Déconfinement : « Plus stressé par la météo que par le Covid-19 »… Comment le monde du trail prépare-t-il sa reprise ?

OUTDOOR Si l’Ultra-Trail du Mont-Blanc (UTMB) a choisi d’annuler son édition 2020, la plupart des autres courses de trail sont maintenues à partir du 1er août, avec des adaptations forcées

Jérémy Laugier

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Le Méribel Trail a choisi de maintenir son édition 2020, les 8 et 9 août.
Le Méribel Trail a choisi de maintenir son édition 2020, les 8 et 9 août. — Sylvain Aymoz / Méribel Tourisme
  • La France attaque ce lundi la phase 3 de son déconfinement mais les amateurs de sports d’extérieur ne peuvent toujours pas reprendre la compétition.
  • Les courses de trail prévues jusqu’au 31 juillet ont par exemple toutes dû annuler leur édition 2020, tout comme l’UTMB (du 24 au 31 août) qui n'a pas voulu se priver de ses têtes d’affiche étrangères et de parcours complets.
  • Les organisateurs des principales courses de trail prévues à partir du 1er août en Savoie et Haute-Savoie expliquent à 20 Minutes comment elles prévoient ce début de saison, décalé de cinq mois en raison de la crise sanitaire du coronavirus.

Le 14 juin, 34 « ultra fondus » se sont élancés de Saint-Malo à la conquête de l’improbable Mil’Kil, avec ses 1.000 kilomètres à parcourir non-stop jusqu’à Sète. Le  déconfinement a beau entrer dans sa phase 3 ce lundi, ces coureurs font toujours figure d’irréductibles en France depuis le début de la pandémie de coronavirus, et ce jusqu’au 31 juillet. Suivant les consignes gouvernementales, la Fédération française d’athlétisme (FFA) a communiqué aux organisateurs l’interdiction de maintenir tout événement de trail programmé avant le mois d’août.

Hormis la Mil’Kil ou de rares défis déclinés en off comme l’Ultra-Trail du Haut-Giffre (Haute-Savoie) le week-end dernier, les passionnés de courses en pleine nature doivent prendre leur mal en patience. Mais comment cette reprise se prépare-t-elle dans le monde du trail, alors que même sa vitrine médiatique, l’UTMB (plus de 10.000 coureurs attendus à Chamonix du 24 au 31 août), a dû se résoudre à annuler son édition 2020 ?

La baisse du nombre de participants « permet de rassurer les coureurs »

« Le bon sens nous a poussés à sensiblement réduire notre nombre de participants (de 1.100 à 700). Cela permet de rassurer les coureurs et on sent un grand engouement dans les inscriptions. Vu le flou actuel, on ne sait pas s’ils pourront venir mais on a des inscrits venant d’Italie et même de Hong Kong », indique Hervé Franchino, organisateur du Hoka One One XTrail. Organisée le 2 août à Courchevel (Savoie), cette course comptant quatre épreuves (11, 21, 33 et 50 km) affiche déjà complet sur son épreuve longue, limitée à 200 inscrits.

Avec son équipe, Hervé Franchino s’active depuis plusieurs semaines sur le respect des règles de distanciation sociale. Les masques seront ainsi obligatoires pour retirer les dossards la veille de la course, et les coureurs devront couvrir nez et bouche sur la ligne de départ, avec le tour de cou offert par l’organisation, avant évidemment de l'enlever.

« Eviter que les coureurs piochent des cacahuètes dans les assiettes »

« Comme on veut évidemment éviter qu’ils piochent des cacahuètes dans les assiettes avec des gouttes de sueur tombant de partout, les coureurs vont devoir être davantage en autonomie », prévient-il. Les ravitaillements sont annulés sur les courses de 11 et 21 km et ils se résumeront à une distribution de poches d’eau pour les plus longues distances.

De son côté, le Trail EDF Cenis Tour (1er et 2 août) va opter pour « des assiettes de nourriture individualisées sur les ravitaillements, comme si on était au self ». « Dans ces conditions sanitaires où on recherche la distanciation sociale, il sera plus facile pour nous d’accueillir davantage de coureurs sur notre longue distance [80 km] », indique Annabel Lascar-Kam, directrice de cette course se déroulant en Haute Maurienne. Elle a choisi de maintenir la jauge habituelle de 1.200 coureurs et compte déjà 800 inscrits, dont « une grosse demande d’élites » sur les 80 km.

« Des visières en plexiglas pour chaque bénévole »

Organisateur du Méribel Trail (Savoie) les 8 et 9 août, Eric Baudin va notamment miser sur « des plages horaires beaucoup plus espacées » entre les sept épreuves proposées (du 500 m pour les enfants au 50 km), afin de respecter au mieux les mesures sanitaires. Il prévoit aussi « des visières en plexiglas pour tous les bénévoles », souvent âgés, s’occupant de la remise des dossards et des ravitaillements.

Si le Méribel Trail n’a pas choisi de limiter son nombre de participants (environ un millier de personnes d’habitude), celui-ci peine à décoller jusque-là, avec une centaine d’inscrits. Afin de permettre le principe de « départs échelonnés » préférables pour cette reprise particulière, les organisateurs prévoient des puces de chronométrage se déclenchant au moment où on franchit la ligne de départ.

« On va un peu essuyer les plâtres »

Autant de précautions piochées un peu partout par les organisations de courses, à plus d’un mois de la reprise. « Il n’existe malheureusement pas de protocole spécifique pour le sport outdoor, confie Annabel Lascar-Kam. On aimerait être mieux informés à ce sujet et idéalement participer à sa conception. »

En attendant, Eric Baudin résume l’attente qui entoure ce véritable lancement de la saison de trail, avec cinq mois de retard : « On va un peu essuyer les plâtres avec toutes ces grosses contraintes à respecter mais on sent un gros enthousiasme, dans toute la station, de retrouver pareil événement sportif ». « Après tout, on ne prend pas plus de risques en courant avec 1.200 personnes en Haute Maurienne qu’en allant dans un bar à Paris », estime Annabel Lascar-Kam.

« Quand on prend le départ d’un trail, c’est rare qu’on ait une grippe »

Un optimisme général conforté samedi par le maintien de l’Echapée belle, course d’ultra-trail (62, 87 et 149 km entre Isère et Savoie) très réputée qui aura lieu du 21 au 23 août. « Quand on prend le départ d’un trail, c’est rare qu’on ait une grippe ou un virus, rappelle Hervé Franchino. Honnêtement, je serai plus stressé le 2 août par d’éventuelles conditions météo difficiles que par le Covid-19. »

Deux semaines plus tard, le triathlon qu’il organise également à Courchevel est maintenu mais davantage chamboulé. L’épreuve de natation prévue au lac de Bozel (Savoie) n’est « pas du tout compatible avec la distanciation sociale » et se transforme en compétition d’aviron… sur ergomètres dans un gymnase.