’Izu pour arriver au VTT. La balade est un peu longuette, mais elle valait le coup, moins pour le résultat des Français, que pour le décor. Un parcours sublime à flanc de coteau, et surtout, la seule compétition des JO (ou presque) AVEC DU PUBLIC. Quatre mille personnes lundi pour les garçons, à peine moins le lendemain pour les filles. Des familles japonaises en plein kif, raccords avec l’atmosphère de cet ancien parc d’attractions aux manèges rouillés par le temps.

Les gamins portent des maillots « Japan » rouge ou bleu, et ils piaillent fort aux oreilles quand des volontaires habillés en chasseurs de fantôme dans Ghostbusters les arrosent à l’entrée du site. Autour de la ligne d’arrivée, et un peu partout sur le parcours, c’est l’effervescence. Jolanta Neff, vainqueure chez les filles, en a même pleuré en conférence de presse, lorsqu’un confrère suédois l’a lancée sur la présence de public.

Un public japonais plutôt familial sur la course de VTT.
Un public japonais plutôt familial sur la course de VTT. - J.Laloye/20 minutes

« J’adore faire le show pour les gens. Là, c’était fou. L’atmosphère, le public qui encourage, les applaudissements…, énumère la Suissesse. Cette course c’était très différent avec des spectateurs, ça représente beaucoup de choses pour moi, qui n’avais pas couru devant du monde depuis 2019. Je tiens vraiment à remercier toutes les personnes de l’organisation qui ont rendu cela possible. »

Agbegnenou soutenue par presque toute l’équipe de France de judo

L’ambiance la plus détendue des Jeux avec le skate, pour ce qu’on a pu en voir. Un petit monde où chaque concurrent se connaît, s’encourage avant chaque passage, se checke après avoir posé un trick compliqué. Les délégations en tribunes étaient dans le même esprit : tout le monde se parle, rigole et encourage ensemble parce que les riders ont besoin de cette énergie.

Ailleurs, ça n’a pas toujours été la bamboche du siècle, mais reconnaissons au pays hôte une qualité. Si les volontaires disséminés un peu partout agacent parfois quand ils s’accrochent à des protocoles établis en dépit de toute logique, ils tentent malgré tout d’adoucir la hantise du huis clos. On s’en est rendu compte la première fois pour couvrir la médaille surprise de Luka Mkheidze au judo. En tribunes, plusieurs dizaines de personnes représentant plusieurs délégations hurlent au passage de leur compatriote, parfois avec des drapeaux de leurs pays.

Côté français, on distingue entre autres Shirine Boukli, éliminée le matin, Alex Clerget, le meilleur pote, et même Orlando Cazorla le sparring, qui nous explique rapido au téléphone qu’il a pu aller rebooster le futur premier médaillé des Bleus dans la salle de repos après sa demi-finale interminable perdue au golden score. « Là, aujourd’hui, ils sont venus relativement aisément dans la salle, souffle alors Daniel Fernandes, l’entraîneur de Mkheidze. Il n’y a pas de consignes particulières, c’était spontané. Après, apporter des ondes positives, c’est une bonne chose, mais il ne faut pas que ce soit un défilé non plus ». Pour le triomphe de Clarisse Agbegnenou, ils sont pourtant presque tous là, autorisés à rester au Japon grâce à la compétition par équipe prévue en fin de semaine.

Borel premier supporteur à l’épée

Dans le hangar sans âme réservé à l’escrime, en banlieue de Tokyo, les ondes positives se transforment carrément en conseils décisifs pour Romain Cannone, la première médaille d’or tricolore à l’épée. « Pars pas en milieu de piste, active, active, remets du rythme », Yannick Bordel et Alexandre Bardenet, sont en feu quelques mètres derrière les arbitres, comme tous les coachs des Bleus. « Ils savent que je vais faire des saucisses [des coups sans queue ni tête] alors ils sont là pour me rappeler à l’ordre, souriait Cannone après la victoire. Et puis en escrime ce sont des conseils utiles, j’ai réussi à les appliquer vite et à trouver des solutions face à certains tireurs que je n’aurais peut-être pas trouvées seul. » Le lendemain, sabreuses et fleurettistes font un boucan incroyable lors du match entre Lefort et Garozzo. Comme les Italiens répondent à coups de fooooooooooorzaaaaaa monstrueux, ça donne presque deux kopounets qui se répondent.

Et quand Manon Brunet remporte le match pour le bronze en fin de journée, c’est ambiance Makuharena dans les gradins. « Je les ai entendus de fou, dès mon entrée sur la piste. Ça fait du bien d’avoir les copines. Nous, on est habituées à jouer sans public, mais on a notre équipe, on fait avec ça tout le temps, et c’est plus fort que tout finalement. » Un peu moins, tout de même, que l’Aquatics Center de Tokyo, où la loi du nombre permet de rameuter un monde fou. On a peut-être compté entre 600 à 700 nageurs/membres du staff/officiels en tribune pour le premier jour des finales, avec une nette domination sonore américaine, dans un sport où la team USA ramasse une médaille toutes les trois minutes en moyenne. Une heureuse surprise pour les suiveurs, moins pour les nageurs, assez insensibles au bruit de fond dans l’ensemble.

Une tribune colorée aux JO de Tokyo.
Une tribune colorée aux JO de Tokyo. - J.laloye/20mintues

« Evidemment je préfère quand les tribunes sont pleines, explique Dressel dans L’Equipe. J’aime le show, me nourrir de l’énergie qui émane d’une foule qui crie et t’applaudit. Mais quand on plonge, tout ça s’éteint. Les humains sont les pires nageurs du monde, et ce ne sont pas les encouragements qui me font aller plus vite. »

Les poils le jour de la fratrie Abe

Le plus grand frisson, si on devait établir un classement, est sans doute venu du Budokan, dimanche dernier, avant la finale de la Japonaise Uta Abe contre Amandine Buchard. L’armée de bénévoles, extrêmement discrète jusque-là (comme partout) a eu l’autorisation de se poser en tribunes pour admirer la star locale. Les journalistes japonais aussi ont eu du mal à garder leur calme, et pendant les 20 secondes de l’immobilisation de Buchard, c’est une petite folie douce qui s’est emparée des lieux.

En zone mixte, ensuite, ils ont fait la queue pour prendre une photo avec elle, une entorse incroyable au protocole alors que les journalistes doivent donner leurs dictaphones pour interviewer les athlètes à deux mètres de distance au même endroit. Et quand le frère Hifumi a lui aussi gagné un peu plus tard, même chose. Une fierté nationale à laquelle il est difficile de rester insensible. On ose à peine imaginer ce que ça aurait donné avec 11.000 personnes dans l’arène