Sopron-Lyon Asvel Féminin : Pourquoi la jeune Lituanienne Juste Jocyte est-elle déjà perçue comme « un phénomène » ?

BASKET FEMININ Après avoir déjà battu plusieurs records de précocité, l'ailière lyonnaise de 15 ans pourrait entrer en jeu lors des quarts de finale d’Euroligue, ce mercredi (18 heures) et vendredi (20h05) à Sopron (Hongrie)

Jérémy Laugier

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La jeune ailière lyonnaise Juste Jocyte (à droite), ici aux côtés de la meneuse Marine Fauthoux.
La jeune ailière lyonnaise Juste Jocyte (à droite), ici aux côtés de la meneuse Marine Fauthoux. — Claire Porcher/Infinity Nine Media
  • Lyon Asvel Féminin rêve d’atteindre son premier Final Four d’Euroligue, ce qui passera par des exploits lors des quarts de finale disputés ce mercredi (18 heures) et vendredi (20h05) à Sopron (Hongrie).
  • Dans l’effectif lyonnais, le grand public découvre peu à peu l’épatante Lituanienne, Juste Jocyte, qui a inscrit ses premiers points en Euroligue en janvier, à seulement 15 ans.
  • Très désirée par Tony Parker pour qu'elle rejoigne son académie de basket à Lyon en 2019, la polyvalente ailière semble programmée pour viser les sommets.

Juste Jocyte n’était pas encore née lorsque son président à l’Asvel, Tony Parker, est devenu champion NBA pour la première fois en 2003. Exemple hors normes de précocité, la prometteuse gauchère est devenue à 13 ans (en novembre 2019) la plus jeune joueuse au monde, tous sports collectifs confondus, à disputer un match international, avec la sélection A lituanienne. Rebelote un mois plus tard à Lyon Asvel Féminin : elle fait cette fois tomber le  record en Ligue féminine, en entrant en jeu à tout juste 14 ans. À 15 ans, elle pourrait désormais avoir un rôle à jouer ce mercredi (18 heures) et vendredi (20h05) lors des quarts de finale d’Euroligue à Sopron (Hongrie). Comment cette ado vivant sur les bords de la mer Baltique, dans la petite station balnéaire de Palanga (Lituanie), a-t-elle pu faire basculer sa vie aussi jeune, en étant confrontée au haut niveau européen, à plus de 2.000 km de ses proches ?

« Quand il y a un tel phénomène, tout le monde en entend vite parler dans le microcosme du basket, souligne Marie-Sophie Obama, présidente déléguée de Lyon Asvel Féminin. Et Juste, elle ne passe pas inaperçue, d’autant qu’elle assimile les choses avec une rapidité déconcertante. » Alerté par son ami Nicolas Batum, directeur des opérations basket de l’Asvel, qui l’avait repérée en Junior NBA en 2018, Tony Parker sort le grand jeu après avoir été épaté par son Euro U16 en août 2019, où elle a conduit la Lituanie en finale (19,6 points et 8,3 rebonds de moyenne en étant surclassée).

« J’étais prête mentalement pour quitter mon pays »

Juste et ses parents sont conviés à Lyon par « TP » deux mois plus tard pour découvrir les infrastructures de la Tony Parker Adéquat Academy à Gerland. « De toute façon, Tony s’implique dans chaque arrivée de joueuses au club, explique Marie-Sophie Obama. Mais là, il y a eu un investissement de beaucoup de personnes, comme Nicolas Batum, et aussi le père de Tony, qui a beaucoup parlé avec les parents de Juste. » La détermination de l’ancien meneur des Spurs fait la différence et aboutit à une convention de formation jusqu’en 2025 pour « la joueuse la plus convoitée de sa génération », dixit le boss de l’Asvel. Juste Jocyte confie à 20 Minutes les quelques doutes, pour le moins légitimes pour une jeune fille de 14 ans, qui l’habitaient au moment de s’exiler loin de la Lituanie.

J’avais plusieurs offres en Europe et dans des lycées américains mais j’ai fait confiance à Tony, qui est quelqu’un de spécial. J’ai senti que j’étais prête mentalement pour quitter mon pays, car le développement du basket féminin n’y est pas bon. Ce changement de vie n’est pas facile pour une ado comme moi. Je sais que je ne suis pas venue ici pour me faire des amis mais pour m’entraîner dur et devenir une meilleure basketteuse. Un mois avant de partir, j’étais sûre de moi. Puis la nuit précédant mon vol, j’étais vraiment nerveuse en pensant au changement de pays et de langue. Qu’allait-il se passer pour moi en France ? »

« Les filles m’appellent toujours l’enfant »

Une intégration forcément délicate entre sa vie entourée d’ados à la Tony Parker Adéquat Academy, où elle réside et où elle suit désormais ses cours de seconde, et les entraînements avec le groupe professionnel, champion de France en titre. « Elle est arrivée très filiforme, se souvient l’entraîneur lyonnais Valéry Demory. Elle avait déjà de vraies qualités de basketteuse, au niveau du shoot et de la vision du jeu. Le seul souci, c’est qu’il lui manquait de la force, surtout pour une fille mesurant aujourd’hui 1,86 m. Il faut simplement attendre qu’elle finisse sa croissance. Depuis décembre, elle a franchi un cap physiquement. » Meneuse de jeu avec la sélection lituanienne, Juste Jocyte est utilisée comme ailière par Valéry Demory, avec qui elle a signé huit courtes apparitions en LFB cette saison, et signé 7 points au total.

