Coupe du monde de rugby : L’immense Gatland, l’adjoint « français », le DJ Navidi… Les cinq qui font le Pays de Galles

RUGBY Le Pays de Galles est une machine qui repose sur plusieurs valeurs sûres

William Pereira

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De gauche à droite: Navidi, Edwards Gatland et Adams
De gauche à droite: Navidi, Edwards Gatland et Adams — Sipa (montage WP)

De notre envoyé spécial au Japon,

En cette semaine d’annonce du tracé du prochain Tour de France, quoi de plus logique que d’évoquer la montagne galloise qui se dresse sur la route du XV de France au Japon ? Avant d’en découdre avec les Bleus, le pays de Galles reste sur une effrayante série de neuf victoires en autant de matchs officiels disputés cette année. Angleterre, Irlande, Australie, tous s’y sont frottés, tous y sont passés. Ironie du sort, l’équipe de Jacques Brunel est de celles qui ont le mieux résisté au lauréat du Tournoi des 6 nations en perdant de cinq points au Stade de France – seuls les Wallabies ont fait mieux en s’inclinant de quatre longueurs.

« On ne les a pas souvent battus mais on n’a jamais été très loin non plus », résumait Louis Picamoles en début de semaine. Le pays de Galles, sponsor officiel des défaites encourageantes à la française, bourreau sympa soit, mais bourreau quand même. Sur les huit derniers affrontements entre les deux équipes, les Britanniques se sont imposés à sept reprises. « Nous ne sommes jamais aussi forts que lors des grands matches », prévenait à juste titre le capitaine Alun Wyn Jones avant de battre l’Australie. A quelques jours du quart contre la France, on a senti la même assurance dans le discours de Ken Owens et Josh Navidi. Cette auto-estime contrôlée, arrogance diront certains, provient autant des récents résultats que de la foi inébranlable des joueurs dans ceux qui tiennent la baraque. Revue d’effectif.

Warren Gatland, le crépuscule d’une légende

Pour vous donner une indication du niveau de Warren Gatland, remontons quelques mois en arrière. Après le scandaleux Tournoi 2019, Bernard Laporte entreprend de tourner la page Jacques Brunel. Bien avant de choisir Fabien Galthié, le président de la FFR avait l’idée de faire venir un sélectionneur étranger. Son choix numéro un ? Gatland, évidemment. La rumeur avait conduit à un referendum de la FFR auprès des 1742 clubs français, lesquels ont rejeté à 59 % la venue d’un allogène sur le banc du XV de France. Si, sans bouger le petit doigt, le coach néo-zélandais est indirectement capable de provoquer un scrutin majeur, imaginez ce qu’il peut faire sur le banc d’une équipe. En 12 ans de bons et loyaux services avec le XV du Poireau, Warren Gatland aura claqué trois Grand Chelems (sur quatre Tournois victorieux), atteint une demie de Coupe du monde en 2011 et poutré l’Angleterre de son Mondial dès la phase de groupes.

« Gats n’est pas seulement un entraîneur incroyable, c’est aussi une personne incroyable. Il apporte tellement à son environnement », a rendu hommage mardi le coach des skills gallois, Neil Jenkins, dans ce qui ressemble fort à des adieux anticipés. Gatland quittera son poste à la fin de l’odyssée nippone, mais le plus tard sera le mieux. « Ce serait incroyablement triste de le voir partir dimanche. Ce serait bien de s’offrir quinze jours de plus au Japon, pour lui et pour tout le monde. » Jenkins est bien le seul à s’en inquiéter. Les joueurs, eux, ont tellement foi en lui qu’ils le suivraient partout sans la moindre crainte. Josh Navidi le premier. « Cette confiance en nous, dit-il, vient du fait qu’on sait qu’il a été là avant et qu’il peut nous pousser toute la semaine et faire en sorte qu’on soit prêt [pour le quart]. On veut donner [au staff] une fin positive et lui rendre tout ce qu’il nous a apporté. »

Shaun Edwards, homme de l’ombre et futur français ?

Toujours dans la catégorie staff, toujours dans la catégorie « courtisé par le XV de France », Shaun Edwards. Enfin « courtisé ». D’après un tweet lunaire du vice-président de la FFR, Serge Simon, l’entraîneur de la défense galloise a déjà signé un contrat effectif après la Coupe du monde avec les Bleus. Tweet venu démentir le propos d’Edwards lui-même. Début septembre, il disait au Guardian que « rien n’a été annoncé avec la France » et qu’il y avait encore « des choses à régler ».

