Coupe du monde de rugby: Jouer 80 minutes, mettre de la vitesse... Quel plan pour un miracle français face au pays de Galles?

RUGBY La France va devoir faire face à un immense défi: jouer contre le pays de Galles et le faire pendant 80 minutes

William Pereira

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La France s'était incliné contre le Pays de Galles au mois de février après avoir mené 16-0
La France s'était incliné contre le Pays de Galles au mois de février après avoir mené 16-0 — Ben Evans/Huw Evans/REX/Shutterstock/SIPA

De notre envoyé spécial au Japon,

« Les Gallois, on les connaît, ils lâchent rien jusqu’au bout » est une phrase qu’on entend beaucoup depuis que le XV de France sait qu’il affrontera le pays de Galles en quarts de finale du Mondial. Il faut y voir l’empreinte laissée par trois affiches entrées dans la postérité :

  • La demi-finale de la Coupe du monde 2011, remportée par la France sur un score peu prolifique malgré l’expulsion prématurée de Warburton.
  • Le match du Tournoi 2017, également gagné par les Bleus grâce à un essai de Damien Chouly à la 100e minute après une demi-heure de mêlées.
  • Et, évidemment, la remontée galloise au Stade de France en février alors que les hommes de Brunel menaient 16-0 à la pause.


Aussi étonnant que cela puisse paraître, 2011 a beau être loin, c’est bien de cette défaite dont il a été le plus question côté britannique avant les quarts. Warren Gatland : « Je suis sûr que ce match est encore dans les têtes des joueurs qui étaient sur la pelouse ce jour-là. Quand tu prends un carton rouge après 17 minutes contre une équipe de premier plan, tu peux t’attendre à prendre 20 ou 30 points. Mais au final, on a failli gagner. Du coup, cette défaite 9-8 a laissé un goût encore plus amer. » La vengeance est un plat qui se mange froid, mais la France va devoir accepter de le bouffer tiède pour passer en demies. Comme le match du mois de février est dans toutes les têtes, ça devrait aller. Jacques Brunel en faisait encore l’analyse pas plus tard que dimanche.

« Si on regarde ce match, on se souvient qu’il y a 16-0 à la mi-temps. Le pays de Galles ne change pas de stratégie, sort de son camp de la même manière. Sauf que nous commettons des erreurs dans notre camp et on leur donne le contrôle de la partie. »

Ce qu’on croit accidentel n’est en fait rien d’autre que le schéma-type des matchs du XV de France, pas loin de reproduire le chef-d’œuvre face à l’Argentine et que l’on peut féliciter pour sa créativité dans le naufrage comme ce fut le cas, là encore sans conséquence, face aux Tonga.

On chambre parce qu’on préfère en rire, mais que les choses soient bien claires : si on ne rejoue que 40 minutes contre le Pays de Galles, on sera bons pour faire nos valises et sauter dans le premier avion pour Roissy. La bonne nouvelle, c’est que tous semblent en être conscients, du staff aux joueurs en passant par l’intendant. « Il faut être plus constants sur 80 minutes, gommer les petites erreurs vues sur la phase de poules pour ne pas se remettre en danger et tuer les matchs », préconisait Baptiste Serin en début de semaine. « Être présents sur 80 minutes, c’est aussi le mot d’ordre » de Louis Picamoles.

Durer, c’est savoir gérer temps forts et temps faibles. Mais en est-on réellement capable ? La réponse de Jacques Brunel à la question laisse perplexe. « Je ne pense pas qu’on ait progressé sur la maîtrise mais on va essayer de retenir la leçon. » Rassurant. Un peu plus et le sélectionneur nous révélait que la stratégie serait de se recueillir tous ensemble dans le temple le plus proche pour que ça passe. Remarquez, on a bien atteint la finale en 2011 sur opération du Saint-Esprit. Un truc que même Gatland, roi du calcul et du fignolage tactique, ne peut pas maîtriser : « c’est une équipe qui donne le meilleur dans les grands rendez-vous. Tout le monde les voit perdants, et tout d’un coup, ils sortent une performance de derrière les fagots. » Lucide, le mec.

Les clés : vitesse, duels et temps de jeu longs

On continue de chambrer mais vous doutez bien que les joueurs ne sont pas restés bras croisés en attendant que le typhon rugbystique déferle sur eux. Du physique le week-end, de la mise en place et de l’analyse le reste de la semaine, dont les joueurs sont ressortis avec une idée bien précise : puisqu’on a du mal à gérer, autant dynamiter en continu. Gaël Fickou déroule :

« La vitesse sera la clé du match, c’est sûr. Si on gagne les duels aussi. Les moments où on a douté, où on a ralenti le jeu, c’est quand on n’a pas gagné nos duels. Dès que tu mets de la vitesse, que tu gagnes tes duels et que tu alternes jeu à la main et jeu au pied pour faire reculer l’adversaire, toute l’équipe est en difficulté. »

Le théorique est maîtrisé, rien à dire. Pour la pratique, c’est une toute autre historie. Car en face, les types nous attendent et n’ont qu’un seul truc en tête : ne pas foirer leur entame. Et pour couronner le tout, leur défense est une muraille. « Défensivement ils sont capables de réaliser des séquences de défense à cinq mètres de leur ligne sans jamais rien lâcher. C’est assez impressionnant », nous confirme l’ancien international Imanol Harinordoquy. « Il faut de la vitesse et réussir à jouer debout pour trouver des brèches. Parce que si on joue sur des séquences à une ou deux passes, la tête dans le mur, ils sont quand même très consistants, ils se repositionnent très vite donc ça sera compliqué. »

Magie du quart et pression envolée

La solution se trouve peut-être finalement dans la roublardise. La principale faiblesse galloise résidera dans son état de fraîcheur tout relatif et il faudra insister là-dessus. Jonathan Davies et surtout Dan Biggar, double-commotionné, seront là mais ont un temps été incertains et donc plus fragiles. Harinordoquy préconise de cibler l’ouvreur gallois à qui il manque une doublure digne de ce nom, et ça tombe bien, Gregory Alldritt n’excluait pas cette hypothèse avant-hier. « Ça sera peut-être une zone à prioriser. Mais il faut se méfier : c’est le genre de joueur qui sera très bien épaulé par sa troisième ligne et des centres costauds aussi. »

C’est à se demander si les Gallois ont des failles réellement exploitables par une équipe comme la nôtre. Le contexte, peut-être ? On entend beaucoup dire qu’un quart de Coupe du monde, ce n’est pas un match du Tournoi des 6 Nations, et que là, tout sera différent. « Ce sont des éléments de langage », balaye Olivier Magne, consultant pour TF1. « Ça voudrait dire que finalement l’équipe de France redeviendrait très bonne en quarts de finale et que les Gallois deviendraient moyens en quarts de finale ? » Harinordoquy a lui foi dans le relâchement du XV de France. « Ce qui peut faire la différence c’est le fait de s’être qualifié, ça fait retomber la pression. Et peut-être le fait d’être outsider peut permettre à cette équipe de se transcender. » Et à jouer 80 minutes ? « Si on passe de 20-30 bonnes minutes à 50 minutes, ça sera déjà bien. » Ça promet.