JO Tokyo 2021: « J’étais venue pour un titre », Amandine Buchard a du mal à se satisfaire de l’argent

JUDO Après un début de tournoi parfait, la judokate est tombée face à sa grande rivale Uta Abe en finale des -52 kg ce dimanche

Nicolas Camus
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Amandine Buchard a remporté la médaille d'argent  aux JO de Tokyo en -52 kg, le 25 juillet 2021.
Amandine Buchard a remporté la médaille d'argent aux JO de Tokyo en -52 kg, le 25 juillet 2021. — Jack GUEZ / AFP
  • Amandine Buchard a remporté la médaille d’argent en -52 kg ce dimanche aux JO de Tokyo.
  • Très déçue à chaud, la Française a tout de même réussi à savourer sa performance, elle qui avait raté les JO de Rio à cause d’une dépression.
  • Ça ne l’empêche pas d’avoir déjà en tête sa revanche, dans trois ans à Paris.

De notre envoyé spécial à Tokyo,

Elle a mis du temps à le dire, comme si, malgré la beauté du titre, elle espérait encore pouvoir changer les choses. Mais non, Amandine Buchard est bien vice-championne olympique de judo. « Seulement », comprend-on quand on la voit arriver en zone mixte quelques minutes après sa défaite en finale, sans réussir à retenir ses larmes. « C’est beaucoup d’émotions parce que j’étais venue pour un titre, souffle-t-elle. Pendant la compète j’ai beaucoup pensé à mon papa. C’était l’opportunité de réaliser mon rêve, mais aussi le sien. Là, je suis un peu frustrée. »

Son père, décédé en 2008 et qui l’avait amenée au judo, et à qui elle fait toujours référence quand vient le moment d’évoquer son parcours personnel. Un itinéraire chaotique, « avec des hauts et des très bas », comme la légère du club de Champigny ne le cache pas. C’est justement pour ça que cette médaille d’argent représente une sacrée récompense pour elle, qui était tombée en dépression juste avant les JO de Rio, terrassée par des régimes draconiens pour tenir sa catégorie de poids (-48 kg) alors qu’elle souhait monter en -52 kg.

« Je savoure quand même »

Il lui fallait juste un peu de temps pour le réaliser vraiment. « C’est vrai, elle est belle », conçoit-elle avec le sourire une bonne demi-heure plus tard en contemplant sa médaille. La cérémonie est passée par là, et elle a pu mesurer la valeur de sa performance. « On n’est pas beaucoup à pouvoir dire qu’on est montées sur un podium olympique, observe-t-elle. A chaud, c’était très dur, ça l’est encore mais je savoure quand même. »

Les cris et les applaudissements de ses copines Clarisse Agbegnenou et Shirine Boukli, volubiles en tribunes avec la petite quinzaine de membres de l’équipe de France présente, l’ont aidée à retrouver le sourire.

Il y a beaucoup de personnes bienveillantes dans cette équipe. C’est comme une famille, salue-t-elle. Je les remercie, sans elles je ne serai sûrement pas là aujourd’hui. »

Longtemps, dans cette journée, on a cru Amandine Buchard invincible. Elle avait commencé par écarter une Géorgienne, qui a préféré arrêter les frais alors qu’elle comptait déjà un waza-ari de retard, puis s’était imposée par ippon en moins d’une minute face à la Sud-Coréenne Da-sol Park. En encore, ce n’était rien à côté de sa démonstration en demi-finale, quand la pauvre Suissesse Fabienne Kocher, sur le dos avant même d’avoir compris que le combat était lancé.

« Elle a fait une belle journée, c’est la première chose que je lui ai dite après sa finale, débriefe l’entraîneur d’une équipe féminine ambitieuse, Larbi Benboudaoud. Vous me connaissez, je ne mâche pas mes mots, si elle n’avait pas fait le taf je lui aurais dit. Là, pas du tout. Il y a ce petit goût d’inachevé parce qu’elle était en capacité de faire péter la Marseillaise, mais moi je sais d’où elle vient. On est heureux et fiers d’elle. »

« Les 20 secondes les plus longues de ma vie »

Au moins Amandine Buchard pourra se dire qu’elle a eu le combat qu’elle voulait. Elle salivait d’une finale au Japon contre la star locale Uta Abe, elle a été servie. « J’aime les défis. Mais elle a bien manœuvré », reconnaît-elle. Et fini par l’avoir après plus de quatre minutes d’un combat irrespirable au golden score. « Elle m’a bien verrouillée au sol, reprend-elle. D’habitude je suis un chat, j’arrive à sortir, mais là j’étais bien bloquée au niveau des cotes. Ça a été les 20 secondes les plus longues de ma vie. On se sent impuissant, c’est terrible. »

C’est sûr, même d’en haut des tribunes, elles ont paru interminables. Alors pour elle… Ces vingt secondes serviront toutefois ses trois prochaines années, si jamais le besoin s’en faisait sentir. « Amandine son pire ennemi c’est elle-même. D’avoir fait cette finale, ça va lui apprendre beaucoup de choses », estime Benboudaoud. « J’ai toujours rebondi, et je vais le faire encore, embraye l’intéressée. Elle [Abe] a eu son titre chez elle, j’aurai ma revanche chez moi, en 2024. » Miam miam.