FC Nantes : Ludovic Blas, « un talent qu’il faut pousser et qui doit se faire violence »

FOOTBALL A bientôt 22 ans, la dernière recrue du mercato du FCN, qui devrait être titulaire contre Toulouse, dimanche (15h), à la Beaujoire, peine encore à justifier son statut de grand joueur en devenir

David Phelippeau

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Ludovic Blas, double buteur face au Paris FC.
Ludovic Blas, double buteur face au Paris FC. — LOIC VENANCE / AFP
  • Ludovic Blas, recrue phare du mercato estival du FC Nantes, réalise un début de saison poussif.
  • Le milieu de terrain, qui devrait être titulaire dimanche (15h) contre Toulouse à la Beaujoire, a beaucoup de talent, mais peine encore à le montrer.
  • Ses anciens entraîneurs reconnaissent qu’il faut souvent être derrière lui.

Le « petit Prince du Roudourou » a quitté son royaume cet été. Après six années passées à Guingamp (2013-2019), Ludovic Blas, bientôt âgé de 22 ans, s’est engagé début septembre au FC Nantes en prêt avec une option d’achat obligatoire estimée à 8 millions d’euros (contrat de cinq ans). Son arrivée à la Jonelière s’était accélérée avec le départ de Valentin Rongier à Marseille. « Même si on le suivait depuis longtemps, c’est un garçon qui correspondait surtout à ce que recherchait le coach Gourcuff », se souvient Philippe Mao, responsable de la cellule recrutement. « Blas ? C’est un signe d’amour pour le coach… », avait même lancé Franck Kita, le directeur général délégué du FCN, sous entendant que le club s’était plié en quatre pour acquérir un joueur à fort potentiel, victorieux de l’Euro U19 en 2016 avec Mbappé.

Presque trois mois plus tard, le milieu offensif peine pour l’heure à justifier un tel investissement financier. Blas a compilé un but (plus deux contre « l’équipe Z » du Paris FC en Coupe de la Ligue) et une passe décisive. Un bilan insuffisant en dix titularisations de L1 pour un joueur à vocation offensive. Ce qui n’empêche pas néanmoins le coach Gourcuff de lui faire confiance week-end après week-end. Une « immunité » qui fait grincer quelques dents en interne…

« Il faut lui laisser du temps, plaide Eric Blahic, adjoint de Gourvennec à Guingamp (2007-2016 puis 2018-2019). Ce n’est pas un hasard s’il a plus de 100 matchs de L1 à même pas 22 ans. Il vient de quitter son cocon, il faut qu’il se fasse sa place. » Dans les Côtes d’Armor, Blas était choyé. Chouchouté. « Quand tu as des pépites, tu les "ultraprotèges" » poursuit Blahic. « C’était la petite vedette là-bas, confie un connaisseur de l’EAG. Il était tellement couvé qu’il en était devenu un petit branleur. »

Le chouchou du Roudourou

Et c’est peut-être pour cette raison « qu’il fallait qu’il quitte Guingamp », estime Jocelyn Gourvennec, son entraîneur à l'EAG. « Il était un peu couvé là-bas. C’était le joueur le plus talentueux qui est passé après Imbula. Il aurait vraiment perdu son temps s’il était resté là-bas en L2. »

Patrice Lair, sur le banc de l'EAG en début de saison puis congédié fin septembre, confie: « J’aurais tellement voulu le garder. Mais, malheureusement, il voulait retourner en Ligue 1… » Alors que certains imaginaient Blas voler de ses propres ailes dans un club au plus grand standing que le FCN compte tenu de son potentiel énorme, Gourvennec pense que Nantes constitue « une belle étape pour lui ». « Pour aller dans une formation beaucoup plus huppée, il faut montrer plus de garanties que ce qu’il a montré jusque-là, analyse « Joce ». Techniquement, c’est très fort. Il va vite, mais il ne s’en sert pas toujours. Il est capable de courir beaucoup, mais il ne le fait pas toujours. Quand dans un match, ça ne tourne pas rond, il faut qu'il soit plus dur. »

Gourvennec: «Ne pas le brusquer car ça ne marche pas avec lui»

En somme, du talent à revendre, mais un manque d’appétence pour les efforts flagrant, à entendre tous ceux qui l’ont coaché. « Il a besoin d’être poussé de temps en temps, concède Patrice Lair. Il doit se faire violence et en faire plus. Il travaille, mais souvent de manière un peu nonchalante ce qui donne un avis défavorable sur lui. » Blahic : « C’est un bosseur, mais il faut le piquer un peu. Etre sur son dos. Il s’en est pris des volées de vert de la part de Jocelyn. Et quand tu lui mets un savon, ça se sent tout de suite dans son attitude. » Gourvennec conseille pourtant la diplomatie avec Blas : « Il est à l’écoute. Il a besoin qu’on lui explique les choses et qu’il les comprenne. Il faut l’accompagner et ne pas le brusquer car ça ne marche pas avec lui. Brailler sur un joueur, c’est facile. Lui, il ne faut pas car sinon c’est pire ! »

Souvent utilisé sur le côté droit dans le 4-4-2 de Gourcuff, Gourvennec est persuadé qu’il ne peut « que dépanner » sur un flanc. « Il aime être au cœur du jeu. Ce n’est pas un joueur de côté tout simplement. » Patrice Lair abonde : « Ce n’est pas sa tasse de thé d’évoluer sur un côté. Fermer le couloir [en phase défensive] n’est pas un réflexe pour lui. » Sa nonchalance et son absence d’agressivité à défendre à Brest (1-1) samedi ont sauté aux yeux durant le second acte. « Pour franchir un palier, il faut qu’on le stabilise à un poste et qu’il fasse une saison pleine », conclut Gourvennec. Blahic : « Il faut que le petit Prince du Roudourou devienne le roi ailleurs maintenant. »