« Est-ce humain de se faire mal comme ça ? »… Epuisé, Xavier Thévenard ne décroche pas le record du GR20 en Corse

ULTRA-TRAIL Le coureur jurassien, triple vainqueur de l’UTMB, a bouclé ce mardi les 180 km et 14.000 m de dénivelé positif en 32h32, à 1h26 du record réalisé par François D’Haene en 2016

Jérémy Laugier

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Xavier Thévenard, ce mardi lors de son arrivée à Conca après 32h32 passées sur le redoutable GR20 corse. Pascal POCHARD-CASABIANCA / AFP)
Xavier Thévenard, ce mardi lors de son arrivée à Conca après 32h32 passées sur le redoutable GR20 corse. Pascal POCHARD-CASABIANCA / AFP) — AFP
  • Tout comme Kilian Jornet et François D’Haene, Xavier Thévenard compte notamment trois sacres sur l’Ultra-Trail du Mont-Blanc (2013, 2015 et 2018).
  • L’ultra-traileur jurassien de 32 ans s’est lancé lundi matin à 4h dans un énorme défi : conquérir le record de la traversée du GR20 en Corse en moins de 31h06, la marque référence de François d’Haene depuis juin 2016.
  • Souffrant de la chaleur et d’ampoules, Xavier Thévenard a rejoint Conca avec 1h26 de retard, ce mardi midi.

L’étouffante chaleur corse a fait fondre les 40 minutes d’avance de Xavier Thévenard. Bien lancé, à mi-parcours lundi après-midi, pour décrocher le prestigieux record de la traversée du GR 20 (180 km et 14.000 m de dénivelé positif), l'utra-traileur jurassien s’est ensuite effondré, pour conclure ce défi extrême en 32h32, ce mardi midi. Il s’agit de la troisième meilleure performance réalisée sur ce monstrueux parcours, derrière François D’Haene (31h06 en 2016) et le coureur corse Guillaume Peretti (32 h en 2014).

Xavier Thévenard, qui a été accompagné par une trentaine de pacers tout au long de son aventure, devance notamment l’icône du trail Kilian Jornet (32h54 en 2009), ce qui en dit long sur sa performance. Lancé de Calenzana dans une infernale course contre la montre depuis 4 h lundi matin, le triple vainqueur de l'Ultra-Trail du Mont-Blanc a tour à tour souffert de coups de chaud, d’une nuit complexe et de nombreuses ampoules aux pieds. Exténué à son arrivée au courage, mardi à Conca, il s’est laissé gagner par l’émotion lors de sa première réaction auprès de Corse Matin.

« Le soutien indispensable de la communauté corse »

« C’est un truc de barjot, s’exclame l’athlète de 32 ans. Je ne sais pas si c’est le parcours qui est barjot ou si c’est notre sport qui est complètement fou. » Les deux mon capitaine ? Confronté pour la première fois dans sa carrière à un effort de plus de 30 heures, le coureur du Team Asics a dû repousser ses limites comme jamais pour boucler les 180 km.

« J’en ai chié, les 15 derniers kilomètres étaient un chemin de croix pour moi. Jamais je ne referai ce sentier, ça c’est sûr. Je ne sais pas si c’est humain de se faire mal comme ça », se questionne-t-il même. Son manager Thomas Michaud livre son ressenti à 20 Minutes.

Hier soir (lundi), je n’étais pas rassuré de le laisser continuer pour la nuit car je le voyais bien déboîté après son coup de chaud. Ce qui m’inquiétait le plus, c’est qu’il n’était plus lucide. Il ne se rendait pas compte qu’il avait perdu beaucoup de son avance sur François et qu’il n’avançait plus. Mais je l'ai trouvé bien mieux ce matin. Et puis Xavier a une mémoire de poisson rouge, il oublie à chaque fois à quel point il s’est fait mal sur la grosse échéance précédente. Il y a un peu de masochisme en lui car il y retourne toujours. »

« Le chrono, on s’en fout un peu »

Dès son arrivée, Xavier Thévenard a tenu à saluer « le soutien indispensable de la communauté corse ». Car il n’a aucun mal à nous convaincre que l’essentiel ne se trouve pas dans ces 86 minutes de retard sur la performance référence de François D’Haene. « A aucun moment il n'est arrivé en Corse en se disant qu’il allait exploser le record de François. Il a tout donné et il n’y a pas de regret à avoir », estime Thomas Michaud. « Très franchement, le chrono, on s’en fout un peu, assure l’intéressé. C’est un truc en plus mais ça n’est pas ça qui compte. C’est une aventure unique et j’en garderai quand même de super souvenirs jusqu’à la fin de mes jours. Il n’y a pas de mots pour décrire les émotions que ça peut procurer. »

Un constat qui fait écho aux encouragements remplis de fair-play adressés dimanche par François D'Haene : « Ce que je te souhaite le plus, c’est d’aller au bout du chemin et de vous éclater avec tous tes potes. Car après quelques années, c’est ce qui restera gravé en toi, bien plus qu’un chrono. » Ce mardi, cela semble déjà être le cas.