Mercato OL: Relance soyeuse et «mentalité de tueur»… Le transfert record Joachim Andersen présenté par ses formateurs

PORTRAIT Révélation défensive de la saison de Serie A, Joachim Andersen (23 ans) vient de s’engager ce vendredi avec l’OL pour un montant record de 30 millions d’euros (bonus inclus). Du Danemark aux Pays-Bas, « 20 Minutes » vous présente cette prometteuse recrue

Jérémy Laugier

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Joachim Andersen s'est confronté à des attaquants de très haut niveau la saison passée avec la Sampdoria, comme ici le Napolitain Lorenzo Insigne.
Joachim Andersen s'est confronté à des attaquants de très haut niveau la saison passée avec la Sampdoria, comme ici le Napolitain Lorenzo Insigne. — Ciambelli/Sipa
  • Après l’achat de Thiago Mendes la semaine précédente, l’OL vient de casser à nouveau sa tirelire pour s’offrir ce vendredi le défenseur danois de la Sampdoria Joachim Andersen (23 ans), pour 24 millions d’euros (plus 6 M€ de bonus).
  • De son club formateur du FC Midtjylland à son passage à Twente (Pays-Bas), 20 Minutes s’est lancé sur les traces de cette recrue la plus chère de l'histoire du club lyonnais, mais aussi du football danois.

« Joachim était obsédé par Lyon. Il m’a demandé des conseils sur son avenir mais dès le début, il voulait rejoindre l'OL, qui a vraiment de bons yeux de l’avoir repéré. » Directeur technique du FC Twente, où Joachim Andersen a évolué de 2013 à 2017, Ted van Leeuwen est bien placé pour savoir que la signature du défenseur danois de 23 ans à Lyon, ce vendredi, ne tombe pas du ciel. Ce transfert record dans l’histoire du club mais aussi du football danois (24 M€ + 6 M€ de bonus) a été nécessaire pour recruter celui qui s’est révélé à l’Europe entière la saison passée, sous le maillot de la Sampdoria (Serie A).

Décrit comme « un défenseur complet » et « un gars humble, souriant et même marrant », Joachim Andersen (1,93 m) a de l’avis de tous une qualité qui saute vraiment aux yeux. « Ses pieds sont un véritable don. Sa relance et son sens de la passe sont excellents, sur du jeu court comme sur des ballons de 60 mètres », souligne Ted van Leeuwen. Lorsque le joueur a entamé aux Pays-Bas sa première aventure hors Danemark, à 17 ans, il était accompagné pendant une semaine par son ancien coach, René S. Andersen.

« Je ne l’ai jamais entendu se plaindre »

« Il m’est arrivé de penser que certains de nos joueurs nous quittaient trop tôt, mais là je n’étais pas inquiet du tout », confie l’ex-entraîneur des U17 du FC Midtjylland. Pris sous son aile à Twente pendant deux ans par son compatriote Andreas Bjelland, Joachim Andersen y poursuit sa formation avant de connaître ses débuts professionnels en mars 2015, à 18 ans. Deux ans et 49 matchs (4 buts) d’Eredivisie plus tard, il opte pour une aventure à la Sampdoria de Gênes (Italie). Là, il apprend la patience avec une première saison quasi blanche (7 matchs de Serie A et une première titularisation en avril 2018).

« Je ne l’ai jamais entendu se plaindre durant cette année d’adaptation difficile », se souvient Ted van Leeuwen. « Tant de jeunes partent de club en club au premier accroc, poursuit René S. Andersen. Mais Joachim me disait tout le temps que ce n’était pas grave, qu’il apprenait chaque jour quelque chose à la Sampdoria. » Si bien qu’il a convaincu son entraîneur Marco Giampaolo d’en faire un titulaire indiscutable dans une saison 2018-19 référence, avec 32 titularisations en championnat.

Joachim Andersen, ici en Serie A dans un duel avec l'attaquant de l'AS Roma Patrick Schick en novembre 2018.
Joachim Andersen, ici en Serie A dans un duel avec l'attaquant de l'AS Roma Patrick Schick en novembre 2018. - Alessandra Tarantino/AP/SIPA

« On a simplement dû améliorer la mentalité de Joachim »

Directeur général du FC Midtjylland, Claus Steinlein avoue avoir eu des doutes sur le choix de carrière de son ancienne pépite lorsqu’il a filé à « la Samp » : « Je pensais que ce club était un peu trop haut, un peu trop tôt pour lui ». C’est justement à Midtjylland, référence de la formation danoise, où Joachim Andersen espérait suivre les traces de ses aînés Simon Kjaer (Séville) et Winston Reid (West Ham), que Claus Steinlein a assisté « au tournant » de la carrière du néo-Lyonnais, alors âgé de 15 ans.

