JO 2020 : « Je connais le contexte, mais j’y crois », Florian Rousseau va essayer de sauver l’athlétisme français à Tokyo

OLYMPISME L'ancien pistard a été officialisé dans son nouveau rôle de directeur de la haute performance au sein de la fédération après une année 2019 marquée par les mauvais résultats et les scandales de dopage

Julien Laloye

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Florian Rousseau a quitté son poste à l'Insep pour la Fédération d'athlétisme.
Florian Rousseau a quitté son poste à l'Insep pour la Fédération d'athlétisme. — ATTILA KISBENEDEK / AFP

Un grand nom exfiltré en urgence pour jouer les pompiers de service et un triumvirat à l’équilibre incertain sur le papier. Sommé de faire le ménage dans les cuisines de la fédé après une année 2019 affligeante sur tous les plans, entre affaires de dopage en série, résultats médiocres aux Mondiaux (deux médailles), et licenciement rocambolesque du médecin historique des Bleus pour une histoire d’amour malvenue et mal vécue en interne, André Giraud, qui n’avait sans doute jamais vu autant de monde pour les traditionnels vœux de la Fédération française d’athlétisme, a annoncé son plan d’urgence pour sauver les meubles à six mois des JO de Tokyo.

Tirer les leçons de Doha

Personnage sympathique qu’André Giraud au demeurant. Petit accent gouailleur du Sud-Ouest qui sent bon les grandes années du Biarritz Olympique, savoureuses confidences un peu trop appuyées dont raffole la profession, on n’avait pas pris un pied pareil depuis que Jean Gachassin a fermé boutique à la Fédé de tennis. Pour ce qui est de la nouvelle organisation présentée en grande pompe, en revanche, on concède un certain scepticisme. Trois hommes sur un pied d’égalité, ou plutôt deux hommes et une femme, Souad Rochdi la DG de la Fédé, Patrice Gergès, le DTN en place… et Florian Rousseau, le joker olympique, venu rogner sur les prérogatives de Mehdi Baala, cantonné à mettre de l’huile de coude dans toutes les équipes de France sauf la plus importante, celle qui sera aux Jeux, si on résume.

Florian Rousseau, donc. Triple champion olympique de cyclisme sur piste, entraîneur de l’équipe de France de la discipline, et plus récemment directeur de la Mop ou la Mission d’optimisation de la performance, une créature de la toute nouvelle agence nationale du sport. Un bonhomme qui sait de quoi il parle donc, même si on se demande encore ce qui l’a poussé à accepter ce cadeau empoisonné​ après seulement un week-end de réflexion. « Je n’arrive pas dans un milieu complètement inconnu par rapport à mes précédentes missions. Il y a eu beaucoup de commentaires, des "tu connais le contexte". Oui je le connais. Les résultats de Doha ou des dysfonctionnements ces derniers temps. Mais j’y crois, je crois au potentiel des athlètes et à la richesse des entraîneurs. Les athlètes avaient demandé de l’apaisement et de la sérénité pour préparer les Jeux, ça va être mon rôle d’apporter cette sérénité ».

Rousseau pour rassurer les athlètes

Référence à la lettre envoyée fin novembre par 19 athlètes tricolores, dont les plus illustres (Mayer, Lavillenie, Martinot-Lagarde), appelant à l’union sacrée dans la dernière ligne droite avant Tokyo. L’ancien pistard, qui prend officiellement son poste le 1er février, ira donc sur le terrain pour rassurer les athlètes et les aider à se concentrer sur la performance maousse le jour J. Un exemple concret ?

« On parle beaucoup de la chaleur humide à Tokyo, mais le Japon ce n’est pas que de la chaleur humide. On sera en pleine période de cyclones, c’est un sport extérieur, il y a des épreuves techniques, mon rôle ce sera de poser la question aux entraîneurs, savoir comment ils abordent le fait qu’il puisse y avoir cette chaleur humide mais aussi qu’il puisse tomber des cordes pendant deux jours. C’est à dires des épreuves repoussées, décalées dans le temps, pas des conditions optimales pour lancer, avec un plateau détrempé… Moi je n’ai pas les réponses mais je vais aller chercher ce questionnement avec les entraîneurs, avec le staff, sur ces choses ».

