VIDEO. France télévisions: «C’est le commentateur qu’on adore détester», Patrick Montel s’est-il grillé auprès des stars de l’athlétisme?

ATHLETISME Le journaliste historique de la discipline a été pris à partie par plusieurs athlètes tricolores après ses propos sur le dopage

Julien Laloye

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Patrick Montel, dans les tribunes du Parc des Princes en 2013.
Patrick Montel, dans les tribunes du Parc des Princes en 2013. — REAU ALEXIS/SIPA
  • Dans un Facebook live, Patrick Montel a tenu des propos sur le dopage qui ont choqué les athlètes français.
  • Mayer, Lavillenie ou encore Robert-Michon se sont exprimés via Twitter et ont vertement critiqué Patrick Montel, à tel point qu'il pourrait être bientôt privé d'antenne.

Patrick Montel. Son enthousiasme débridé, ses commentaires qui vont chercher les aigus plus hauts que Mariah Carey, ses envolées patriotiques à faire rougir Florian Philippot, ses emportements aussi gênants que sincères sur le salaire des footeux ou les anglicismes aux JO, son armoire à fusibles qui lâche dès que Bolt se pointe sur la piste. On aime ou on n’aime pas, chacun sa conscience devant le poste. Plus surprenant : personne ne peut piffrer le commentateur de France Télé dans le milieu de l'athlétisme. Comment expliquer, sinon, que toutes les pointures françaises (Mayer, Lavillenie, Robert-Michon) lui tombent dessus depuis que l’intéressé a perdu les pédales dans un Facebook live en direct depuis le salon familial ?

« Ça couvait depuis longtemps »

Le rappel des faits. Tentant plus que maladroitement de défendre Clémence Calvin, la vice-championne d’Europe du marathon soupçonnée de s’être soustraite à un contrôle antidopage au Maroc, Montel a entonné le couplet certifié 100 % bio-démago du « tous dopés de toute façon, il y a que ceux qui n’ont pas l’argent pour tricher correctement qui se font choper ». « Hors de lui », Kevin Mayer a foncé dans le tas, et depuis c’est bombardement continu en rase-mottes sur la citadelle Montel.

Citadelle parce qu’on pensait le gars intouchable et même apprécié des sportifs, à force de leur passer la brosse à reluire à l’antenne. Tout le contraire de ce que nous raconte l’ancienne sauteuse en hauteur Maryse Ewanje-Epee, la première à dégainer sur Twitter. « Cette bulle qui explose, ça couvait depuis longtemps. Beaucoup le toléraient parce qu’il y a une forme de respect et d’obligations qu’on doit avoir pour France Télévisions, le diffuseur des grands évènements, mais ils n’en pensent pas moins ». Celle qui est devenue une consultante reconnue sur RMC connaît l’oiseau depuis ses débuts dans le métier.

« On ne peut pas lui reprocher de mettre en valeur les athlètes »

« Dans ma génération, tout le monde le détestait. Comme beaucoup d’autres, on l’a mis sur l’athlétisme parce qu’il n’y connaissait rien. Il n’y avait que les records du monde qui l’intéressaient et il était totalement imbu de sa personne. Mais je lui reconnais un basculement. Il a progressé et il s’est passionné pour les athlètes. Un jour, je me suis dit "Tiens, il aime ce sport" ». « C’est le commentateur qu’on adore détester, résume Pierre-Jean Vazel, actuellement entraîneur du lanceur Quentin Bigot. Il incarne notre madeleine de Proust puisqu’il a collé sa voix sur toutes les grandes courses d’athlé depuis trente ans. On ne peut pas lui reprocher de mettre en valeur les athlètes, parfois un peu trop même. Ça ressemble souvent à du passage de pommade ».

