Stade Rennais: Coupe de France, Ligue Europa, Julien Stéphan… Retour sur «la plus belle saison de l’histoire» des Rouge et Noir

FOOTBALL Rennes a enfin abandonné son image de club de loser

Manuel Pavard

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Les joueurs rennais célèbrent la victoire en Coupe de France, le 27 avril, au Stade de France.
Les joueurs rennais célèbrent la victoire en Coupe de France, le 27 avril, au Stade de France. — Anne-Christine POUJOULAT / AFP
  • Vainqueur de la Coupe de France et auteur d’un joli parcours en Ligue Europa, le Stade Rennais aura vécu une saison historique.
  • Ce bilan doit beaucoup à Julien Stéphan, devenu une icône à Rennes malgré les doutes entourant son avenir.
  • Cette saison aura surtout permis aux Bretons de rompre avec leur image d’éternels losers.

En dominant Strasbourg et Lille lors des deux dernières journées, le Stade Rennais a bouclé le championnat à la 10e place. Un classement tout juste honorable et loin d’être exceptionnel, mais passé quasiment inaperçu après cette « saison historique, la plus belle de l’histoire du club », selon Julien Stéphan. De la Coupe de France à l’épopée européenne en passant par la ferveur du peuple rouge et noir, on a passé au crible ce grand cru 2018-2019 en compagnie de nos deux guides, Gwenaël et Alexis, fidèles du Roazhon Park.

Le sacre en Coupe de France, 48 ans après

C’est sans nul doute le point culminant de la saison rennaise. En venant à bout du PSG aux tirs au but, le 27 avril, en finale de Coupe de France, les Bretons ont mis fin à 48 ans de disette et garni la vitrine du club d’un troisième trophée, après les succès de 1965 et 1971. « Si on avait perdu la finale, on parlerait juste d’une saison réussie alors qu’avec cette victoire, elle est devenue historique, s’enflamme Gwenaël. Ça fait plus de 20 ans que je supporte ce club et c’est mon meilleur souvenir de supporter ! »

Tombeurs des trois premiers de L1 (Lille, OL et PSG), les Rennais ont remporté un titre amplement mérité, faisant rêver toute une ville. « La présentation de la coupe sur la place de la mairie, le lendemain, c’était top mais le mieux, c’est l’explosion de joie au Stade de France quand le péno de Nkunku est parti au-dessus, se souvient Alexis. Comme si on avait évacué des années de frustration d’un seul coup… »

L’inoubliable épopée en Ligue Europa

Le Stade Rennais n’avait jusque-là encore jamais passé un premier tour ou une phase de poules en Coupe d’Europe. Et au soir d’une défaite 3-1 à Kiev, début novembre, cette saison ne semblait pas faire exception à la règle. Mais en battant tour à tour Jablonec et Astana, les Rouge et Noir se sont offert le droit de rêver à un premier printemps européen. La suite appartient, elle, à l’histoire du club : une qualification héroïque pour les 8e de Ligue Europa décrochée sur la pelouse du Betis Séville, une démonstration face à Arsenal dans un Roazhon Park en fusion, puis le retour sur terre à l’Emirates Stadium.

« Le plus drôle, souligne Alexis, c’était de voir les réactions de tous les consultants qui nous crachent dessus d’habitude. Pendant un moment, après la victoire à l’aller contre Arsenal et les éliminations de Paris et Lyon, on a même entendu que le Stade Rennais portait les espoirs du foot français. Si on nous avait dit ça en début de saison, on l’aurait jamais cru ! » Cerise sur le gâteau, la victoire en Coupe de France permettra aux Bretons de revivre les frissons européens la saison prochaine.

La révélation Julien Stéphan

Plusieurs joueurs rennais ont particulièrement brillé, de Sarr à Bourigeaud en passant par Grenier, Mexer, Bensebaini, Niang, Da Silva et d’autres. Pourtant, la véritable révélation de la saison, c’est bien sûr Julien Stéphan. Lorsqu’il a succédé à Sabri Lamouchi, le 3 décembre, le fils de Guy Stéphan était alors promis à un simple intérim. Mais pour sa première expérience à la tête d’une équipe pro, le coach de 38 ans a très vite mis tout le monde d’accord. Une série de victoires en L1 et quelques exploits européens plus tard et Julien Stéphan était devenu le nouvel entraîneur hype du foot français.

Et en ramenant la Coupe de France à Rennes, celui-ci est devenu « une idole pour tous les supporters », affirme Gwenaël. « Il a exploité au maximum les qualités de notre effectif avec un football offensif, basé sur la possession mais équilibré, ajoute-t-il. Pour nous, c’est impensable qu’il parte. » Ses craintes font référence au nouveau feuilleton qui agite le club depuis que Julien Stéphan a laissé planer le doute sur son avenir. Toute une ville tremble en attendant sa décision.

La ferveur des supporters rennais

Une marée rouge et noir déferlant sur Séville et Londres, un Roazhon Park incandescent pour les réceptions du Betis et d’Arsenal, 30.000 supporters rennais dans les travées du Stade de France, des dizaines de milliers de personnes acclamant les joueurs à Rennes avec la Coupe de France… Toutes ces images resteront parmi les plus marquantes de la saison.

« On entendait souvent que Rennes n’était pas une ville de foot mais on a démontré le contraire, savoure Gwenaël. Je crois qu’on a vraiment scotché tout le monde. À Séville, les supporters du Betis nous ont applaudis et salués à la fin du match. Et dans les rues de Londres, on a mis une ambiance de malade ! Dans les tribunes de l’Emirates, on avait l’impression d’être chez nous tellement on entendait que nous. »

La saga Ben Arfa

Recrue star de l’été 2018, l’enfant terrible du football français aura encore fait honneur à sa réputation. Sur le terrain, Hatem Ben Arfa s’est montré parfois brillant – à Séville, contre Arsenal ou à Angers avec un slalom extraordinaire qui a fait le tour du web –, parfois plus inconstant. Mais le meneur de jeu rennais a aussi fait parler de lui en coulisses, d’abord en séchant une mise au vert avant la réception de l’OM, puis en signant des déclarations lunaires sur le jeu rennais après le nul contre Guingamp.

Une sortie qui aura plongé le Stade Rennais dans un mini psychodrame dont il se serait bien passé. « On lui dit merci pour ses quelques exploits mais vu son salaire et son attitude en fin de saison, je crois qu’on lui dira au revoir sans regrets », estime Alexis. Absent lors des deux dernières journées de L1 et courtisé par les deux clubs sévillans, Ben Arfa semble plus que jamais sur le départ aujourd’hui.

De loser à winner

C’est peut-être la plus belle victoire du Stade Rennais cette saison. Avec ses défaites en finale de Coupe de France (2009 et 2014) et de Coupe de la Ligue (2013) ou sa qualif' pour la Ligue des champions manquée in extremis en 2007, le club breton s’était vu accoler une réputation tenace de loser. Une image qui semble appartenir désormais au passé.

« On a vraiment vaincu le signe indien, assure Gwenaël. Il y a eu plein de matchs avec des éléments contraires qu’on aurait perdus les années d’avant : le retour à Séville, l’aller contre Arsenal, la demie de Coupe de France à Lyon, la finale où on est mené 2-0 contre Paris… Mais à chaque fois, on s’en est sorti. » Son pote Alexis renchérit : « Plus personne ne viendra se moquer de nous la saison prochaine. On laisse la place de club de loser au TFC. »