Cela parlera peut-être à Diniz, incapable de surmonter la chaleur à Doha, même si le marcheur a pris les devant en allant s’infliger des séances de torture dans une chambre thermique au Portugal. « Les conditions environnementales, c’est un facteur, mais l’entourage aussi. Certains voudront peut-être aborder le côté mental, peut-être aussi la nourriture. Je connais très bien le Japon pour y avoir passé près d’un an en séjours cumulés. Ce sont des sujets que maîtrisent les entraîneurs, mais je serai là pour leur rappeler. Je suis là pour pousser les curseurs. Le détail a son importance dans la réussite, le moindre grain de sable peut perturber quelqu’un de bien préparé. L’idée, c’est que tout le monde soit à son meilleur niveau à Tokyo, pour ceux qui visent une médaille comme pour ceux qui n’en auront pas ».

Le nouveau directeur de la haute performance sait déjà qu’il aura du mal à raboter le cap fixé par le président de la Fédération, à savoir entre 3 et 5 médailles, contre six à Rio. Le tout avec un certain nombre d’athlètes moins dominants qu’avant et un champion olympique en puissance qui n’a plus terminé un décathlon depuis septembre 2018, à cause de pépins physiques en cascade. Les Bleus peuvent être dans les clous, se persuade Patrice Gegès : « On a les athlètes pour aller chercher les médailles à condition de ne pas renouveler ce qu’il s’est passé à Doha. Je crois que tout le monde a compris qu’on ne peut pas faire les choses à moitié ». Reproche qui vaut aussi pour la DTN, coupable d’avoir « projeté un peu trop tôt les athlètes sur Tokyo ». Dont acte.

Délesté par Rousseau d’une partie de sa charge « d’assistance sociale », pour reprendre ses mots, Patrice Gergès est surtout attendue sur la réponse apportée aux nombreux cas de dopage qui ravagent le fond et le demi-fond depuis la révélation de la piteuse affaire Calvin, une épidémie à faire passer la Russie pour un modèle de vertu. Prudent sur le cas du champion d’Europe du 10.000m Morhad Hamdouni, accusé dans une enquête d’ARD en Allemagne de se livrer à un trafic de produits dopants – « Il n’y a aucune enquête contre lui à ma connaissance », l’ancien champion paralympique des JO de Barcelone revendique la création d’une cellule de lutte contre le dopage pour travailler en plus étroite collaboration avec l’AFLD, l’agence française de lutte contre le dopage. La FFA partagera ses informations, notamment sur les lieux des stages des uns et des autres, désormais soumis à validation obligatoire pour être acceptés et financés par la DTN.

« Le maillage n’est pas complet, je ne suis pas la fée carabosse, mais les obligations sont posées et exprimées à toutes les personnes. Après, celui qui veut se cacher, il jouera à cache-cache et je ne le saurai pas. On aura beau interdire tous les lieux du monde, le dopage viendra là ou sont les athlètes ». Y compris jusqu’à Font-Romeu, où l’on entre paraît-il comme dans un moulin abandonné.

Une vigilance accrue sur les lieux de stage

Reste l’outil de la prévention. Après le lanceur d’alerte Christophe Bassons, venu témoigner auprès des cadres techniques et des jeunes espoirs de l’athlétisme tricolore, c’est le repenti Quentin Bigot qui a proposé de partager l’expérience « d’un athlète qui est passé un jour de l’autre côté de la force » avec ceux qui préparent les Jeux de Paris. « Il faut que les jeunes soient mieux informés. Je suis atterré quand je vois un athlète suspendu parce qu’il a suivi les conseils de son entourage plutôt que de se tourner vers un médecin ». Parlant de médecin, le (ou les) remplaçant de feu le médecin des équipes de France Jean-Michel Serra, qui doit encore être proposé au comité directeur en fin de semaine, ne fera pas partie de la cellule antidopage spéciale. On n’est jamais trop prudents, au vu des psychodrames récents.

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