Coronavirus : « On navigue à vue… » Le départ du Vendée Globe pourra-t-il être donné en novembre ?

VOILE Les organisateurs du tour du monde à la voile tablent sur un départ le 8 novembre, comme prévu avant la pandémie de coronavirus. Mais un sponsor important demande un report du Vendée Globe

Jean Saint-Marc, B.V. et F.L.

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En 2016, 29 skippers avaient pris le départ du Vendée Globe (archives).
En 2016, 29 skippers avaient pris le départ du Vendée Globe (archives). — Vincent Curutchet / DPPI / Vendée Globe
  • Les organisateurs du Vendée Globe privilégient l’hypothèse d’un départ le 8 novembre prochain.
  • Un report du tour du monde à la voile est aussi envisageable, en fonction de l’évolution de la situation sanitaire.
  • Il est certain que le départ du Vendée Globe ne sera pas donné à huis clos.

« On est dans le brouillard total. Et dans le brouillard, on ne change rien. On garde le même cap. » Sébastien Destremau se dirige peut-être droit vers un iceberg, mais il garde la foi. Le skipper toulonnais pense « qu’il n’y a aujourd’hui pas de raisons de reporter le départ du Vendée Globe. » C’est la position des organisateurs qui « naviguent à vue », selon la métaphore employée par Sébastien Destremau. « Nous allons tout faire pour que le départ ait lieu le 8 novembre. Cela reste notre hypothèse privilégiée », lance une source haut placée dans l’organisation.

Le 16 avril, la SAEM Vendée a envoyé un communiqué titré « le Vendée Globe maintient le cap. » Quatre jours plus tard, le patron de Paprec Group Sébastien Petithuguenin jetait un pavé dans l’Atlantique. Il appelle au report d’un an du Vendée Globe 2020, dans les colonnes du média spécialisé Tip & Shaft. Pour le sponsor-titre de Sébastien Simon, « quelle que soit l’évolution de la pandémie, je crois que la fête sera forcément un peu gâchée. »

Moralement, je ne sais pas si on aura tant envie que ça d’inviter des clients en novembre, je pense qu’il va y avoir des faillites, beaucoup de boîtes seront dans des conditions difficiles. »

Sollicité par 20 Minutes cette semaine, Sébastien Petithuguenin maintient cette position, tout en reconnaissant que « les organisateurs font l’effort d’écouter tout le monde, ce qui est très bien. » De visioconférences Zoom en calls WhatsApp, les téléphones bouillonnent. Certains sponsors espèrent que le départ aura bien lieu aux dates prévues. « On a besoin d’une occasion de rêver, de s’échapper, lance Alexandre Fayeulle, patron d’Advens. Le Vendée aurait une opportunité extraordinaire en novembre. »

« Tout le monde se pose des questions »

Son skipper Thomas Ruyant abonde : « On a la chance d’avoir un évènement tardif dans la saison sportive. Ça peut-être une belle fête, un évènement qui peut redonner la banane pour la suite ! » Mais pour l’instant, certains skippers font grise mine. Chaque vendredi, les 35 inscrits sont briefés par les organisateurs, lors de visioconférences ponctuées par les inquiétudes et les coups de stress.

« Beaucoup d’entre nous se posent des questions, témoigne Sébastien Simon. Ceux dont les contrats s’arrêtaient à la fin du Vendée Globe sont inquiets, ils espèrent un maintien du départ en 2020. Tout le monde se pose des questions. » Le marin vendéen « déteste être dans l’inconnu » et se prépare pour un départ le 8 novembre. Privé de navigation, il enchaîne les formations météo avec le Pôle Finistère de course au large et fait sa préparation physique sur sa terrasse, en visioconférence avec son coach.

Une course de qualification cet été

Dans l’atelier, l’activité a été « fortement ralentie ». Sébastien Simon estime qu’il « pourra mettre le bateau à l’eau la troisième semaine de mai. Mais les foils ne seront pas encore livrés. » Tant pis : il faudra bien tester l’IMOCA avant la course qui servira de répétition générale… Et dont les modalités n’ont pas encore été annoncées.

Selon nos informations, les marins se testeront cet été, lors d’une boucle dans l’Océan Atlantique – elle permettra de qualifier ceux qui ne le sont pas encore. « Ce ne sont pas du tout les conditions qu’on rencontrera sur le Vendée Globe », peste Sébastien Simon, qui aurait préféré éprouver son bateau lors des deux transatlantiques habituelles de début de saison. Elles ont été annulées en raison de la pandémie.

Des réservations pour assister au départ ?

« Notre sport consiste à faire face à l’imprévu. Je vais trouver les ressources », positive le skipper Armel Tripon. Il « souhaite que le départ ait bien lieu en novembre, mais dans de bonnes conditions pour nous et nos sponsors. » Les organisateurs y réfléchissent ; les élus locaux aussi. « On peut avoir un village départ moins étalé, l’ouvrir plus longtemps pour juguler le flux, esquisse le député LREM Stéphane Buchou. On peut aussi mettre en place un système de réservation pour le grand départ. »

La foule au départ du Vendée Globe 2016 (archives).
La foule au départ du Vendée Globe 2016 (archives). - Olivier Blanchet / DPPI / Vendee Globe

En 2016, 1,5 million de personnes s’étaient massées le long du chenal. Sans distanciation sociale, bien sûr. Cet afflux de population préoccupe Stéphane Buchou :

La Vendée a été moins touchée par l’épidémie que d’autres départements, donc il y a très peu d’immunité collective. Notre département pourrait être particulièrement touché par une seconde vague cet automne. »

Pour lui, « un report de la course serait sans doute le moins problématique. » D’un an, comme le réclame le patron de Paprec Group ? Les organisateurs envisagent ce scénario sans en faire une priorité. L’hypothèse intermédiaire d’un départ décalé d’un mois est également sur la table, « sans être privilégiée. » Une des pistes est en tout cas exclue : celle d’un départ à huis clos. « Le Vendée Globe est une fête populaire. La communion avec le public est fondamentale », martèle-t-on à la SAEM Vendée.

Le maire des Sables d’Olonne Yannick Moreau (DVD) pense aussi qu’il « faut positiver et ne pas privilégier l’hypothèse du report, qui serait le scénario du pire. » La mairie est donc « dans une logique classique de préparation », entre travaux de rénovation et pavoisement du centre-ville aux couleurs du « Vendée. »

« Cette année, ce sera compliqué de faire de la com' vers le grand public », estime cependant Sébastien Destremau. Le skipper toulonnais, dernier du Vendée Globe 2016-17, reste pourtant optimiste quant à la viabilité économique d’un Vendée Globe qui partirait en novembre 2020.

« J’ai de très bons contacts avec des entreprises qui anticipent qu’elles auront un énorme besoin de communiquer en interne cet automne », raconte Sébastien Destremau. Il est tout près d’obtenir la signature d’un patron « qui ne connaît rien à la voile » et dont l’entreprise est actuellement paralysée. « Il cherche un projet fédérateur pour l’hiver prochain, s’enthousiasme le skipper toulonnais. Pendant les quatre mois du Vendée Globe, ses collaborateurs iront au bureau en courant pour suivre le bateau de leur entreprise ! »