Un ultra-trail « hors du temps » et « inhumain »… David Briand s'aventure sur une course de 320 km dans un tunnel

PORTRAIT Le traileur lyonnais de 43 ans, « miraculé » d’un très grave accident de la route en octobre 2018, s’est préparé pour un défi fou : devenir vendredi le deuxième « finisher » du Tunnel Ultra de Bath

Jérémy Laugier

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David Briand a notamment préparé son incroyable défi en enchaînant les longues distances dans le tube modes doux de la Croix-Rousse à Lyon.
David Briand a notamment préparé son incroyable défi en enchaînant les longues distances dans le tube modes doux de la Croix-Rousse à Lyon. — Jérémy Laugier/20 Minutes
  • A 43 ans, David Briand a déjà accompli de nombreux défis extrêmes, comme nager durant 48 heures non-stop à la piscine de L’Arbresle (Rhône) il y a trois ans.
  • Le traileur lyonnais a depuis été victime d’une compression de la moelle épinière et s'est fracturé trois vertèbres cervicales après un accident de la route, en octobre 2018.
  • 16 mois plus tard, le voici en lice vendredi (15h30) pour tenter d’aller au bout d’une des courses les plus dures du monde à Bath (Angleterre), avec 320 km à parcourir en moins de 55 heures dans un tunnel.

On croyait tous les ultra-traileurs portés dans leurs défis par leur amour de la montagne et des grands espaces. Mais ça, c’était avant de rencontrer le Lyonnais David Briand. « Lui, il est complètement taré, sourit son ami Yoann Stuck, qui a pu s’entraîner avec lui dans les Monts d’Or. Ses performances sont presque plus mentales que sportives. On parle d’un gars qui adore nager à contre-courant dans une rivière pendant deux heures. »

Mais aussi d’un coureur faisant partie de la trentaine de dingos sélectionnés par l’organisation du Tunnel Ultra à Bath (Angleterre). A 15h30 vendredi, David Briand tentera ainsi de parcourir 200 miles, soit 321 km, uniquement dans un tunnel de 1,6 km de long, le tout en maximum 55 heures. Une épreuve considérée dès sa première édition l’an passé, comme la possible course la plus dure du monde (un seul finisher en 2019), au même titre que la Barkley aux Etats-Unis ou la Chartreuse Terminorum pour sa déclinaison iséroise.

« Pour que je craque mentalement, il faut y aller… »

Même Stephen King n’avait pas songé à un cadre aussi flippant, pour son Marche ou crève, que ce lugubre tunnel transformé en ballet de lampes frontales. Depuis cinq mois, David Briand a donc enchaîné quatre grosses sessions de 42, 50, 100 et 126 km dans le tube modes doux de la Croix-Rousse à Lyon, qui fait quasiment la même longueur que celui de Bath.

« Au bout de 16 heures de course, j’ai craqué dans la tronche durant les 20 dernières bornes. J’ai vraiment compris à quel point ce challenge était plus dur qu’un ultra-trail : c’est monotone, nul et inhumain. Mais pour que je craque mentalement, il faut y aller… », résume l’intéressé, sponsorisé depuis huit ans. Habitué aux courses de 24 heures, mais aussi finisher du Marathon des Sables (240 km au Maroc) en 2012, et de deux courses de 600 km en six jours au circuit du Luc (Var) en 2013 et à Pantano (Italie) en 2014, cet ancien triathlète, une passion née à l’adolescence, n’en est pas à son premier défi extrême.

Entre obscurité totale, musique stridente et interdiction de dormir

« J’ai senti que j’étais fait pour ces disciplines, où il faut surtout tenir dans la tête, avec moins d’entraînement spécifique nécessaire que pour préparer un marathon, indique-t-il. Là, quand j’ai vu un reportage sur cette course en Angleterre, je me suis directement dit "quelle course de débiles, elle est pour moi, celle-là". » Seul Français ayant participé en mars 2019 à ce premier Tunnel Ultra, et nettement en tête durant plus de 200 km avant d’abandonner, Guillaume Arthus décrit l’enfer de Bath.

