Côte d'Azur: «On a la pression»... en apnée, le mental prend le pas sur le physique

SOUS L'OCEAN « Il n’y a pas plus fort comme acte que le sportif qui prend une dernière respiration pour aller 100 m plus bas »

Mathilde Frénois

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Le champion français d'apnée Guillaume Néry lors d'un entraînement en Méditerranée, le 18 juillet 2015 près de Nice
Le champion français d'apnée Guillaume Néry lors d'un entraînement en Méditerranée, le 18 juillet 2015 près de Nice — Boris Horvat AFP
  • Guillaume Néry a annoncé l’annulation de sa participation au Mondial d’apnée de Villefranche-sur-Mer. Il devait plonger vendredi.
  • L’apnéiste azuréen a invoqué « des raisons personnelles » : « Je ne suis pas en état physique et psychologique de plonger en grande profondeur », s’est-il justifié.

Quand l’apnéiste niçoise Alice Modolo a décroché le téléphone, elle était en séance de relaxation. Ça tombait bien, 20 Minutes voulait discuter avec elle de la place prééminente du mental dans la pratique de l’apnée. A la veille de sa participation au Mondial de Villefranche-sur-Mer, Alice Modolo est « venue se ressourcer face à la mer ». Une introspective indispensable dans ce « sport très mental ».

« On a la pression. Elle permet de nous concentrer, mais à la fois d’être extrêmement serein. Si on est crispé, notre corps ne nous laisse pas descendre, dit-elle. Le corps nous protège. Au moindre doute, notre instinct de survie se réveille. » C’est peut-être bien cette tension qui a poussé Guillaume Néry à annuler sa participation au Mondial. L’apnéiste azuréen a invoqué « des raisons personnelles » : « Je ne suis pas en état physique et psychologique de plonger en grande profondeur », s’est-il justifié. Son retour à la compétition est manqué. « Il s’est mis une grosse pression, expliquait mercredi Joseph Strazzanti, responsable du championnat. Alors qu’il n’était pas parti dans l’idée de faire un record, mais de participer à la fête. »

« Retour au calme »

L’apnée, c’est une question de corps, beaucoup, et une question de tête, surtout. « Le mental joue parce qu’on se prive d’une fonction vitale. Il faut savoir réévaluer son état de forme en permanence, pointe Alice Modolo. On ne peut pas se permettre d’être à 60 % car c’est un sport extrême. » L’apnée n’est pas la seule pratique sportive dans ce cas. Les efforts solitaires, le tennis, le golf sont aussi des disciplines où le psychologique peut prendre le pas sur le physique.

« Au golf on ne joue pas sa vie mais il faut éviter le bruitage. Ce sont ces perturbations qui peuvent venir de l’extérieur mais aussi de l’intérieur. Le gars qui arrive à faire un retour au calme, forcément il est plus apte à se protéger des bruits internes », détaille le golfeur cannois Michel Teichet, master pro PGA et créateur de la chaîne « Serie birdie ».

Et les sports peuvent même être complémentaires, une fois la maîtrise de soi appréhendée. « L’apnée va aider à jouer au golf, surtout au niveau du retour au calme. Parce que l’apnée demande cet exercice mental à son plus haut degré de maîtrise. L’apnéiste n’a absolument pas le droit à l’erreur. Pour trouver le bien-être parfait, les émotions ne sont pas les bienvenues, estime le golfeur. Il n’y a pas plus fort comme acte que le sportif qui prend une dernière respiration pour aller 100 mètres plus bas. » Guillaume Néry ne retentera pas l’expérience ce vendredi. Alice Modolo a revu sa performance à la baisse. On ne joue pas avec la confiance.