Haute-Savoie: Un Lyonnais conclut les 100 km de la Montagn'hard en plus de 33 heures!

TRAIL A 26 ans, Sébastien B. est allé au bout de lui-même pour finir ce dimanche en dernière position la si exigeante course aux 8.800 mètres de dénivelé. Il confie son aventure de l’extrême à « 20 Minutes »…

Propos recueillis par Jérémy Laugier
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Sébastien B. (à gauche) a passé la ligne d'arrivée de la Montagn'hard en dernière position dimanche, après plus de 33h d'effort.
Sébastien B. (à gauche) a passé la ligne d'arrivée de la Montagn'hard en dernière position dimanche, après plus de 33h d'effort. — Montagn'hard

Sébastien B. s’est élancé samedi à 5 h du matin de Saint-Nicolas-de Véroce pour la 7e édition de la Montagn’hard. Cet ingénieur en informatique lyonnais de 26 ans (1,70 m et 65 kg) y est revenu à 14 h 20… dimanche ! Et ce après 100 km et près de 9.000 m de dénivelé d’une épreuve de trail extrême en Haute-Savoie, conclue en tant que dernier arrivé (54 abandons sur 171 engagés), avec 33 heures de course. Sous une chaleur terrible, cet amateur du site Kikourou a pu compter sur son mental hors pair et sur sa Chartreuse. Il a raconté sa folle aventure lundi à 20 Minutes.

Comment êtes-vous entré dans ce monde si exigeant du trail ?

En fait, j’étais sportif à l’adolescence avant de faire une grosse pause. Il y a encore deux ans, je buvais chaque soir plus d’un litre de bière belge à huit degrés tout en fumant des clopes. Ça ne pouvait plus durer comme ça. J’avais rangé toutes mes activités au placard. Un collègue m’a alors proposé de participer à la Frappadingue. Je n’avais vraiment aucune attirance pour la course à pied que je trouvais exigeante et chiante. Mais cette course à obstacles (12 km) m’a bien plu. Puis le déclic est arrivé à Faverges (Haute-Savoie) avec mon premier trail (29 km). J’avais fini avec les quadris flingués mais je m’étais régalé.

Qu’est-ce qui vous plaît particulièrement dans le trail ?

J’adore le côté technique de la plupart des parcours. J’aime plus que tout la caillasse et ce risque de se prendre une racine ou une pierre à chaque appui en descente. J’ai toujours voulu qu’il y ait de la difficulté, qu’il s’agisse d’obstacles ou de montagne.

Comment êtes-vous parvenu, en seulement un an, à finir une course aussi extrême que la Montagn’hard ?

Je voulais fêter l’anniversaire de mon premier trail, un an après jour pour jour. Je suis un peu un extra-terrestre de me lancer là-dessus aussi vite. Je sais que ça peut être vu comme de l’inconscience. Mais j’ai quand même fait la SaintéLyon dans sa version 44 km, le Ventoux (41 km et 2.000 m de dénivelé) et des sorties seul quasiment tous les week-ends en montagne, avec 65.000 m de dénivelé cumulés depuis janvier.

Tenez-vous à partir seul ?

Non, mais quand j’annonce à mes collègues la distance de mes sorties (environ 80 km) et le dénivelé, ça leur fait un peu peur. Et lorsqu’ils se rendent compte que je pars juste avec une carte, un paquet de biscuits et que j’ai souvent de la neige jusqu’aux genoux la nuit comme dans le massif de la Chartreuse, il n’y a plus personne (sourire) !

Ravi d'avoir conclu la course la plus longue de sa vie, le Lyonnais de 26 ans va retourner en montagne dès la semaine prochaine. - Montagn'hard

Les conditions étaient un peu différentes samedi et dimanche en Haute-Savoie pour cette Montagn'hard...

A mon départ à 5 h, il faisait déjà plus de 20 degrés. Cette chaleur a énormément fatigué les organismes. J’ai bu entre 20 et 30 litres d’eau durant l’épreuve. Beaucoup de coureurs ont eu besoin de perfusions. Personnellement, je suis en plus du genre à marcher en tee-shirt la nuit, donc c’était dur de lutter.

Pensiez-vous vraiment mettre plus de 33 heures pour arriver au but ?

Je me fous du chrono et de la vitesse. Je tenais juste à finir sous la barrière horaire. Je vois le trail comme un sport nature et j’aime m’arrêter pour prendre des photos des montagnes. De manière générale, beaucoup de coureurs rendent cette discipline normée et je tiens à y mettre un peu de déconnade. J’ai commencé la course samedi en mangeant du fromage, je me suis baigné dans l’abreuvoir de Tré-la-Tête et je me suis offert quatre gorgées de ma flasque de Chartreuse.

Malgré ce remontant, n’avez-vous jamais pensé à abandonner ?

Pas vraiment, ma seule réflexion était de savoir si je voulais lutter jusqu’au bout contre les barrières horaires qui auraient pu m’éliminer. J’ai tout de même mis 5 h 40 pour parcourir les 11 km avant le Bolchu. J’ai dû dormir pendant une heure dans les bois, dans ma couverture de survie. Mais le mot abandonner n’existe pas dans mon lexique. Sur une telle course, cela se joue au mental, dans la faculté à mettre un pied devant l’autre. Il faut en ch… pour apprécier au final.

Serez-vous prêt à retourner à votre travail (ingénieur en informatique) dès mardi ?

Oui, mes soucis ne sont que musculaires. A la gare ce lundi, je n’ai même pas pris l’escalator (sourire). Je suis tout joyeux d’en avoir pris plein la tronche et je serai vite prêt à recommencer. D’ailleurs, la semaine prochaine, je vais être en vacances et ça va envoyer du lourd. Je compte partir en Vanoise avec un sac de couchage et un piolet.