Dans « Faut qu’on parle », six athlètes brisent le tabou de l’homosexualité dans le sport

DOCUMENTAIRE Canal+ diffuse ce samedi un long format dans lequel six sportifs en activité évoquent pour la première fois leur homosexualité pour aider à libérer la parole

Nicolas Camus

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Canal+ diffuse un documentaire dans lequel six athlètes de haut niveau révèlent leur homosexualité.
Canal+ diffuse un documentaire dans lequel six athlètes de haut niveau révèlent leur homosexualité. — Canal+
  • Ce samedi soir à 23h, Canal+ diffuse « Faut qu’on parle », un documentaire dans lequel six sportifs français révèlent leur homosexualité.
  • Ces athlètes de haut niveau, trois hommes et trois femmes âgés de 23 à 38 ans, racontent leur parcours dans l’espoir de faire bouger les choses dans le monde du sport, où la parole tarde à se libérer.
  • Alors que plusieurs femmes ont montré la voie il y a des années déjà, le patineur Guillaume Cizeron était jusque-là le seul athlète masculin en activité à en avoir parlé publiquement, l’année dernière.

Une barrière va tomber, ce samedi soir. Il en restera encore certainement des petits bouts par-ci par-là, mais une brèche va s’ouvrir en grand et le sport va pouvoir, on l’espère, embrasser les avancées sociétales en la matière. Dans un documentaire diffusé sur Canal+, six athlètes de haut niveau encore en activité – trois hommes et trois femmes, âgés de 23 à 38 ans – révèlent publiquement leur homosexualité pour en finir avec ce grand tabou dans le monde du sport.

Ce film, intitulé Faut qu’on parle, entend éviter le sensationnalisme. D’ailleurs, le suspense est vite levé. A la fin du générique d’introduction, le téléspectateur connaîtra l’identité des concernés. Un rugbyman, un nageur, un patineur, une basketteuse, une escrimeuse et une judokate vont ensuite raconter leur souffrance, un peu, mais aussi et surtout leur parcours et leur espoir de faire évoluer les mentalités.

« C’est un documentaire positif, explique Arnaud Bonnin, journaliste et co-auteur du film avec son collègue Lyes Houhou. Ce sont six personnes qui racontent d’où elles sont parties, qui elles sont aujourd’hui et comment leur histoire peut porter et changer les choses pour les générations suivantes. »

L’origine de ce projet remonte à 2015, quand le journaliste avait réalisé pour « Enquêtes de foot » un long format sur le tabou de l’homosexualité dans le sport le plus populaire du monde. Il avait cherché à faire témoigner des joueurs à visage découvert, sans succès. « Seuls, ils n’étaient pas prêts. Je voulais cette prise de parole, ce témoignage, donc j’ai entrepris de créer un collectif de sportifs », raconte-t-il.

Cizeron le détonateur

Il s’y essaie en 2018, mais essuie toujours des refus. Tout change l’année dernière, quand le patineur Guillaume Cizeron décide de s’exposer publiquement pour « servir la cause ». Il s’agit du tout premier athlète masculin en activité à oser le faire, alors que plusieurs sportives ont montré la voie depuis un moment ( Amélie Mauresmo, Marinette Pichon, Amandine Leynaud ou Mélanie Henique). Les réactions positives ont été un argument de poids pour convaincre les sportifs. Trois ans ont passé, aussi, et certains sont maintenant plus près de la fin de leur carrière. Ils ont compris qu’ils avaient autre chose à donner que leurs performances sportives.

Parmi la petite dizaine d’athlètes sollicités, deux ont refusé, cinq se sont lancés. Et puis un sixième a donné son accord à la toute fin du tournage, en mars, donnant encore une dimension supplémentaire au film : le rugbyman. « Ça change tout, car là on va vraiment loin dans le tabou, explique Arnaud Bonnin. C’est un sport collectif, donc avec une intégration dans une équipe à gérer, très populaire avec beaucoup de public dans les stades, et qui représente l’image même de la virilité. »

Le joueur en question raconte notamment le décalage entre son histoire personnelle et le milieu dans lequel il évolue, comment il recevait plus jeune ces phrases que l’on entend trop souvent dans les vestiaires, où il ne faut surtout pas se comporter « comme un pédé » sur le terrain.

Le soutien de la ministre des Sports

Ces sportifs ont en commun d’avoir beaucoup mieux vécu leur situation à partir du moment où ils s’en sont ouverts à quelques proches dans le milieu. « Leur plus grande souffrance est d’avoir dû se cacher, observe le journaliste. En parler a changé leur vie, et c’est ça, j’espère, qui va ressortir de ce film. Le milieu du sport est tout à fait capable d’entendre ce genre de parole. Ça ne veut pas dire qu’il y aura 100 % de réactions positives, que ce sera évident, mais c’est beaucoup plus facile d’en parler que de ne pas le faire. »

En s’exposant ainsi, ces six sportifs ne veulent pas devenir des ambassadeurs mais aider les plus jeunes, parfois prêts à arrêter le sport car ils n’y trouvent pas leur place, et en finir avec ces clichés d’un autre temps. Ils souhaitent également inciter les fédérations à en faire plus sur la sensibilisation et l’éducation des entraîneurs.

La ministre déléguée aux Sports, Roxana Maracineanu, a déjà salué la prise de parole. « Il faut du courage pour oser parler de son homosexualité quand on est sportif/sportive. Encore aujourd’hui, a-t-elle écrit sur Twitter. Il est important et nécessaire de donner la parole à celles et ceux qui brisent le silence. »

« Faut qu’on parle », Canal+, samedi 19 juin à 23h