Une découverte progressive du haut niveau agrémentée de ses premiers paniers en Euroligue en janvier contre Prague et Fenerbahçe. « Le fait de m’entraîner chaque jour avec les pros, ça me fait parfois oublier que je n’ai que 15 ans, sourit la numéro 13 lyonnaise. Mais les filles sont là pour me le rappeler, elles m’appellent toujours l’enfant. En fait, je me sens moitié enfant, moitié professionnelle. » En France, celle qu’on surnommait « Baby-face assassin » lorsqu’elle tournait à un hallucinant triple-double de moyenne (21 points, 14 rebonds, 10 passes) en étant surclassée en U16 avec son club lituanien du Neptunas Kleipeda, apprend la patience.

En Lituanie, elle regardait toutes les vidéos de Marine Johannès

L’absence de compétition des championnats amateurs depuis un an en raison du Covid-19 l’empêche de s’affirmer avec l’équipe espoirs en Nationale 1 (3e division), ce qui « freine sa progression », comme le regrette Valéry Demory. Juste Jocyte a par contre la chance de côtoyer de près, depuis 18 mois, sa principale inspiration de basketteuse. «  Marine Johannès ne le sait même pas mais je regardais absolument toutes les vidéos qu’on pouvait trouver d’elle bien avant de venir à Lyon, indique-t-elle. Y compris ses interviews, même si je ne comprenais alors pas un mot de français ! C’est un rêve fou devenu réalité pour moi que de jouer avec elle. J’aime étudier comment elle lit les situations de jeu, je suis souvent focalisée sur elle quand je regarde un match. »

Juste Jocyte s'inspire beaucoup du jeu spectaculaire de sa coéquipière lyonnaise Marine Johannès, ici sous le maillot de l'équipe de France en février 2020.
Juste Jocyte s'inspire beaucoup du jeu spectaculaire de sa coéquipière lyonnaise Marine Johannès, ici sous le maillot de l'équipe de France en février 2020. - Coudert/Sportsvision/SIPA

Se sentirait-elle déjà prête à entrer en jeu, à 15 ans, dans les deux quarts de finale d’Euroligue en trois jours que l’Asvel va devoir disputer sans l’une de ses leaders, Alysha Clark, blessée au pied ? « Mentalement, il n’y a aucun problème, assure la révélation lituanienne. En tant que joueuse surclassée, j’ai toujours été amenée à affronter la pression, et l’une de mes forces est de ne pas la ressentir. Physiquement, même si je me sens plus costaude qu’à mon arrivée, c’est encore difficile car mes muscles se développent. Là, je me sens capable d’offrir de l’énergie à l’équipe pendant quelques minutes. Quand tu es jeune, la priorité n’est pas de marquer beaucoup de points mais de bien défendre et d’apporter de la vitesse. »

Elle rêve de WNBA

Un discours lucide partagé par Valéry Demory : « Dès que je le peux, j’essaie de lui offrir des minutes de jeu. Ses limites sont avant tout physiques. J’attends qu’elle soit plus rapide et plus explosive. Là, elle n’est toujours pas capable de tenir une intensité d’entraînement trop élevée pendant longtemps, tout simplement parce qu’elle n’a que 15 ans. Rendez-vous compte, elle était encore minime la saison dernière. » Si elle reconnaît être « encore trop timide pour oser parler français », Juste Jocyte démontre au quotidien sa précocité et sa détermination hors du commun.

« Mon but principal est de m’imposer à l’Asvel, annonce-t-elle. La suite dépend de mon développement. Tony aimerait faire de moi une joueuse professionnelle dès la saison prochaine, avec plus de temps de jeu. Bien sûr que pour plus tard, je rêve de WNBA. Peut-être que l’Euroligue correspond davantage à mon style, mais tant que je ne me testerai pas en WNBA, je ne serai pas fixée. » La gauchère lituanienne trouvera bien un moment dans les 20 prochaines années pour traverser l’Atlantique, au cœur d’une carrière que tout le monde prédit brillante.

« On se doit d’avoir 100 % de réussite pour faire éclore son talent »

« Elle est déjà capable d’amener des petites choses à l’équipe et je la vois exploser dans les deux ou trois années qui arrivent, annonce ainsi Valéry Demory. On a une très grosse équipe, et passer devant plusieurs joueuses reconnues, ça ne se fait pas du jour au lendemain. Il va y avoir une réflexion pour déterminer si on fait de la place à son poste pour l’intégrer davantage la saison prochaine. »

L’enjeu sera là dans les mois à venir, et Marie-Sophie Obama est bien placée pour définir l’importance que tient cette adolescente lituanienne de 15 ans dans les ambitieux plans lyonnais : « Avec Juste, on se met la pression et on ne peut pas se rater, on se doit d’avoir 100 % de réussite pour faire éclore son talent ». Time of the «baby-face assassin» ?