Coronavirus : Comment les 17.000 traileurs privés de la SaintéLyon ont-ils fait face à cette saison si frustrante ?

TRAIL L’UTMB, la Diagonale des Fous ou encore la SaintéLyon samedi sont autant de courses mythiques qui ont dû annuler leur édition 2020 en raison de l'épidémie de Covid-19

Jérémy Laugier

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17.000 concurrents auraient dû prendre part à la 67e édition de la SaintéLyon samedi.
17.000 concurrents auraient dû prendre part à la 67e édition de la SaintéLyon samedi. — Gilles Reboisson
  • Le monde du trail a vécu une saison 2020 quasiment blanche à cause de la crise sanitaire du Covid-19.
  • Alors que la SaintéLyon aurait dû rassembler 17.000 coureurs, samedi et dimanche, 20 Minutes se penche sur le moral de cette « famille du trail ».
  • Plus que l’adrénaline de la compétition, la plupart des traileurs sont portés par leur besoin de s’évader dans la nature, même sans dossard sur le dos.

L’annonce de températures négatives, dans la nuit de samedi à dimanche, devrait normalement faire trembler les 17.000 participants annuels de la SaintéLyon. Mais face au contexte sanitaire, la célèbre course de trail nocturne a dû annuler sa 67e édition, une première dans son histoire. Un crève-cœur de plus pour les amateurs d’outdoor, au bout d’une saison 2020 quasiment blanche. 9e l’an passé sur le 76 km, Yoann Stuck rappelle l’importance de l’épreuve : « Quand tu habites à Lyon, tu es obligé de la faire. Il y a toute une histoire derrière la doyenne et j’étais encore à fond dessus avant son annulation. J’avais coupé mes entraînements début octobre afin de me régénérer et d’être frais pour cette SaintéLyon ».

Comme tant d’autres traileurs, Yoann Stuck va devoir prendre son mal en patience, même s’il compte la parcourir, au début de l’année 2021, avec un petit groupe de passionnés. Et ce dans un format off qui a été la grande tendance du trail en cette saison marquée par le coronavirus. Classé 4e pour sa première participation à l’épreuve reine de 76 km en 2019, le Lyonnais Baptiste Chassagne (27 ans) est tout aussi déçu de ne pas pouvoir batailler dans des sentiers boueux samedi. « Je structure ma saison en fonction de la SaintéLyon, c’est la première date que je coche », annonce-t-il même.

« La dernière grosse course de l’année en France »

Le troisième du dernier championnat de France de trail a profité de cette année tronquée pour changer ses habitudes, en passant de 10 à 15 heures d’entraînement par semaine en moyenne. « J’ai pu partir sur des charges de travail plus grandes que sur une saison normale, dans laquelle il faut garder de la fraîcheur avant une grande course », précise Baptiste Chassagne.

Alexandre Boucheix, alias Casquette verte sur les réseaux sociaux, avait prévu de se refaire… la LyonSaintéLyon, à savoir un terrifiant aller-retour de 154 km (anciennement « la 180 »), après avoir remporté la première édition de cette nouvelle formule en 2019. « La SaintéLyon est la dernière grosse course de l’année en France, rappelle le Parisien de 29 ans. C’est un peu les fêtes avant l’heure : on voit la famille des coureurs avant de retrouver sa propre famille. »

« De nombreux ascenseurs émotionnels »

Programmée hyper intense avec 16 courses prévues, majoritairement des ultras (au-dessus de 80 km), sa saison 2020 a été réduite à seulement deux épreuves maintenues car programmées avant le premier confinement., C’est pourquoi Alexandre Boucheix a passé le plus clair de son temps entre des milliers de tours de son « mini-jardin », un tapis de course et le bois de Vincennes situé à côté de son domicile.

La Lyonnaise Marion Delespierre, 2e lors de l’emblématique Diagonale des Fous (165 km) à La Réunion en octobre 2019, retient surtout de cette saison « tellement de déceptions avec les nombreux ascenseurs émotionnels » provoqués par les annulations d’épreuves à la chaîne. Entre l’absence de courses longues durant quasiment toute la saison et une vie professionnelle bien chargée en tant que médecin du sport, la traileuse de 33 ans a revu ses objectifs de préparation.

Avant une saison 2020 quasiment blanche, Marion Delespierre avait obtenu la deuxième place lors de la redoutable Diagonale des Fous, en octobre 2019 à La Réunion.
Avant une saison 2020 quasiment blanche, Marion Delespierre avait obtenu la deuxième place lors de la redoutable Diagonale des Fous, en octobre 2019 à La Réunion. - Franck Oddoux

« Le plaisir de m’évader est resté là toute l’année »

« Plutôt que de me lancer sur des sorties de trois heures le week-end, ou à la frontale le soir, je me suis concentrée sur des séances qualitatives d’une heure, explique-t-elle. J’ai pu constater que le plaisir de m’évader restait là toute l’année. Je cours d’abord pour me faire du bien et pas pour la compétition. »

Un sentiment partagé par la plupart des traileurs de haut niveau français, à commencer par Cédric Fleureton, vainqueur des 76 km de la SaintéLyon 2019 en moins de 6 heures. Son défi XXL de boucler dix des plus fameuses épreuves d’ultra-endurance en 2020 a été ruiné par le Covid-19. Il a seulement pu prendre part à la Grande traversée du Jura en mars (ski de fond) puis l’Altriman en juillet (triathlon) dans les Pyrénées.

« Un retour aux origines de notre sport »

A 47 ans, il se veut philosophe : « J’ai écumé pas mal de courses dans ma vie et la compétition n’est pas une finalité pour moi. J’en ai profité pour faire du paddle, de l’aviron… Il faut toujours positiver ». Un credo partagé par Yoann Stuck.

Yoann Stuck a parfois eu le temps long durant cette étrange saison de trail en 2020.
Yoann Stuck a parfois eu le temps long durant cette étrange saison de trail en 2020. - Delphine2lyon

« Entre le home trainer et les entraînements redondants autour de chez moi, c’est comme si mon année 2020 avait duré deux ans, confie-t-il. Ne pas pouvoir se projeter sur des objectifs, même sur le début d’année 2021, c’est forcément blasant. Mais quelque part, ce virus nous a poussés à revenir aux origines de notre sport, à être encore plus liés à la nature, bien au-delà du côté business des courses. » Born to be wild.