Vendée Globe : Que va-t-il se passer pour Jean Le Cam au classement après le sauvetage de Kévin Escoffier ?

VOILE C'est à un jury international que va revenir la tâche de remettre de l'ordre dans le classement après le sauvetage de Kévin Escoffier par Jean Le Cam 

Aymeric Le Gall

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Jean Le Cam va bientôt pouvoir reprendre la course.
Jean Le Cam va bientôt pouvoir reprendre la course. — LOIC VENANCE / AFP
  • Pour venir en aide à Kevin Escoffier, Jean Le Cam a « sacrifié » sa course personnelle dans le Vendée Globe.
  • Mais un jury international, après de nombreux calculs, va tenter de lui rendre le temps qu'il a perdu en détournant sa route.

Après les heures d’angoisse et le soulagement, place aux calculs. Vous l’imaginez bien, le sauvetage en pleine mer de Kévin Escoffier par Jean Le Cam va avoir de lourdes conséquences sur le déroulement de la course et sur le classement final. Pour bien comprendre ce qui va se passer désormais d’un point de vue organisationnel, on a fait appel à Denis Horeau, ancien directeur du Vendée Globe de 2004 à 2016.

« Maintenant, on réfléchit en termes de phases, pose-t-il d’emblée. Il y a la phase de sauvetage, puis la phase de reprise de la course. La course s’est arrêtée momentanément pour quatre protagonistes à 14h45 hier [lundi, au moment où Escoffier a déclenché sa balise de détresse]. Elle a déjà repris pour les trois bateaux [ceux de Sébastien Simon, Boris Herrmann et Yannick Bestaven] qui se sont portés au secours de Kévin mais qui n’ont finalement pas eu besoin d’arriver sur les lieux. Mais pour Jean Le Cam, la phase de sauvetage n’est pas encore terminée, ce sera le cas uniquement quand Escoffier aura quitté son navire. »

Log book, rapport de mer et calculs prévisionnels

Mardi en fin d’après-midi, le directeur de course, Jacques Caraës, a indiqué que la frégate française Nivôse pourrait probablement venir récupérer le marin Malouin du côté des îles Kerguelen. « L’ETA (temps estimé d’arrivée) de rencontre nous porte au 7 décembre », a précisé Caraës.

« Une fois Kévin déposé ou récupéré, la course va reprendre pour Jean », reprend Denis Horeau. Sauf que le voilà totalement décroché, lui qui réalisait jusque-là une course admirable (à l’ancienne, sans foils, rappelons-le) et qui pointait à la quatrième position – juste derrière Escoffier – au moment où il a été appelé à l’aide.

Mais pas de panique, la direction de la course a évidemment tout prévu pour ce genre de situation extrême, afin de ne pas léser le ou les marins/sauveteurs. Denis Horeau, qui a consacré un chapitre entier à cette procédure extraordinaire dans son livre « Mon Vendée Globe » paru le 8 octobre dernier, tente de nous en résumer les grandes lignes.

« La direction de course, qui suit les opérations de sauvetage en collaboration avec le MRCC Cap Town [Maritime Rescue Coordination Centre], note sur un « log book » les détails du déroulement de l’opération. Tel bateau a quitté sa trajectoire à telle heure, il y avait telles conditions météo, il a pris tel cap, à telle vitesse, puis il a repris sa route à telle heure, avec telle vitesse et telle condition météo. A partir de ce log book, on va faire un « rapport de mer ». Il va être établi par la direction de course et décrire par le menu toutes les informations qui vont venir à la fois de ses propres observations de course et de celles fournies par les marins au moment de leur déroutage. »

Une prime au sauvetage pour Jean Le Cam

Et ensuite ? « A partir de ce rapport très complexe (ça touche quand même quatre bateaux, ce n’est pas rien), le jury international va se réunir et prendra les décisions qui lui semblent être les plus justes pour que la course ne soit pas faussée. En gros, ils vont se demander ce qui se serait passé s’il n’avait pas participé au sauvetage, schématise Denis Horeau. Ils vont dire « il en serait certainement là, donc on va estimer ce qu’il a perdu en fonction de ça ». A partir de là, le jury, qui sera souverain dans cette histoire, va dire « de notre point de vue il a perdu tant de temps, donc on le lui restitue » ».

Avec, à l’arrivée, une petite « prime au sauvetage » pas franchement volée. « Si le jury doit trancher entre plusieurs scénarios, il privilégiera effectivement la solution qui arrange le plus celui qui s’est dérouté pour apporter son aide, détaille l’ancien boss du Vendée Globe. Ça peut se jouer sur un classement, comme ce fut le cas en 2008-2009 [avec le sauvetage de Jean Le Cam par Vincent Riou]. L’analyse qui est faite est bienveillante, il faut qu’elle le soit, c’est normal. »

Casse-tête géant pour le jury international

Douze ans plus tôt, c’est en effet notre héros du jour qui s’était retrouvé en détresse après avoir chaviré à la suite de la perte de son bulbe de quille, alors qu’il passait le Cap Horn. A l’arrivée, le jury international, composé de cinq personnes chevronnées « impartiales et rompues à cet exercice », dixit Horeau, avait décidé d’attribuer la 3e place (ex æquo) à Vincent Riou et de dédommager Armel Le Cléach de 11 heures au classement final, tous deux ayant mis leur course entre parenthèses pour porter secours à leur copain. Mais en ce qui concerne la mission sauvetage du jour, ne vous attendez pas à ce que les conclusions du jury tombent dans les heures à venir.

« Le jury ne va pas pouvoir commencer à travailler avant que la phase de sauvetage ne soit terminée, confirme l’ancien directeur de course. Pour le moment on ne peut faire que consigner dans le log book tous les éléments qu’on a à l’instant T. Après, il faudra peut-être une semaine, deux semaines, au jury pour dire ce qu’il se serait passé et rendre ses conclusions. » Et si la tâche qui s’annonce risque fort d’être un casse-tête géant pour les cinq membres, Denis Horeau se veut rassurant : « Ils ont de bons cerveaux, ils sont bien organisés, on peut leur faire confiance ».