Affaire Clémence Calvin: «C’était tout sauf un contrôle, je pensais qu'on voulait enlever mon fils»

ATHLETISME L’agence française antidopage a opposé sa version à celle de la médaillée d’argent du marathon dans une passe d’arme par conférence interposée mercredi

Julien Laloye
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Clémence Calvin avec son fils après sa médaille d'argent aux Euros de Berlin, en août 2018.
Clémence Calvin avec son fils après sa médaille d'argent aux Euros de Berlin, en août 2018. — Andrej ISAKOVIC / AFP

Après-midi rocambolesque dans l’affaire Clémence Calvin. La vice-championne d’Europe du marathon, qui a enfin refait surface après son stage de préparation au Maroc émaillé par deux contrôles ratés diligentés par l’AFLD,  a choisi la fuite en avant ou le conflit ouvert avec l’autorité française souveraine en matière de lutte antidopage, c’est selon. Dans le cabinet cossu de son avocat Maître Péricard, à deux pas de l’ambassade américaine à Paris, la jeune femme s’est exprimée pour la première fois sur les accusations de soustraction à un prélèvement d’échantillons, révélées par Le Monde la semaine dernière.

Si elle a bien reconnu par l’intermédiaire de son conseil avoir été notifiée d’un manquement à un contrôle ainsi que d’un no show dans la journée du 27 mars, Clémence Calvin a lancé de graves accusations contre les contrôleurs de l’AFLD.



« Ils m’ont tapé sur le bras et fait tomber mon fils au sol »

Après avoir rappelé qu’elle avait subi 24 contrôles antidopages depuis janvier 2018 sans aucun résultat anormal, et qu’elle connaissait la règle en matière de contrôles inopinés, l’athlète a dénoncé les conditions de sa rencontre avec les agents de l’AFLD dans les rues de Marrakech.

Ce que j’ai vécu le 27 mars, c’était tout sauf un contrôle. C’était d’une grande violence, une incompréhension de ce qui m’arrivait. A 17h30, j’ai récupéré mon fils à la garderie, cela faisait deux jours que j’étais arrivée à Marrakech. On a fait une petite balade dans le quartier, mon mari Samir Dahmani [également son entraîneur] était allé chercher un gâteau pour l’anniversaire de mon fils. J’étais dans la rue, à jouer avec des enfants. Et des gens sont arrivés en me saisissant le bras et en disant « Police française. Il est où Dahmani ? » Je n’ai pas compris. On est ensuite allés dans la direction où il était. J’ai tendu mon fils à son père. A ce moment-là, une des personnes m’a tapé le bras violemment. Mon petit tombe sur le sol et se met à pleurer. Mon mari commence à se disputer avec ces gens, je me suis écartée. J’ai pensé qu’on voulait m’enlever, ou enlever mon fils. C’est vraiment la première fois que je me faisais attaquer de la sorte. Ensuite, chacun est parti de son côté. Nous sommes rentrés vers minuit. On nous a raconté qu’il y avait trois personnes qui avaient arpenté le quartier en tapant aux portes en se présentant comme la police française et qui cherchaient "les Français". A aucun moment, je n’ai pensé que c’était un contrôle. »

Des allégations qui ont évidemment fait bondir les responsables de l’AFLD, lesquels ont programmé une conférence de riposte dans la foulée, dans une volonté de communication inédite, mais limitée. Répondant à de multiples reprises qu’il réservait le détail de cette affaire « au débat contradictoire et à la procédure prévue par l’agence », Mathieu Teoran, secrétaire général de l’AFLD secondé du directeur des affaires juridiques de l’agence, a toutefois tenu à démentir les allégations de violence du clan Calvin.

