« Personne ne voulait d’une course au rabais »… Pourquoi l’Ultra-Trail du Mont-Blanc est-il finalement annulé ?

COURSE A PIED L'organisation de la course d'ultra-trail la plus célèbre de France, à Chamonix, a annoncé ce mercredi l'annulation de son édition d'août 2020

Jérémy Laugier

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Un coureur participant ici à l'édition 2018 de l'UTMB.
Un coureur participant ici à l'édition 2018 de l'UTMB. — Laurent Cipriani/AP/SIPA
  • L’Ultra-Trail du Mont-Blanc, qui attire chaque année plus de 10.000 coureurs venus du monde entier, a décidé ce mercredi de reporter sa 18e édition à août 2021.
  • Si la décision d’annuler l’épreuve en 2020 est comprise par les traileurs, ceux-ci pointent du doigt le remboursement de seulement 55 % des frais d’inscription.

Marathon du Mont-Blanc, 6000D, UT4M, Montagn'hard et tant d’autres courses estivales majeures de trail ont été annulées ces dernières semaines en raison de la crise sanitaire causée par le  Covid-19. Tous les regards étaient donc braqués ce mercredi sur l'Ultra-Trail du Mont-Blanc, la référence de la discipline en France, qui s’était donné un mois pour trancher le sort de sa 18e édition. Plus de 10.000 coureurs de 111 nationalités, ainsi que 2.300 bénévoles s’étaient inscrits depuis de longs mois pour l’une des sept épreuves proposées autour de Chamonix (Haute-Savoie), du 24 au 31 août.

Avec en point d’orgue l’UTMB et ses 171 km (10.000 m de dénivelé positif entre France, Suisse et Italie) ayant notamment sacré à trois reprises Kilian Jornet, François D'Haene et Xavier Thévenard, trois icônes de l’ultra-trail. L’organisation a finalement tenu à prendre la décision « la plus responsable pour préserver la santé et la sécurité de tous les participants », en annulant à son tour toute son édition 2020.

« Renoncer, c’est faire preuve de courage »

« En montagne, nous sommes habitués à la notion de risque et d’engagement, explique Catherine Poletti, fondatrice de l’UTMB. Quand les conditions ne sont pas réunies, il est plus raisonnable de faire marche arrière et de rentrer à la maison. La prise de risque fait partie de notre culture, le renoncement aussi. Renoncer, c’est faire preuve de courage. » Ce dénouement n’a pas vraiment surpris les coureurs, à l’arrêt forcé depuis le début de la saison.

« Je m’en doutais forcément mais c’est toujours difficile de voir une si grosse échéance s’envoler », explique le traileur lyonnais Yoann Stuck, qui était engagé sur la CCC (101 km). Après avoir parcouru 2.500 km par mois sur son home trainer durant le confinement, celui-ci espère pouvoir retrouver la compétition au Marathon des Sables (Maroc), reporté en septembre, et il ne regrette pas le choix des organisateurs de l’UTMB.

« Dans ces conditions, l’UTMB ne serait pas cette course pleine et entière »

« Personne parmi les coureurs ne voulait d’une course au rabais », confie-t-il. « La raison sanitaire l’emporte et cette décision est parfaitement sage, confirme Guillaume Arthus, inscrit sur l’UTMB. Je redoutais une édition tronquée comme en 2010 et en 2012 où les coureurs n’avaient pas pu faire le tour du Mont-Blanc pour des raisons météo. »

« Nous avons bien sûr envisagé un événement adapté aux consignes sanitaires, avec des départs par vagues, des jauges extrêmes réduites et le respect de distanciations physiques sur les ravitaillements, évoque à ce sujet Michel Poletti, fondateur de l’épreuve. Dans ces conditions, l’UTMB ne serait pas cette course pleine et entière que nous connaissons et surtout celle que chaque participant souhaite pouvoir vivre. » Les modalités d’annulation font par contre jaser, puisque les coureurs ne bénéficieront que d’un remboursement à hauteur de 55 % des frais d’inscription. A savoir par exemple que les participants à l’épreuve reine ne récupéreront que 154 euros des 280 euros investis.

« Pour une épreuve se présentant comme le sommet mondial du trail… »

« Je trouve que ce remboursement est inadmissible, pointe Yoann Stuck. Une course comme la 6000D se débrouille pour reverser l’intégralité des frais d’inscription et je ne crois pas que l’UTMB soit la plus à plaindre financièrement. Pour une épreuve se présentant comme le sommet mondial du trail, ça la fout mal. » Guillaume Arthus est tout aussi remonté : « Hormis aux Etats-Unis, toutes les courses vont soit redonner un dossard gratuit pour l’année suivante, soit rembourser totalement ou au pire à hauteur de 80 % les frais d’inscription. Alors quand on connaît les moyens monstrueux de cette organisation, ça m’interpelle… »

Tout en garantissant à chaque coureur inscrit une place réservée sur la même course soit en 2021, 2022 ou 2023, l’UTMB reste flou pour se justifier sur ce remboursement, ce mercredi dans son communiqué : « L’annulation de l’événement est un réel risque financier pour l’organisation qui a déjà engagé de nombreuses dépenses dans différents secteurs ». Son image pourrait-elle en pâtir d’ici le 23 août 2021 ?