JO Tokyo 2021 : Riders rôtis et espoir de médaille, c’était la grande première du skate aux Jeux

JEUX OLYMPIQUES Les Français Vincent Milou et Aurélien Giraud nous ont fait espérer une belle médaille pour la première apparition du skateboard aux Jeux olympiques

Nicolas Camus
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Aurélien Giraud a terminé premier des séries en skateboard avant de rater sa finale, lors des JO de Tokyo, le 25 juillet 2021.
Aurélien Giraud a terminé premier des séries en skateboard avant de rater sa finale, lors des JO de Tokyo, le 25 juillet 2021. — Jae C. Hong/AP/SIPA
  • Le skateboard faisait ses grands débuts en tant que sport olympique ce dimanche matin à Tokyo.
  • Vincent Milou et Aurélien Giraud, les deux représentants français, ont cru en une médaille mais ils ont terminé respectivement 4e et 6e de la finale.
  • Les deux riders sont heureux de cette expérience, malgré une finale pas à la hauteur de leurs attentes et des conditions climatiques très éprouvantes qui n’ont pas aidé les concurrents.

De notre envoyé spécial,

On y est allé un peu au bluff, et on n’a pas regretté. Au pire, ça fera une belle découverte, qu’on se disait. Mais on a eu droit à un peu plus que ça dimanche matin à l’urban park d’Ariake, pour la grande première du skateboard aux JO. Vincent Milou et Aurélien Giraud, les deux représentants français, ont réussi à nous faire vibrer et croire en une médaille, avant de crouler sous le cagnard de la mi-journée.

Il en fallait, pourtant, pour nous prendre au jeu. Notre barème d’expertise en skate  en débarquant ce matin face à la baie de Tokyo : c’est beau/c’est super beau/outch ça doit faire mal ça. Plus quelques après-midi passés sur Tony Hawk’s Pro Skater 3, à une époque où on se disait que les responsabilités d’adulte, on les laisserait aux autres toute notre vie. Les deux skateurs tricolores ont su y faire, comme leurs camarades d’ailleurs, même si on mentirait en disant qu’on les regardait aussi assidûment.

33°C ressentis 64 (au moins)

Milou, engagé dans la première série de qualification, nous a mis dedans dès 8h30 en prenant rapidement la tête. Procédé limpide pour rejoindre la finale, en tout cas après une bonne demi-heure à observer la chose : chaque athlète a droit à deux runs de 45 secondes, durant lesquels il est libre d’exécuter le nombre et le type de figures de son choix, et cinq tricks (des figures à réaliser en un essai). Sur les sept notes obtenues (sur 10), les trois moins bonnes sont enlevées. Le total des quatre restantes permet d’établir le classement.

Mais si le Bayonnais a fait fort, que dire de Giraud, le seul à ne pas avoir goûté le bitume sur toute sa série (hormis le dernier saut dont il s’est servi pour tenter une figure). Résultat, nos deux Frenchies font 1 et 5 des qualifs, tout roule. Le temps d’aller débriefer avec le leader – « pas super bien dormi », « la pression », « les JO c’est gros », « mais super bien passé », « hâte d’être à la finale » –, on court se jeter dans la clim’avant que ça reparte. Pas une once d’ombre sur tout le site quand le thermomètre affiche 33°C (ressentis 64) et 70 % d’humidité à 10 heures du mat’, c’est rude.

De la déception, mais pas de regrets

Trois bouteilles d’eau plus tard, ça repart. Les compteurs sont remis à zéro, mais on y croit dur. Malheureusement, les choses vont se gâter très vite. Alors que tout le monde est en train de fondre – une finale à 12h30, sérieusement ? -, Milou et Giraud ratent leurs runs en entrée, et ne s’en relèveront jamais, malgré un petit sursaut du premier sur ses tricks. Il prend la quatrième place, son compatriote la sixième.

« Il y avait un peu de fatigue, de la pression, et puis le fait d’être qualifié premier, on prend un excès de confiance, énumère Giraud. On se dit que l’on va refaire pareil facilement, donc on se déconcentre un peu. Ça ne pardonne pas. »

Pas de regrets, cependant. « Je retiens le très bon moment passé, assure Milou quelques minutes plus tard. Je me suis éclaté, vraiment. Un peu déçu de faire 4 mais peu importe au final, je me suis fait plaisir. » On veut bien le croire. C’est l’impression qu’il a donnée, en tout cas, tout au long de cette épreuve, à jouer un peu avec le maigre public composé du staff des athlètes et à rigoler avec ses concurrents.

Vincent Milou dans ses oeuvres.
Vincent Milou dans ses oeuvres. - Jae C. Hong/AP/SIPA

C’était là l’un des enjeux de cette journée, aussi. Le skate est une discipline libre par excellence. Allait-il perdre une partie de son âme en se serrant un peu pour entrer dans les clous du CIO  ? Même pas, répondent nos Français. « Je suis agréablement surpris, raconte Vincent Milou. Pour nous, les anneaux, c’est à l’opposé de notre mentalité, mais j’ai vraiment été pris par le truc, c’était grandiose. Si à Paris c’est aussi bien, je suis partant pour remettre ça ! »

« Hâte de revivre ça » à Paris

Seul desiderata, démarrer à une heure qui correspond mieux au mode de vie des riders. « On était sur le site à 6h du mat’, ça n’arrive jamais ça en skate », se marre Milou. Exténué à la sortie de la finale, Giraud ne pouvait que confirmer. « La chaleur aussi a été extrêmement perturbante. A cette température, moi normalement je suis à la plage, sur ma serviette », dit le Lyonnais, qu’on a vu rôtir sur la plateforme où les athlètes attendent leur tour avant de s’élancer.

Ce dernier retiendra toutefois une « expérience inoubliable ». « J’ai hâte de revivre ça ! Mais sans Covid si possible, et puis j’aimerais ne pas finir dans le même état à la fin », ajoute-t-il, une veste remplie de glaçons sur le dos. Quelques degrés en moins et une médaille en plus à Paris, on est d’accord.