Durant ses six premiers mois à l’académie, il se pensait trop bon et il était un peu fainéant. On l’a renvoyé à la maison pendant une semaine après une petite bêtise. On lui a expliqué que sa réussite dans le foot ne dépendait que de lui. Il devait arrêter de se voir comme une star mais se mettre à travailler comme une star. C’est ce qu’il a fait et j’ai alors su qu’il aurait un grand avenir. Il avait déjà presque tout en arrivant chez nous, on a simplement dû améliorer sa mentalité. »

Défenseur, milieu et attaquant, Joachim Andersen faisait tout à Midtjylland

Son entraîneur en U17 René S. Andersen précise : « Il testait les limites de l’autorité comme le font presque tous les joueurs de 15-16 ans, surtout qu’il avait le physique d’un jeune de 20 ans. Mais il a toujours assumé ses erreurs. Avec le recul, je pense qu’il avait besoin de passer par là pour se créer sa personnalité ». Le prometteur Danois s’est donc forgé « une mentalité de tueur sur le terrain », dixit Claus Steinlein. Il a aussi eu le loisir, durant sa formation dans son pays natal, d’évoluer un peu partout sur le terrain.

« C’est simple, il était mon meilleur joueur à tous les postes, sourit René S. Andersen. Donc je lui ai donné beaucoup de liberté en lui permettant de repartir en dribbles de derrière. Il m’est arrivé de l’utiliser comme milieu axial et même attaquant. Une fois, il nous a marqué le but de la victoire (2-1) alors qu’on jouait à 9 contre 11. »

Joachim Andersen, ici lors d'une rencontre avec les U17 du FC Midtjylland (Danemark).
Joachim Andersen, ici lors d'une rencontre avec les U17 du FC Midtjylland (Danemark). - FC Midtjylland

Aussi bon relanceur que Samuel Umtiti ?

Un bon souvenir parmi tant d’autres pour un club pas peu fier de l’ascension de Joachim Andersen, dont le père Jacob est président du Vendyssel FF (D2 danoise). Les compliments fusent, entre « mental de gagnant », « joueur dur dans les duels » et « très bon organisateur de défense ». Les supporters lyonnais vont vite découvrir un défenseur élégant et ne se lançant pas dans des tacles à tout va, dans la lignée de l’Argentin Emanuel Mammana, ou même « de Samuel Umtiti », selon Ted van Leeuwen.

« Vous apprenez ça dès que vous arrivez aux Pays-Bas, précise le directeur technique de Twente. Chez nous, c’est quasiment interdit de se retrouver au sol, étant donné les espaces qu’un tacle peut laisser derrière. » Un contexte également familier pour Anthony Lopes, trop souvent livré à lui-même ces dernières saisons, d’où le gros investissement consenti par l’OL pour recruter Joachim Andersen.

« Ce transfert est une pression importante, mais il est costaud mentalement »

Le joueur s’adaptera-t-il rapidement à un nouveau pays et à la découverte de la Ligue des champions ? « Si tu restes dans ta zone de confort, tu peux stagner, estime Ted van Leeuwen. J’ai expliqué à Joachim qu’un défenseur s’imposant dans un championnat aussi difficile que la Ligue 1 pouvait jouer partout derrière. » René S. Andersen, qui ne voit que « la vitesse » comme « légère faiblesse » à son ex-protégé, est conscient que celui-ci devra s’habituer au poids du transfert record de l’histoire de l’OL.

« Bien sûr, c’est une pression importante, mais il est costaud mentalement et les fans ne pourront que l’aimer », assure celui qui l’imagine bien dans l’avenir « capitaine de la sélection danoise ». Claus Steinlein n’hésite pas à voir bien plus haut encore pour Joachim Andersen : « Je ne serai pas satisfait s’il ne dispute pas une finale de Ligue des champions dans sa carrière ». Voilà déjà un rêve partagé avec Jean-Michel Aulas.