JO Tokyo 2021: « Le judo m’a sauvée »… Amandine Buchard, des abîmes au rêve olympique

JEUX OLYMPIQUES Après avoir touché le fond en 2016 à cause de graves problèmes de poids, la judokate de 26 ans attaque ses premiers JO dans la peau d’une favorite en -52 kg

Nicolas Camus
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Amandine Buchard lors de sa victoire aux Masters de Doha, en janvier 2021.
Amandine Buchard lors de sa victoire aux Masters de Doha, en janvier 2021. — KARIM JAAFAR / AFP
  • Deuxième jour de compétition pour le judo aux Jeux olympiques de Tokyo, ce dimanche. 
  • Chez les femmes, place aux -52 kg, une catégorie dans laquelle la Française Amandine Buchard fait figure de grande favorite. 
  • Après avoir dû renoncer aux Jeux de Rio à cause d'une dépression, elle compte bien prendre sa revanche et décrocher le titre dont elle rêve au Japon.

De notre envoyé spécial à Tokyo,

Une anomalie à réparer. Non pas qu’un titre de championne d’Europe, acquis tout récemment en avril, ne vaille rien, mais quand Amandine Buchard a débarqué comme une bombe sur les tatamis des grands à 17 ans pour devenir championne de France des -48 kg, en 2012, tout le monde l’imaginait avec un autre palmarès huit ans plus tard. Mais il s’en est passé des choses depuis pour la judokate née à Noisy-le-Sec (Seine-Saint-Denis), qui ne vise cette fois rien d’autre que l’or au terme de cette journée consacrée aux -52 kg au Budokan de Tokyo.

« Pour moi, les Jeux, c’est un rêve, mais pas seulement sportif, explique-t-elle. Ce sera l’aboutissement de plein de choses dans ma vie femme aussi, car c’est le judo qui m’a aidée à avancer. Si je suis là aujourd’hui, c’est parce qu’il m’a sauvée. » Ce n’est pas une hyperbole. En 2016, elle a pensé à arrêter complètement le sport, et bien pire encore. Elle souffrait alors d’une sévère dépression, à cause de régimes draconiens pour pouvoir combattre en -48kg qui lui bousillaient la santé.

Un nouveau départ en 2016

Troubles alimentaires, du comportement, de la mémoire… La judokate, obnubilée par la balance, a sombré. « J’ai vraiment été dans de piteux états, avec la Fédération qui poussait derrière […] et qui n’a pas tenu compte de plusieurs alertes, racontait-elle au Parisien en 2017, après avoir repris le dessus. Ce sont mes proches qui ont eu peur pour moi. » Et qui l’ont poussée à réagir.

Direction l’Espagne et Valence, sur les conseils de sa psychologue Meriem Salmi. Elle y reste chez des amis de mars à septembre, après avoir dû faire une croix sur les JO de Rio, tout en s’entraînant au club local. A son retour, avec une nouvelle équipe à la tête des Bleues, elle décide de changer de catégorie pour en finir avec ce sentiment d’oppression. Désormais, elle combattra en -52 kg.

Depuis, tout va mieux. Troisième des Mondiaux 2018, elle échoue à remporter l’or l’année suivante mais se venge en survolant le Grand Slam d’Osaka, où elle s’impose en finale face à la grande patronne de la catégorie Uta Abe, double championne du monde et invaincue depuis trois ans, devant son public. Les organisateurs, qui avaient déplacé sa finale pour que la Princesse héritière consort du Japon puisse y assister et lui remettre la médaille d’or, s’en souviennent encore.

« J’adore quand je sens que la salle est contre moi, ça me transcende, me donne encore plus de force », assure « Bubûche », comme elle est surnommée en équipe de France. L’adversité l’a façonnée. Au-delà de ses problèmes de poids, elle a dû surmonter deux événements bouleversants dans sa vie personnelle : le décès de son père en 2008, dû à une embolie pulmonaire à la suite d’une blessure à la cheville qui s’est infectée, et le reniement de sa mère quand elle a appris que sa fille était homosexuelle.

« Ma récompense pour avoir su rester forte toutes ces années »

Sur sa maman, pas grand-chose à dire. Elle ne lui parle plus depuis 2017, et c’est toute seule qu’Amandine Buchard a décidé d’en parler publiquement. Récemment, elle a longuement évoqué le sujet dans le documentaire de Canal + Faut qu’on parle, où elle est l’une des six athlètes à s’engager pour libérer la parole. Concernant son papa, en revanche, cela reste une faille béante.

C’est après s’être mis au judo en la voyant pratiquer qu’il s’est blessé. Malgré l’insistance de sa fille, il n’a pas voulu se soigner correctement et a continué à combattre sans relâche, jusqu’à cette issue fatale. Plutôt que de vivre avec d’éternels regrets, elle a choisi d’avancer, en pensant à lui à chaque combat.

Amandine Buchard, l'une des favorites pour le titre olympique en -52kg.
Amandine Buchard, l'une des favorites pour le titre olympique en -52kg. - Sergei GAPON / AFP

« Ce rêve olympique, c’est aussi le sien, développe-t-elle. C’est lui qui m’a mise au judo, me l’a fait aimer. Quand j’étais petite, on ne parlait pas encore de grands championnats, tout ça, mais j’avais déjà la fibre et quand on regardait les JO ensemble, il rêvait d’y voir sa fille. J’espère le rendre fier et rentrer avec le titre. Ce serait aussi ma récompense pour avoir tenu le coup et su rester forte toutes ces années. »

Amandine Buchard est prête à renverser toutes celles qui se présenteront sur son chemin. Quasiment invincible cette année, elle se sent « plus confiante, plus forte » que jamais. Elle en regretterait presque l’absence de public pour soutenir sa principale rivale. Toujours la même. « Franchement, battre Abe en finale, au Japon, pour le titre olympique, ce serait le Graal absolu. » Et une ligne à son palmarès à la hauteur de son immense talent.