Ce qui ne paye pas, visiblement, encore qu’il ne faut pas juger trop vite. De tous les athlètes encore en activité, même parmi ceux qui n’ont plus rien à perdre et qui ont relayé la position de Kevin Mayer, aucun ne se risque à éborgner la figure de France Télévisions publiquement.Exemple type, un ancien médaillé habitué du circuit: « On n'a pas à le "supporter". Nos rapports se limitent à une interview de temps en temps. Il fait son travail. »

Adrian Verdugo, ancien attaché de presse de la fédération, nuance l’idée d’un despote haï par les sportifs. « Je peux vous citer plein d’athlètes qui venaient me voir en pleine compétition pour savoir s’il y avait moyen de monter commenter en plateau avec Montel sur la finale d’un Français. Les athlètes qui ne sont pas top 5 mondiaux avaient une forme de reconnaissance. "Si on a des sponsors, c’est un peu grâce à la médiatisation et à ses commentaires". Ils n’avaient rien contre lui, au contraire ».

Les reproches viennent plutôt des experts. Dans le désordre : il ne connaît pas grand-chose au sport qu’il commente, il ne bosse pas assez ses sujets, et il exagère une connivence qui n’existe pas hors des brefs moments partagés à l’antenne. Un consultant qui le côtoie dans les grands championnats : « Je n’ai pas envie de tirer sur l’ambulance, mais je ne suis pas fan, loin de là. C’est un populiste qui est apprécié des gens qui ne connaissent pas le sport de haut niveau. Ceux qui le connaissent en revanche… ». « Il connaît l’athlétisme, mais ça ne l’empêche pas d’être imprécis, excessif, ou de se tromper sur le nom d’un athlète », explique Vazel. On ne le voit jamais aux conférences de presse ou en zone mixte. Il ne passe pas son temps à appeler les entraîneurs ou les athlètes pour avoir des infos ».

Une critique qui peut passer pour un compliment. Si Patrick Montel n’a rien contre se faire du bien à l’égo, comme l’indique son profil Twitter où il s’autoproclame « la voix de l’athlétisme » avec lavage-lustrage-polissage de Jean Dujardin en sous-titre (« Je trouve que Patrick est le meilleur commentateur du monde »), il ne profite pas de sa position quasi monopolistique pour copiner avec les agents, les organisateurs, ou autres, pour distribuer les faveurs en fonction de ses intérêts. Du moins, il n’en profite plus. Circulent sous l’imper quelques histoires pas jolies jolies d’athlètes blacklistés à l’antenne pour des raisons pas toujours claires.

Suspendu de commentaires pour le marathon de Paris ?

De l’histoire ancienne. Aujourd’hui, c’est surtout sa proximité revendiquée, ou surjouée, c’est selon, qui lui revient en pleine figure. « Clémence Calvin est une des athlètes qu’il appréciait le plus », se souvient Adrian Verdugo. Et c’est en essayant de la défendre qu’il s’est mis dans la mouise. « Il faut savoir garder une certaine distance avec les athlètes, sinon on en vient à dire n’importe quoi pour parler de la gentille Clémence, gronde Maryse Ewanje-Epee. Quand il surjoue le côté sympathique, il insupporte les sportifs en fait. Renaud ou Kevin, ils n’ont pas envie qu’on leur tape sur la cuisse comme si on avait mangé avec eux le dimanche d’avant. On peut faire vivre le truc sans se faire passer pour un pote ».

C’est sans doute le sens de la discussion tenue lundi dans les bureaux de la direction des Sports de France Télévisions, laquelle a indiqué « se réserver la possibilité d’adapter en conséquence l’équipe de journalistes qui sera mobilisée à l’occasion du marathon de Paris diffusé en direct ce dimanche sur France 3 ». En langage du peuple : Montel sera à coup sûr privé de commentaire. France Télé vient d'ailleurs d'annoncer qu'il serait remplacé pour l'occasion par Alexandre Boyon. En attendant que la tempête se calme ? L’intéressé a déjà 66 ans, et ils doivent être un certain nombre dans le paquebot à attendre qu’il tombe à l’eau. Confidence perfide d’un collègue dans l’Equipe du jour. « On ne comprend pas trop cette maladresse. Il fait peut-être partie des gens qui veulent mourir sur scène ». Cela ressemble plutôt à un suicide, vu d’ici.