Tour de France 2020: « Vous ne perdez pas espoir, moi non plus », pourquoi il faut déjà mettre le champagne au frais pour Thibaut Pinot

CYCLISME Le parcours de la prochaine édition correspond parfaitement aux qualités du grimpeur de la Groupama-FDJ

Julien Laloye

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Thibaut Pinot lors de la présentation du Tour de France 2020.
Thibaut Pinot lors de la présentation du Tour de France 2020. — ALAIN JOCARD / AFP
  • Révélé mardi, le tracé du Tour de France 2020 fait la part belles aux grimpeurs, avec beaucoup d'étapes de montagne et un seul contre-la-montre.
  • Obligé d'abandonné à trois jours de la fin l'été dernier, Thibaut Pinot aura une nouvelle chance de remporter la course.

Au Palais des Congrès de la Porte Maillot,

Une ovation à vous foutre les poils de juillet, quand le gonze collait Bernal à la route sur la montée du Prat d’Albis pour succéder à Yannick Noah au palmarès du Tour, cent ans après. Oui, car dans notre esprit, Thibaut Pinot est le vainqueur moral du Tour de France 2019, à une déchirure près. Il faut voir comment le leader de la Groupama-FDJ a été accueilli par la France du vélo, réunie mardi Porte Maillot pour le grand raout annuel de la présentation du parcours. Des applaudissements monstres, à peine surpassés par ceux accordés à l’autre coqueluche du cyclisme tricolore, D’Artagnan Alaphilippe. L’histoire d’amour est juste là sous nos yeux, prête à reprendre le fil d’une liaison torride interrompue comme on sait l’été dernier.

Un parcours extraordinairement dense

Parce que figurez-vous que Christian Prudhomme, tout à son affaire de rendre chèvre l’armée des ombres d’Ineos, a réussi à pondre un parcours encore plus flippant que celui de 2019, qui ressemblait déjà à une épreuve de sélections pour intégrer les bérets verts. De la montagne partout, du deuxième jour sur les hauteurs de Nice, jusqu’à la veille de l’arrivée sur les Champs, avec un nouveau passage par la Planche des Belles Filles, la montée fétiche de TiboPino. On passera même par Melisey ou pas loin, pour mettre le Franc-Comtois le plus à l’aise possible. C’est simple, on aurait voulu dessiner un Tour pour notre notre Thibaut d’amour qu’on ne s’y serait pas pris autrement.

« L’année dernière tout le monde disait qu’on avait tracé le parcours pour Bardet, et puis il s’est avéré que ce n’est pas le cas, rétorque mollement Thierry Gouvenou, le tourmenteur du peloton, chargé de trouver les routes les plus scabreuses possible. On part du sud de la France, donc on a voulu garder la montagne à proximité tout le long du parcours pour rendre la course incertaine. On va favoriser des coureurs qui savent sortir aisément des grands pourcentages. Il ne faut pas se bercer d’illusions, peut-être qu’on ne reverra pas un Tour aussi spectaculaire que celui de 2019 avant 30 ans, mais c’est l’espoir qu’on a ».

Pas à nous Thierry. Il a été tracé par Marc Madiot ce Tour, WE KNOW.

  • 4.000 mètres de dénivelé le deuxième jour. Murmures impressionnés dans la salle. « Le Tour n’est jamais monté aussi haut aussi tôt », révèle le directeur de l’épreuve Christian Prudhomme.
  • Jamais plus de trois jours d’affilée sans au moins une étape casse-pattes. Première arrivée au sommet le 4e jour, cinq arrivées en haut des cols pour 29 cols en tout. Il y a de quoi faire.
  • Un nouveau géant dégoté par Bernard Hinault : le col de la Loze et ses pentes irrégulières, un coup 2 %, un coup 20 %, sur une route toute juste asphaltée. « La découverte sera un choc, on tient peut-être le prototype du col du 21e siècle », promet Prudhomme. Brrrrr on frissonne d’avance
  • Une seule étape vraiment dangereuse en termes de bordure (la 10e sur la côte atlantique), mais on ne peut pas non plus lui donner le Maillot Jaune tout de suite. On compte sur les mouettes de l’Ile de Ré pour ramener Tibo dans le peloton si besoin.
  • Un seul contre-la-montre, disait-on, placé juste avant les Champs, avec à peine 15 bornes de plat et un gros morceau pour finir. 36 km à peine, soit encore moins que l’an dernier, quand l’exercice avait déjà été réduit à la portion congrue.

Dit autrement : c’est quasi dans la poche pour Thibaut, qui laissera Julian faire mumuse la première semaine avant de prendre le maillot LCL et le petit lion qui va avec le 4 juillet à Loudenvielle. Le reste ? Un défilé victorieux à travers la France du Général de Gaulle (enfin la moitié, le parcours ne monte pas plus haut que Poitiers ce coup-ci), des Tibopinix par dizaines de milliers, des jeunes filles qui lui jettent leurs sous-vêtements Aubade le long des barrières, des manifestants qui changent les « gilets jaunes » contre les maillots jaunes, Marc Madiot qui perd ses cordes vocales en postillonnant sur Macron en haut du plateau des Glières.

En parlant de Madiot, que pense notre glorieux maquisard des années sombres du cyclisme tricolore de ce scénario tarantinesque ?

« J’ai l’impression que vous vous projetez très vite, parce qu’au moment de son abandon sur le dernier Tour de France, vous les journalistes disiez que c’était l’année ou jamais. Et puis vous voyez, en quelques semaines, on est à peine à la première découverte du parcours 2020 et vous vous dites c’est un Tour pour lui. Vous ne perdez pas espoir et moi non plus. Les parcours qui me plaisent c’est ceux où on gagne, alors je ne sais pas encore »

Evidemment, le bonhomme est plus réservé. C’est lui qui a ramassé le coureur à la petite cuillère fin juillet dans un hôtel à raclette de Tignes, et il sait les cicatrices de cet abandon crève-cœur. Le principal intéressé jure que tout ça est oublié, pourtant. Thibaut va mieux, il n’a plus mal nulle part, et il peut difficilement faire la fine bouche devant ce tracé, qui convoque la folie picaresque du Giro qu’il aime tant, et les dénivelés insensés de la Vuelta qu’il a appris à maîtriser. Son avis sur 2020:

« On casse un peu cette routine qu’il y avait souvent sur le tour, où des fois il y avait plus d’une semaine avant d’avoir de la montagne, là ça commence tôt, on a rarement deux sprints de suite, c’est super pour le spectacle et pour les coureurs. Il faudra être prêt depuis le départ, car il y a 20 jours entre le premier et le dernier col. Le chrono à la fin ? Les grimpeurs ne seront pas désavantagés par rapport à des rouleurs comme Roglic et Dumoulin. Ceux-là devront reprendre du temps avant parce qu’ils pourront pas creuser sur le chrono. Ce qui s’est passé cet été est derrière, on regarde devant, maintenant ». Devant, c’est le podium sur les Champs et les vivas de la foule à peine repue du nouveau titre des Bleus à l’Euro. Grosses chouilles prévues les 12 et 19 juillet, si vous voulez être là pour célébrer la France qui gagne.