Lyon : « Unique » et « mature », Théo Maledon est à 19 ans la révélation française du début de saison en NBA

2021 A DU TALENT L’année 2021 a débuté et « 20 Minutes » vous présente celles et ceux qui vont l’animer par leur créativité, leur performance ou leur bienveillance. Après trois saisons à l’Asvel, le meneur de jeu de 19 ans Théo Maledon vient d’effectuer le grand saut vers la NBA, où il réussit des débuts prometteurs

Jérémy Laugier

— 

Théo Maledon (à gauche), ici le 26 décembre face à Charlotte, tourne depuis le début de la saison à 7 points par match en moyenne en NBA.
Théo Maledon (à gauche), ici le 26 décembre face à Charlotte, tourne depuis le début de la saison à 7 points par match en moyenne en NBA. — Chris Carlson/AP/SIPA
  • En ce début d’année, 20 Minutes vous présente celles et ceux qui feront l’actu en 2021 grâce à leur action associative, leur performance sportive, leur esprit d’entreprise ou leur créativité.
  • Révélé à l’Asvel de 2017 à 2020, Théo Maledon (19 ans) tente l’aventure en NBA cette saison avec le Thunder d'Oklahoma City.
  • Bien que « seulement » drafté au second tour en novembre, le meneur de jeu d’1,92 m réalise de jolis débuts dans la plus grande ligue du monde, à l’image de ses 12 points inscrits ce samedi à Orlando (99-108).

Un record de points (12) et de passes décisives (4) en NBA pour commencer l’année 2021. C’est le cadeau que s’est offert Théo Maledon lors du succès du Thunder samedi à Orlando (99-108). Sans complexe, le meneur de jeu tricolore de 19 ans a la particularité de bénéficier de davantage de temps de jeu pour ses débuts dans la plus grande ligue du monde (21 minutes et 7 points en moyenne sur les six premiers matchs) que durant sa dernière saison à l’Asvel (17 minutes).

Plus qu’un rêve, cette trajectoire supersonique était un objectif visé depuis longtemps par le prometteur joueur d’1,92 m, qui partage son enfance normande, son poste, sa formation à l’Insep et un rôle majeur au sein des équipes de France de jeunes, avec un certain Tony Parker. « Dès son arrivée chez nous en 2017, l’ambition était de permettre à Théo de se faire repérer afin qu’il atteigne la NBA, révèle Gaëtan Muller, président délégué de l’Asvel. Un projet commun gagnant-gagnant a alors été mis en place. C’est une tête bien faite, un jeune brillant intellectuellement et sportivement. »

Théo Maledon a porté les Bleuets jusqu'en finale du Mondial U17, en juillet 2018 en Argentine, avant de s'incliner face aux Etats-Unis.
Théo Maledon a porté les Bleuets jusqu'en finale du Mondial U17, en juillet 2018 en Argentine, avant de s'incliner face aux Etats-Unis. - Javier Escobar/SIPA

Une dernière saison « un peu galère mais précieuse » à l’Asvel

Après trois saisons à Villeurbanne, Théo Maledon fait déjà parler de lui outre-Atlantique, à l’image de son bluffant premier match de présaison, le 12 décembre contre les Spurs (20 points en 29 minutes). « Théo a toujours eu un QI basket au-dessus de la moyenne, indique Joseph Gomis, adjoint à l’Asvel. Je suis content qu’il puisse déjà montrer l’étendue de son talent. » Unanimement décrit dans les travées de l’Astroballe comme « un joueur très mature », le jeune meneur était même attendu au sein du Top 10 de la draft au vu de son épatante saison 2018-2019.