Là encore, on parle d’un type éminemment compétent, capable de transformer la défense galloise à la fois en forteresse et en fer de lance pour son attaque au prix d’un management tout aussi rigide. « Tu peux marquer trois essais, si tu as un raté un plaquage, c’est de ça qu’il va te parler, se souvient l’ancien international Shane Williams dans L’Equipe. Il ne mâche pas ses mots, mais il veut te faire progresser. Moi, vu mon gabarit (1,70 m), il m’a appris à m’adapter aux adversaires plus costauds. » Josh Navidi abonde : « Défensivement et autour de la zone de contact, il m’a beaucoup aidé. Shaun sait ce qu’il veut et si on ne fait pas ce qu’il veut, on se fait crier dessus. Il est assez calme mais il y a des moments où il s’emporte vraiment, c’est marrant. » En revanche, ça a l’air un peu moins drôle de venir s’empaler sur ses défenses. Les joueurs français sont prévenus.

Josh Adams, marqueur et flingueur

Qu’Alun Wyn Jones et Gareth Davies nous pardonnent de les avoir mis de côté, mais cette Coupe du monde, c’est un peu la grande fête des ailiers. Kolbe, Radradra, Matshuima et donc, Josh Adams, co-meilleur marqueur du Mondial avec le dernier cité. Grâce à ses cinq essais dans la musette, dont trois contre les Fidji, le Gallois n’est plus qu’à trois longueurs du record sur une Coupe détenu par le trio Lomu, Habana, Savea (8). Même pas titulaire il y a un an de ça, le gamin tourne à 0,5 essai par match depuis ses débuts internationaux, de quoi faire peur au XV de France. En attendant de nous martyriser, l’ailier est sûrement en train de se défouler sur Call of Duty, jeu sur lequel il passe pas mal de temps avec Liam Williams et Gareth Davies. Celui-ci raconte : « on est à peu près au même niveau. Mais je dirais que Josh est meilleur que Liam en ce moment. Mais ils y passent tous les deux des heures. » Si ça peut faire baisser leur productivité sur le terrain…

Josh Navidi, DJ globe-trotter

De Navidi il y a beaucoup à dire. Moins sur le joueur que sur l’homme, même s’il fait partie des cadres de son équipe. Mais son histoire mérite d’être connue, question d’éclectisme. Joueur de rugby le jour, DJ à ses heures perdues, le troisième ligne enthousiaste s’était illustré aux platines dans une boîte de nuit de Cardiff à l’heure de fêter le Grand Chelem. L’une des nombreuses facettes du bonhomme aux dreads, dont le frère a joué le coiffeur (non-officiel) juste avant le match contre l’Australie : dans son adolescence, il a bossé pour le paternel dans la salle de sport familiale et suivi une formation de décorateur, avant de s’expatrier en Nouvelle-Zélande pour goûter aux joies du rugby universitaire.

Dans la case voyages, Navidi espère bientôt visiter l’Iran et marcher sur les traces de son père. Ce que, sportivement, il n’a pas vraiment fait. « Il faisait de la lutte libre, catégorie de 66 kg, raconte le Gallois à L’Equipe. Et il nous en fait profiter à mon frère et moi, quand on se bagarrait dans le salon ! Cet héritage m’a aidé pour le rugby. Pas vraiment pour le plaquage, parce que c’est très différent. En conquête, beaucoup plus, surtout dans les rucks, il y a beaucoup de points communs, quand tu veux protéger le ballon ou déloger quelqu’un qui t’empêche de le disputer ! »

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Rob Howley, perdant à la loterie

Lui aurait pu la défaire, cette équipe du Pays de Galles. Soupçonné de paris illégaux, l’entraîneur-adjoint Howley a été viré de l’équipe à quelques jours de la Coupe du monde et à la veille du 56e anniversaire de Warren Gatland, qui préférait alors en rire. « J’ai connu de meilleurs anniversaires, c’est sûr ! » C’est peu dire. Howley était son bras droit depuis 2008. C’est lui qui, cinq ans plus tard, prend l’interim – Gatland étant absent pour s’occuper des Lions britanniques – et mène le XV du Poireau à la victoire lors du Tournoi 2013. « Les joueurs ont été choqués », admettait alors le Néo-Zélandais. Mais à l’entendre, au lieu de les faire couler, la polémique les a endurcis. « Des fois, il faut faire face à l’adversité et c’est comme cela qu’on s’en sort. Je dois dire que les joueurs ont beaucoup progressé au cours des dernières 24 heures. Ils ont été incroyablement responsables et résilients. » « Les gars ont répondu parfaitement, assurait de son côté le talonneur Owens avant leur premier match face à la Géorgie. Nous avons juste dû nous y remettre et utiliser tout ça comme une force pour nous galvaniser. » Et ça a marché. C’est vraiment pas de bol pour nous.