Voile : « Mon envie c’est de jouer avec la tête de flotte », Thomas Ruyant pense déjà au Vendée Globe après sa remontada

INTERVIEW Le skippeur d'Advens for Cybersecurity ne s'attendait pas à une telle aventure pour sa première à bord de son bateau, à la Transat Jacques Vabre bouclée à la 4e place

Propos recueillis par Maxime Ducher

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Thomas Ruyant (au centre) et Antoine Koch sont arrivés 4e de la Transat Jacques Vabre.
Thomas Ruyant (au centre) et Antoine Koch sont arrivés 4e de la Transat Jacques Vabre. — Pierre Bouras
  • Thomas Ruyant et Antoine Koch ont terminé 4e de la Transat Jacques Vabre à bord de leur monocoque Advens for Cybersecurity.
  • Après un arrêt au port de Cherbourg dès les premières heures de course, les deux skippeurs se sont lancés dans une remontée spectaculaire prometteuse pour la suite.
  • Cette régate avait pour objectif de tester ce nouveau bateau en conditions de course avant que Thomas Ruyant n’embarque en solitaire pour son réel objectif : le Vendée Globe 2020.

Attention foiler ! Panne mécanique, dorsale avalée, alizés domptés, Thomas Ruyant et Antoine Koch, sur leur monocoque Advens for Cybersecurity (dont 20 Minutes est partenaire), ont vécu une Transat Jacques Vabre mouvementée avant de s’amarrer, lundi, à une 4e place aussi prometteuse qu’inattendue au port de Salvador de Bahia (catégorie Imoca). Le skippeur déjà vainqueur de la Route du Rhum, Thomas Ruyant, raconte le début d’une longue aventure.

Comment vous sentez-vous après une telle course ?

Pour l’instant, je n’ai eu qu’une nuit de repos mais je me sens bien, heureux. J’ai le sentiment du travail accompli avec toute l’équipe. C’est l’aboutissement de beaucoup de travail de mises au point, de conception d’un bateau. C’est une première confrontation avec le reste de la flotte Imoca, que je retrouverai sur le Vendée Globe, et puis on a vu qu’on avait un bateau sur lequel on se sentait bien, on avançait vite. Il y a beaucoup de sérénité après cette arrivée.

« On n’y allait pas pour faire de la croisière »

On avait seulement dix jours de navigation avec ce bateau avant le départ, donc on ne s’attendait pas à finir à cette place-là, c’est la bonne surprise. On est des compétiteurs donc évidemment on n’y allait pas pour faire de la croisière. Mais on est partis sans pression, il y a une bonne alchimie qui s’est créée et c’est de bon augure pour l’année 2020.

Vous avez dû vous arrêter pendant 4 heures à Cherbourg en tout début de course, et vous terminez finalement 4e. Vous imaginiez une telle remontée ?

Après notre arrêt technique (problème de pilote automatique) à Cherbourg, on repart derniers avec 150 milles de retard (278 kms) sur la tête de flotte. Donc évidemment, non, on ne s’attendait pas à finir à cette place-là. Pendant toute la course, on navigue un peu décentrés de la flotte. On est concentrés sur notre bateau à essayer de comprendre son fonctionnement parce qu’on est au début de quelque chose. Ça nous a permis d’aller vers une palette de réglages très différents et de découvrir des fonctionnements pas forcément intuitifs. On a trouvé les bonnes manettes d’accélération du bateau pour aller de plus en plus vite au fur et à mesure de la Transat (avec une journée à plus de 22 nœuds de moyenne, soit 40 km/h).

Vous étiez dans quel état d’esprit au moment de repartir ?

Quand on repart de Cherbourg, on a le couteau entre les dents, on se dit qu’il faut qu’on arrive au moins milieu de tableau et qu’on remonte la moitié de la flotte. Une fois que cet objectif-là était rempli, on s’est dit "il y a ce bateau-là à aller chercher et puis un autre, et encore un autre". Et puis, à la fin, on se dit qu’on va peut-être pouvoir aller chercher le podium ! L’histoire comme elle s’est écrite là, elle est chouette. On a eu des hauts et des bas, mais ça c’est aussi l’apanage des courses au large. Il y a des galères, c’est un sport mécanique. Mais l’histoire est belle parce que tout n’est pas rose justement. Et quand les choses marchent après les galères, c’est que du plaisir.

« On voulait aussi tirer sur la machine, éprouver le matériel et les marins »

Cette Transat Jacques Vabre avait pourtant comme but premier de vous préparer à votre réel objectif : le Vendée Globe 2020…

Oui, on n’avait aucun objectif de classement pour plusieurs raisons. Au départ de la Jacques Vabre, on n’avait que dix jours de navigation sur ce bateau. On ne s’était jamais confronté à l’équipement, donc on ne savait pas du tout ce que valait le bateau. On voulait aussi faire les choses dans l’ordre et prendre notre temps. On voulait aussi tirer sur la machine, éprouver le matériel, les marins, et au bout du bout, ça fait une superbe 4e place et c’est une superbe étape de franchie.

Quelles indications la Transat Jacques Vabre a pu vous donner en vue du Vendée Globe ?

On ne sera jamais complètement prêt à 100 % parce qu’on peut toujours améliorer des choses. Mais il y a évidemment une grosse liste de points sur lesquels travailler à l’arrivée de cette Transat. C’est aussi pour ça qu’on y allait, elle tombe à pic dans notre préparation pour bien préparer notre bateau en vue du Vendée Globe. Il y a des choses qu’on va changer, améliorer et garder. Pour ça, on a un gros chantier d’hiver de janvier à mars. Avant ça, moi je repars en solitaire dans huit jours. Ça va me permettre de clôturer l’année avec une bonne navigation en solo et de me rendre compte de plein de choses avant le chantier hivernal. Je vais aussi pouvoir prendre confiance tout doucement dans le bateau avant une grosse coupure jusqu’à mars.

« On a une Dream Team de techniciens et une machine toute neuve pour jouer les premières places sur le Vendée Globe »

Justement, quels objectifs vous fixez-vous pour le Vendée Globe 2020 ?

C’est très difficile de parler d’objectif car, dans les courses au large, et notamment le Vendée Globe, tout peut se passer. Il y a 50 % d’abandons sur un Vendée Globe. Cette fois-ci, je serai en solitaire et je vais affronter les mêmes adversaires que sur la Jacques Vabre. Bien sûr, mon envie c’est de jouer avec la tête de flotte. On a une Dream Team de techniciens et une machine toute neuve pour jouer les premières places. Maintenant, c’est un bateau très exigeant, je m’en suis rendu compte.

Cette Transat était un sprint en double. Maintenant, il va falloir trouver le bon mode de fonctionnement pour aller aussi vite en solo avec ce genre de bateaux de l’extrême, c’est comme un cheval fougueux. Ce ne sont pas des vitesses régulières. Ce sont des accélérations, des décollages, des atterrissages. Il faudra trouver la bonne ergonomie pour bien vivre cette expérience.