L’objectif, c’est d’aller se faire mal. Même en pleine journée, on est dans l’obscurité totale, il y a une musique stridente en fond qui fait partie du tunnel, il est interdit de dormir et d’avoir une assistance. C’est une expérience bizarre mais unique, un monde à part, hors du temps. Tu as intérêt d’être bien dans ta tête en arrivant car on est à la limite de ce que le corps humain peut supporter. Le mien s’est complètement arrêté après 27 heures de course, j’ai pris froid et j’ai mal géré mon alimentation. Je voyais même des visages sur les murs. »

4.200 longueurs en crawl enchaînées en deux jours

Jusque-là, le pari le plus fou de David Briand avait eu lieu en juin 2017, avec 48 heures de nage non-stop à la piscine de L’Arbresle (Rhône). 4.200 longueurs en crawl et 105 km parcourus plus tard, il n’avait pas cherché à officialiser un possible record du monde. « Je ne réalise des défis que pour moi, insiste-t-il. Je recherche l’au-delà mentalement, j’aime aller où les autres ne vont pas. Sur les 48 heures de nage, j’ai parfois eu des hallucinations en voyant des vers de terre dans l’eau. Mais me prendre dix minutes de sieste de temps en temps me suffisait. J’avais l’impression de tenter un truc de barge, mais une fois lancé, je deviens un robot. Je n’arrive pas à trouver mes limites, et je sais que j’aurais pu nager bien plus ce jour-là. »

Tout aurait pu basculer le 2 octobre 2018 pour ce formateur dans le laboratoire Gifrer Barbezat à Décines (Rhône). Ce jour-là, il s’endort au volant au petit matin après avoir bouclé un entraînement de trail nocturne de 70 km autour du lac du Bourget (Savoie) aux côtés de son ami triathlète Cyril Blanchard, recordman de l’Enduroman. « Après plusieurs tonneaux à 130 km/h, c’était un miracle de s’en sortir vivants, et plus encore non paralysés à vie », confie David Briand, victime dans le choc d’une compression de la moelle épinière et de fractures de trois vertèbres.

Près d’un an d’avance sur les recommandations des médecins

Opéré le jour même, avec des plaques et vis posées dans le cou, l’athlète de 43 ans a dû vivre pendant trois mois avec un corset. « Quand on m’a annoncé que je risquais d’être tétraplégique, j’ai immédiatement dit à mes parents que ça n’était pas si grave, que je ferais tout pour aller aux championnats du monde handisport. » Les médecins lui révèlent plus tard qu’il pourrait reprendre la course à pied en janvier 2020. Mais deux mois après son opération, le Lyonnais avait déjà marché 20 km au Mont Verdun malgré son corset et la neige. Puis dès mai 2019, lors des 24 heures de l'Insa à Villeurbanne, il a couru 140 km...

David Briand, ici lors d'un entraînement fin février dans le tube modes doux de la Croix-Rousse à Lyon.
David Briand, ici lors d'un entraînement fin février dans le tube modes doux de la Croix-Rousse à Lyon. - Jérémy Laugier/20 Minutes

« L’accident a laissé des traces : comme j’ai encore mes plaques et mes vis, je redoute trop une chute pour m’inscrire sur un trail en montagne. Mais en même temps, il a reboosté mon goût des défis extrêmes. » Si bien que pour préparer l’Ultra Tunnel, David Briand n’a rien trouvé de mieux que de réussir un nouveau défi samedi dernier au championnat de France de nage en eau glacée, dans un lac de montagne à Samoëns (Haute-Savoie). 

Une course dans une eau à 4 °C pour préparer le défi de Bath

« C’est une épreuve qui attire les givrés, sourit David Briand. Je me suis inscrit sur le 50 m afin de ne pas tomber en hypothermie, puisque les combinaisons sont évidemment interdites dans cette eau à 4°C. » On en revient au chambrage de Yoann Stuck concernant les sessions aquatiques improbables du gaillard.

« Depuis cinq ans, mes entraînements dans la rivière de l’Ain, à Priay, me servent beaucoup pour le mental. Quand on arrive à lutter en faisant deux heures de nage sur place, avec des pêcheurs qui hallucinent à côté, on est capables de pas mal de choses. » Y compris de voir le bout du plus redoutable tunnel britannique.