Exeter-Stade Toulousain : Mais pourquoi ces « inconnus » anglais font-ils si peur à Toulouse et à l’Europe ?

RUGBY Encore méconnus du grand public français, les Chiefs d’Exeter sont pourtant la meilleure équipe anglaise du moment. Ils reçoivent le Stade Toulousain, ce samedi en demi-finale de Champions Cup

Nicolas Stival

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Jack Nowell, l'ailier d'Exeter, auteur d'un essai lors du quart de finale de Champions Cup contre Northampton, le 20 septembre 2020.
Jack Nowell, l'ailier d'Exeter, auteur d'un essai lors du quart de finale de Champions Cup contre Northampton, le 20 septembre 2020. — Colorsport / Ashley Western / Sipa
  • Pour le Stade Toulousain, gagner sa demi-finale européenne samedi à Exeter constituerait « un exploit », comme le remarque son manager Ugo Mola.
  • Leader du championnat d’Angleterre, le club du Devon a pris le relais au niveau domestique des terribles Saracens, empêtrés dans leurs magouilles financières.
  • Il s’appuie sur un effectif de très grande qualité, fort de nombreux internationaux anglais et écossais.

Fondé en 1871, Exeter est l’un des plus vieux clubs de rugby du monde. Présents dans l’élite anglaise depuis 2010, les Chiefs restent sur quatre finales de championnat de rang (dont une victoire en 2017) et écrasent l’édition 2019-2020, relancée cet été (à la différence du Top 14, gelé au printemps) : huit points d’avance sur leur dauphin Bath, avec un match en moins… Pourtant, les adversaires  du Stade Toulousain ce samedi en demi-finale de Champions Cup, restent méconnus du grand public français.

« Ils ne sont pas médiatisés comme les Saracens [champions d'Europe 2016, 2017 et 2019], mais leur efficacité est tout aussi redoutable, juge l’ailier stadiste Yoann Huget. Ils sont invaincus depuis plus d’un an chez eux. » Par rapport aux « Sarries » (adversaires du Racing 92 dans l’autre demi-finale), aux Wasps ou à Leicester, Exeter doit aussi son déficit de notoriété à son absence de référence continentale. Samedi, le club du Devon disputera sa toute première demi-finale de Coupe d’Europe, face à des Toulousains qui en sont à leur douzième…

« C’est une équipe très rugueuse, capable de multiplier les temps de jeu et de garder le ballon, juge le manager stadiste Ugo Mola. Des joueurs de classe mondiale comme les Ecossais Stuart Hogg et Jonny Gray [frère de l’ancien Toulousain Richie Gray] ont rejoint des locaux tels que Jack Nowell [ailier], Henry Slade [centre] ou Sam Simmonds [3e ligne]. »

Une équipe « typiquement anglaise »

Outre cet effectif riche en internationaux, la réussite du club du sud-ouest de l’Angleterre s’appuie aussi sur ses dirigeants. L’homme d’affaires Tony Rowe a pris les rênes des Chiefs en 1998, alors que Rob Baxter, le Guy Novès local, dirige l’équipe depuis 2009, après y avoir fait toute sa carrière de joueur.

Thibaud Flament est un témoin idéal du duel de samedi. Le deuxième ou troisième ligne français des Wasps, actuels troisièmes du championnat d’Angleterre, rejoindra Toulouse cet automne, une fois la saison des « Guêpes » de Coventry terminée. « Exeter a dominé le championnat toute la saison, c’est une équipe assez complète, typiquement anglaise, avec un pack assez dominant, détaille le jeune globe-trotter de 23 ans, formé en Belgique et passé par l’Argentine. Les avants arrivent à créer de bonnes opportunités pour une belle ligne de trois-quarts qui arrive bien à accélérer et à jouer dans la défense. »

Moins mûrs que les Saracens ?

Peut-on comparer ces Chiefs aux terribles Saracens, qui les ont dominés trois fois en finale du championnat d’Angleterre depuis 2016, mais désormais promis à la relégation administrative en D2 pour avoir dépassé le plafond salarial ? « En termes de jeu, oui, estime Flament, actuellement indisponible car blessé au pied. Mais les Saracens sont peut-être une équipe plus mature, avec des joueurs établis à leur poste depuis des années comme [le demi d’ouverture] Owen Farrell. Exeter est une équipe en devenir, qui est en train de grandir. »

Et même si le Sandy Park sonnera creux, frappé par le huis clos imposé Outre-Manche en cette période de Covid-19, on n’est pas loin de partager l’avis d’Ugo Mola : « Gagner en Angleterre serait un exploit. »