Coupe du monde 2018: A la frontière belge, «il y a un malaise, ça n’a jamais été tendu comme ça» avec les Français

FOOTBALL Depuis la demi-finale du Mondial  France-Belgique (1-0), le ressentiment anti-français est monté de l'autre coté de la frontière...

Francois Launay

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La commune belge de Comines
La commune belge de Comines — F.Launay/20 Minutes
  • La demi-finale perdue face aux Bleus a provoqué un vrai ressentiment anti-Français en Belgique.
  • Des petites tensions ont éclaté entre habitants des deux pays.
  • Exemple à Comines, ville située à la frontière franco-belge.

Ses déclarations ont mis le feu aux poudres. Quelques minutes après avoir été éliminé de la coupe du monde par la France (1-0), Thibaut Courtois a laissé exploser sa frustration devant les médias. « La frustration est là car on perd contre une équipe qui n’est pas meilleure que nous, on a perdu contre une équipe qui joue à rien, qui défend », avait lâché le gardien belge à l’issue de la demi-finale perdue par les Diables.

Quelques mots qui vont provoquer beaucoup de rancœur côté français et faire des Belges la risée des réseaux sociaux. Le drapeau belge est même devenu synonyme du mot seum (en gros avoir la rage).

Une vraie tension s’est installée depuis le Mondial

Bref, ça chambre à tout va et ça ne fait pas beaucoup rire nos voisins. Qu’on le déplore ou qu’on en rigole, le ressentiment anti-français est vraiment montré d’un cran en Belgique depuis cette date. Pour s’en rendre compte, 20 Minutes s’est rendu à Comines, située à quinze kilomètres de Lille. Cette commune nordiste qui porte le même nom côté français et côté belge est séparée par un pont qui marque la frontière entre les deux pays.

D’habitude, c’est l’entente cordiale entre les habitants des deux côtés. Mais depuis dix jours, le fond de l’air s’est assombri. « Il y a un malaise. Ça n’a jamais été tendu comme ça », reconnaît Jeremy, un Français qui fréquente beaucoup de Belges

« Beaucoup de choses ont changé. Tout est parti en couille. Il y a plus de violence », lâche même Benjamin, un jeune Belge.

Le pont de la frontière fermé pendant la demie et la finale

Car ici, la rivalité sportive entre les deux pays a laissé place à des actes de violence qui ont poussé les autorités à fermer le pont reliant les deux pays le soir de la demi-finale mais aussi de la finale. Histoire d’éviter les provocations entre « supporters » des deux pays.

Le pont de la rivière Seum
Le pont de la rivière Seum - F.Launay/20 Minutes

« Ce sont des jeunes qui sont venus pour narguer. Les plus anciens se tapent dans la main et se disent bien joué. Tandis que les jeunes provoquent. C’est une question de génération », relativise Jean-Charles, un Français qui passe la frontière tous les jours.

Ras-le-bol de l’arrogance française

Au-delà du style de jeu, c’est surtout la mentalité française et son arrogance légendaire qui ont été pointées du doigt à l’issue de la demi-finale. Lassée d’être toujours pris de haut par le voisin, la Belgique rêvait d’avoir enfin la peau du français sur le terrain. Encore raté… D’où l’énorme frustration qui s’en est suivie.

« On est un peu amers de la défaite. Il y a aussi de la jalousie sans doute. On se voyait en finale et il y a eu une grosse déception. Ici, on dit que les Français ont un complexe de supériorité. Ils ont ce côté supérieur qui nous agace un peu », explique Bruno, gérant d’un tabac à Comines Belgique.

« Les Français sont très chauvins. Je pense qu’ils devraient avoir un comportement différent », ajoute Roselyne née française mais naturalisée belge depuis de nombreuses années.

L’été devrait panser les plaies

Pour autant, personne ne pense que ces petites tensions ne passeront pas l’été. « Ça va forcément redescendre pendant les vacances », espère Bruno côté belge. « On a besoin d’eux et ils ont besoin de nous », estime Michael, côté français.

Seul bémol, le titre de champion du monde français, que peu de monde espérait de l’autre côté de la frontière, va hanter les nuits belges pendant longtemps. « On est parti pour 20 ans », se lamente Bruno. Sauf si d’ici là, les Diables Rouges battent les Français dans un Euro ou un Mondial. La vengeance est un plat qui se mange froid même au pays du « seum ».

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