OM-Atlético de Madrid: Le jour où les Madrilènes ont pris une fessée en finale de coupe d’Europe à Lyon

FOOTBALL L’Atlético de Madrid a perdu la Coupe d’Europe des vainqueurs de coupes en 1986…

Antoine Huot de Saint Albin

— 

Les Sovietiques n'ont fait qu'une bouchée de  l'Atlético.
Les Sovietiques n'ont fait qu'une bouchée de l'Atlético. — Capture écran You Tube
  • L'Atlético de Madrid joue la finale de la Ligue Europa mercredi à Lyon.
  • Les Colchoneros reviennent dans le Rhône, là où ils ont déjà disputé une finale de Coupe d'Europe, en 1986, face au Dynamo Kiev.
  • Les Soviétiques avaient été très supérieurs aux Espagnols.

C’est un temps que les moins de 30 ans ne peuvent pas connaître. Une époque où Mikhail Gorbatchev dirigeait l’URSS, où la centrale de Tchernobyl venait d’exploser et où l’OM n’était pas encore le premier. Une époque où Luis Aragonés, Oleg Blokhin et Valeri Lobanovski se sont retrouvés sur la même pelouse, celle du stade Gerland de Lyon. C’était le 2 mai 1986, à l’occasion de la finale de la regrettée Coupe d’Europe des vainqueurs de coupes, entre l’ Atlético de Madrid et le grand Dynamo Kiev.

De match, il n’y en a pratiquement pas eu. Le Dynamo, dont les joueurs composaient la majorité de la magnifique sélection soviétique, a marché sur les Colchoneros (3-0). Les 25.000 supporters espagnols présents à Gerland ont très vite compris que la soirée serait longue. Très longue. « J’étais encore en train de chercher ma place dans le stade, qu’on en avait déjà pris un [Zavarov, 5e] », se souvient Carmen Calvo, une supportrice de l’Atlético, venue dans la capitale des Gaules en autobus depuis Madrid avec son frère et sa mère. Plus précis, plus mordant, plus fort, tout simplement, Kiev a pris à la gorge l’Atlético. « Les Madrilènes sont KO debout. Ils sont privés de ballon et pris de vitesse par les Soviétiques », analyse en direct Jean-Michel Larqué, aux commentaires de cette rencontre avec le légendaire Thierry Roland.

« Pas conscience de la puissance de Kiev »

Analyse partagée par les supporters de l’Atlético en tribunes : « Nos joueurs sont mal rentrés dans cette finale, comme s’ils étaient crevés. Après le but du Dynamo, ils étaient éteints, ne savaient pas comment répondre, comment réagir », confirme Ana, venue également en famille dans le stade lyonnais. Pourtant, du côté des rojiblancos, rien ne laisser présager un tel épilogue. Après une grosse compétition, où ils avaient notamment battu l’Etoile Rouge de Belgrade, l’Atlético arrivait invaincu en finale.

« A cette époque, on savait que le Dynamo était une grosse équipe, mais comme il n’y avait pas autant de matchs télévisés, on ne connaissait pas vraiment cette équipe, indique Carmen, qui sera encore à Lyon, ce mercredi. Et puis il y avait le traditionnel optimisme espagnol, qui pensait qu’on était supérieur à tout le monde. On n’avait pas conscience de la puissance de Kiev. » Même son de cloche chez Juan Carlos Paredes, ancien journaliste de la Cadena Ser, qui était aussi présent dans les tribunes de Gerland pour supporter son Atleti :

Le fait d’arriver invaincu nous a desservis. L’Atlético est arrivé avec beaucoup d’euphorie, de confiance et se voyait déjà vainqueur. On n’a pas su appréhender la dangerosité de Kiev. Sur le plan physique, ils nous ont bouffés. Techniquement, ils étaient aussi supérieurs. »

Pourtant Luis Aragonés, le coach de l’Atlético de Madrid, avait bien prévenu tout le monde avant le match : « Le Dynamo Kiev est l’équipe la plus forte de tous les clubs présents en finale de coupe d’Europe cette année. » Oui, plus forte que le Real Madrid de Butragueño, vainqueur de la Coupe UEFA, et le Steaua Bucarest de Victor Piturca, qui a remporté la Coupe d’Europe des clubs champions. Mais l’avertissement d’Aragonés est resté sans suite. Et l’Atlético, qui était connu pour être très dangereux en contre-attaque, a été pris à son propre jeu. « On a l’impression que les Soviétiques font un 100 m pendant que les Madrilènes font un marathon », résume alors Larqué.

« Les Lyonnais nous facilitaient la vie »

Si le Dynamo Kiev a attendu la toute fin de match pour prendre le large au niveau du score (Blokhin 85e et Yevtushenko 88e), l’Atlético n’a jamais vraiment été en mesure de les inquiéter. « On n’a eu aucune option pour gagner et si on n’avait pas eu Fillol dans les buts, on en aurait pris 6 », explique Miguel, qui assistait également à cette rencontre dans le Rhône. Le portier argentin, qui avait été champion du monde chez lui en 1978, était le seul grand joueur expérimenté d’une équipe essentiellement composée de footballeurs formés au club. Et face à l’expérience de Kiev, l’Atlético, qui avait perdu en attaque le Mexicain Hugo Sanchez, parti au Real Madrid l’année précédente, n’a rien pu faire. Seuls dangers pour les Soviétiques : un coup franc superbe de Marina bien écarté par Chanov et un coq venu chatouiller les chevilles de Blokhin et consorts au début de la seconde période. Non, on ne plaisante pas, regardez et écoutez ce diable de Thierry Roland par vous-même.

Un coq qui a su mieux contourner la défense soviétique en une minute que les Madrilènes durant toute la rencontre. « Parfois, il y a des matchs où tu sens que tu peux revenir, que tu vas avoir des occasions. Mais là, le Dynamo était largement au-dessus. Cette équipe était une vraie machine », assure Carmen. Alors, parmi la aficion colchonera présente au stade, le fatalisme a pris le pas sur l’optimisme, et ce avant même le deuxième but des hommes de Lobanovski. Les chants ont été moins poussés, moins nombreux et les spectateurs neutres ont commencé à prendre parti pour les Soviétiques, à cause du jeu agressif des Colchoneros. Mais malgré le résultat, les supporters de l’Atleti gardent quand même un bon souvenir de cette finale.

« C’était un déplacement important, car c’était la première ou la deuxième finale qu’on vivait dans nos vies, affirme Juan Carlos Paredes. La précédente avait eu lieu en 1974 à Bruxelles, face au Bayern, mais à l’époque [pendant la dictature de Franco], il n’y avait pas autant de déplacements de supporters. C’était pour beaucoup d’entre nous la première fois qu’on sortait d’Espagne. En arrivant, les Lyonnais nous ont beaucoup facilité la vie. » Ça devrait être la même chose ce mercredi. Mais pour d’autres raisons.