Vendée Globe 2020 : « Je coule. Ce n’est pas une blague. MAYDAY »... Escoffier, sauvé par Le Cam, raconte son sauvetage

VOILE Jean Le Cam a porté secours en pleine mer à Kévin Escoffier après que le bateau de celui-ci s’est brisé en deux

Aymeric Le Gall

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Vendée Globe: Kevin Escoffier raconte son avarie — 20 Minutes

« Ta vie vaut plus que notre Vendée Globe ». C’est par ces quelques mots lâchés dans un grand sourire que les trois skippeurs du Vendée Globe (Sébastien Simon, Yannick Bestaven et Boris Herrmann) qui s’étaient déroutés dans la soirée de lundi, pour aller porter secours à Kévin Escoffier, ont appris que leur collègue était finalement sain et sauf. Ils n’ont finalement pas eu à aller sur place puisque c’est bien Jean Le Cam qui a retrouvé et embarqué le marin malouin à bord de son bateau, près de dix heures après le déclenchement de la balise de détresse.

Après une première tentative infructueuse pour le récupérer depuis son canot de sauvetage balayé par les vents et pris dans de violents creux de plusieurs mètres, Jean Le Cam est finalement parvenu à retrouver Kévin Escoffier en pleine mer, au beau milieu des 40es Rugissants, cette zone réputée pour ses déferlantes et ses conditions météos exécrables et ô combien dangereuses. Le tableau fait froid dans le dos.

Escoffier s’excuse auprès de Le Cam

« C’est à 2h18 heure française (1h18 GMT) que le team PRB a été informé du sauvetage. Le skipper de PRB est apparu souriant, emmitouflé dans sa combinaison de survie aux côtés de Jean Le Cam », a tweeté l’organisateur, qui a le premier, annoncé le sauvetage. En effet, dans une vidéo publiée mardi matin par les organisateurs du Vendée Globe, on voit Kévin Escoffier raconter depuis le bateau de Le Cam la nuit qu’il vient de passer. S’il apparaît souriant de prime abord, on sent toute la tension qui redescend dans la voix du marin.

Le plus dingue là-dedans, c’est que ses premiers mots ont été pour s’excuser auprès de son sauveur, qui livrait une belle bataille pour la troisième place. « On a bien bossé avec Jean. Comme je lui disais quand il est arrivé "je suis désolé Jean, tu fais une course de barjot et je suis désolé de te niquer ton truc". Il me dit "la dernière fois c’était l’inverse, c’était le PRB qui m’avait récupéré". »

« Le bateau était plié en deux »

« Et puis, Jean-Jacques [Laurent, le président de PRB], je suis désolé pour le bateau ! Je l’ai renforcé comme j’ai pu, poursuit immédiatement le marin avant de verser quelques larmes de décompression. Mais franchement, j’ai zéro regret, j’ai mis 200 kg de carbone dans le bateau, j’ai tout renforcé de partout. Ah non mais vous voyez les films sur les naufrages, c’était pareil en pire ! En quatre secondes, le bateau a planté, l’étrave s’est pliée à 90°, j’ai mis la tête dans le cockpit, j’ai juste eu le temps d’envoyer un texto, la vague a tout fait "schinter" [bugger] l’électronique. C’était un truc de barjot, plier un bateau en deux. »

Dans la foulée, Jean Le Cam s’est à son tour exprimé pour revenir, avec un peu de recul, sur cette nuit de peur et d’adrénaline.

A un moment, j’étais debout sur le pont, je vois un flash. En fait, c’était la lumière [du canot de sauvetage] qui se reflétait sur les vagues. Une apparition ! Je me dis "c’est pas vrai quoi…". Et plus je continuais, plus il y avait d’apparitions. Et là tu vois de plus en plus de lumière, et tu te dis "putain, c’est bon". Tu passes du désespoir au truc de dingue. Je lui balance la bouée rouge et il arrive à l’avoir. Au final on a réussi, il a accroché la barre de transmission et là c’était gagné. »

Escoffier revient en détail sur l’opération de sauvetage

Mardi, l’équipe PRB a publié en détail sur son site internet le récit du marin malouin, qui nous en dit plus sur l’étendue de la catastrophe. « C’est surréaliste ce qui s’est passé, raconte Kévin Escoffier. Le bateau s’est replié sur lui-même dans une vague à 27 nœuds. J’ai entendu un crac mais honnêtement, il n’y avait pas besoin du bruit pour comprendre. En quelques secondes, il y avait de l’eau partout. L’arrière du bateau était sous l’eau et l’étrave pointait vers le ciel. Le bateau s’est cassé en deux en avant de la cloison de mât. Il s’est comme replié. Je vous assure, je n’exagère rien… il y avait un angle de 90° entre l’arrière et l’avant du bateau. Je n’ai rien eu le temps de faire. J’ai juste pu envoyer un message à mon équipe "Je coule. Ce n’est pas une blague. MAYDAY" ».

« J’ai pris le bib (radeau de survie) à l’arrière. Le bib avant n’était pas accessible, il était déjà trois mètres en dessous de l’eau. L’eau était dans le cockpit jusqu’à la porte. J’aurais voulu rester un peu plus longtemps à bord mais je voyais bien que tout allait très vite et puis je me suis pris une déferlante et suis parti à l’eau avec le radeau, poursuit le Malouin. A ce moment-là, je n’étais pas du tout rassuré… Tu es dans un radeau avec 35 nœuds de vent. Non, ce n’est pas rassurant. J’ai seulement été rassuré quand j’ai vu Jean. Mais le problème, c’était de savoir comment faire pour monter à bord avec lui. On s’est dit deux-trois mots. C’était Verdun sur l’eau. Il a été contraint de s’éloigner un peu puis après, j’ai vu qu’il restait sur zone. Je suis resté dans le radeau jusqu’au petit matin (…) Quand je me suis retrouvé à bord avec Jean, nous sommes tombés dans les bras l’un de l’autre. Il m’a dit "Putain, t’es à bord ! C’était chaud !" ».