Mais entre une blessure à l’épaule, les choix de Zvezdan Mitrovic et la coupure prématurée de l’Euroligue et de la Jeep Elite en raison du Covid-19, il s’est retrouvé éloigné des projecteurs en 2019-2020 « Cette dernière année durant laquelle il n’a pas pu jouer à son niveau lui a fait mal, reconnaît Joseph Gomis. Il lui a fallu prendre du recul et bien analyser tout ça. Mais même s’il a moins eu d’opportunités pour jouer, il s’est toujours battu. » Cette saison « un peu galère mais précieuse », dixit Gaëtan Muller, n’était pas forcément le premier gros écueil dans l’ascension de cet élégant arrière. Livio Jean-Charles, son ancien coéquipier à Villeurbanne (de 2017 à 2019), se souvient de ses premiers pas au haut niveau :

Lors de sa première année à l’Asvel, il flirtait avec le groupe pro sans vraiment avoir sa chance [neuf apparitions], et ce n’était pas facile à vivre pour lui. Là, c’était une saison compliquée mais on voit que tout se goupille bien pour lui aujourd’hui. Malgré son jeune âge, il a déjà prouvé pas mal de choses, et on voit qu’il sait être agressif et un peu moins altruiste en découvrant la NBA. Je ne veux pas lui porter la guigne mais je pense qu’il est prêt, car il s’est en plus épaissi physiquement en bossant dur pendant les deux confinements. »

« Un vrai rôle dès cette saison » au Thunder ?

Finalement drafté au deuxième tour le 18 novembre, en tant que 34e choix, très loin de son compatriote Killian Hayes (7e), Théo Maledon obtient tout de même un contrat de quatre ans garanti (de 6,4 millions d’euros) auprès du Thunder, ce qui permet à l’Asvel de toucher 600.000 euros d’indemnité de transfert.

Avec l'Asvel, Théo Maledon a notamment pu découvrir l'Euroligue la saison passée, comme ici face au prestigieux Barça en décembre 2019.
Avec l'Asvel, Théo Maledon a notamment pu découvrir l'Euroligue la saison passée, comme ici face au prestigieux Barça en décembre 2019. - ESPA Photo Agency/CSM/REX/SIPA

« Le plus important pour lui, c’est d’être tombé dans une équipe qui croit en lui tout de suite pour la NBA, car ce n’était pas une option pour Théo d’être drafté mais de retourner jouer un peu en Europe, évoque Joseph Gomis. Je le vois progresser et avoir un vrai rôle dès cette saison dans une franchise d’OKC en reconstruction. » Théo Maledon pourrait donc être dès 2021 l’inattendu Frenchie qui compte aux Etats-Unis. « Il est en train de montrer ce qu’il a dans les pattes, sourit Gaëtan Muller. Il faut qu’il reste lui-même et il saura faire jouer les autres et être reconnu pour son talent. »

Après Théo Maledon, Matthew Strazel comme révélation à l’Asvel ?

Ce talent résistera-t-il à une NBA parfois impitoyable, notamment pour un Frank Ntilikina (22 ans), qui est clairement en échec depuis 2017 aux New York Knicks, malgré un 8e choix de draft. « Je pense que Théo est plus tourné vers l’attaque que Frank, et le jeu américain va lui convenir, tempère Joseph Gomis. Il répond à tous les critères pour réussir là-bas. Théo est un peu unique dans sa façon de jouer, en étant généreux et avec une belle vision. » Sa première passe décisive officielle outre-Atlantique, le 26 décembre à Charlotte, est d’ailleurs un modèle du genre.

Les rapides coups d’éclat du rookie français en NBA pourraient être très bénéfiques à l’image de l’Asvel de Tony Parker. « Ça vient valider notre stratégie de devenir l’un des plus grands clubs d’Europe au niveau de l’académie, confie Gaëtan Muller. La réussite de Théo a obligatoirement un impact sur notre formation. D’ailleurs, la saison passée, beaucoup d’observateurs venaient voir jouer Théo et découvraient au passage Matthew Strazel [18 ans]. » L’Asvel va-t-elle à nouveau suivre de très près la draft NBA cette année ?