Je ne reviendrai pas sur le détail du scénario qui a été présenté. Je n’en détaillerai pas les invraisemblances. Il y a deux allégations graves, dénuées de tout fondement, qui présentent un caractère infamant pour l’agence et ses agents. L’allégation selon laquelle nos préleveurs auraient usé de violences à l’égard d’une sportive et de son enfant, ceci est entièrement dénué de fondement et nous démentons ces accusations. L’allégation selon laquelle nos préleveurs auraient allégué d’une qualité qui n’est pas la leur ou auraient approché la sportive sur des fondements fallacieux, c’est faux également. »

L’instance a tout de même apporté quelques précisions importantes. La première ? Damien Ressiot, le directeur des contrôles, présent à Paris mercredi après-midi mais silencieux, a bien participé lui-même à l’opération Calvin, en compagnie de deux contrôleurs, « une femme dûment assermentée et expérimentée, et un médecin référent dont le professionnalisme et le savoir-être sont unanimement reconnus, auxquels l’agence apporte tout son soutien ». Une information qui confirme un secret de polichinelle dans le milieu de l’athlétisme. L’ancienne coureuse de 10.000 mètres, qui n’avait jamais couru de marathon avant de remporter l’argent l’été dernier aux championnats d’Europe, faisait partie d’un suivi particulièrement serré de la part de l’AFLD, qui l’avait déjà contrôlée le 17 mars.



Le directeur des contrôles de l’agence lui-même présent au moment de ladite altercation

Autre détail, l’AFLD a reconnu n’avoir transmis la notification de manquement au contrôle en plus d’un no show à l’intéressée que mardi 9 avril, à son retour en France, car ses conditions de géolocalisation dans le logiciel ADAMS (obligatoire pour les sportifs), ne permettaient pas une remise « en toute certitude ». En langage compréhensible ? Clémence Calvin n’avait pas renseigné sa localisation avec assez d’exactitude pour être retrouvée facilement. Probablement à Marrakech tout de même, puisque le no show a été notifié le même jour que « l’altercation » entre l’équipe de l’AFLD et la Martégale.



Si les deux camps se menacent mutuellement de poursuites judiciaires, c’est évidemment Clémence Calvin qui a le plus à perdre dans cette histoire. Au-delà des invraisemblances de sa version (pourquoi les contrôleurs ne se seraient pas présentés sur le moment ? Pourquoi auraient-ils violenté son fils avant de partir puis de revenir le soir la chercher ? Pourquoi avoir attendu 15 jours pour parler ? Pourquoi n’avoir déposé plainte à la police marocaine que dans les derniers jours ? Pourquoi avoir continué sa préparation pour le marathon de Paris comme si de rien n’était ?), elle risque aujourd’hui une suspension de quatre ans, la durée maximale prévue en cas de volonté délibérée d’échapper à un prélèvement. Autant dire la fin de sa carrière.

« Ça dérange que je participe au marathon de Paris »

Combative entre deux crises de larmes, Clémence Calvin a indiqué qu’elle souhaitait toujours courir le marathon de Paris dimanche malgré sa suspension à titre conservatoire, qui ne peut être levée que par une décision du Conseil d’Etat en référé. Elle a évoqué l’idée d’un complot « contre un couple atypique, qui montre des belles valeurs, de l’humilité, de la solidité. On a choisi d’avoir un enfant parce qu’on veut construire notre vie autour de ce métier d’athlète. Ça dérange que je coure le marathon de Paris, on cherche à m’écraser, et je n’accepte pas. »



Objet de soupçons persistants depuis sa réussite foudroyante sur le marathon après une carrière passée dans le demi-fond, Clémence Calvin avait volontairement refusé d’homologuer le premier record de France du 5 kilomètres qu’elle avait établi le 10 mars dernier lors du semi-marathon de Paris. La condition ? Réaliser un contrôle antidopage négatif dans les trois jours suivant la performance. Son contrôle ou plutôt son absence de contrôle a généré un nombre important de réactions de la part des références tricolores, qui ne sont pas bousculées au prétoire pour la défendre. « Chacun croit ce qu’il veut. J’ai reçu des messages chaleureux de gens qui m’étaient proches. Cette histoire permet de faire le tri », évacue Calvin. Avant de répéter une dernière fois, les yeux dans les yeux comme dirait Gerard Holtz : « Il n’est pas question de dopage ».